jeudi 14 décembre 2017

Sans retenue

Au chaud chez Henri pour ce quarante-et-unième Crazy Ruck. Unis comme les doigts d'une main. Léon, Christophe, Vincent, Séb et Ritchie comme un cinq de l'Avent. Pour évoquer la rencontre mythique entre notre Séb et son héros, Wong Kar Waï, décoré du Nobel grand écran à Lyon, prix Lumière. Les yeux dans les yeux. Et la petite larme de Bébel découvrant le carnet de notes de notre monsieur cinéma. Séquence émotion. L'annonce aussi de la création d'un web magazine - Désolé, j'ai ciné - consacré au septième art dans lequel opère Sébastien.

De sa voix douce, notre sage Christophe, neuf édoniste, nous annonçait la transformation réussie de Flair Play en Intercalé et une sélection de surprises pour le prochain numéro, désormais lancé au rythme trimestriel. Sans oublier la venue de quelques hors séries. A suivre, donc. Vincent, lui, bronzé comme un vacancier et bientôt papa, revenait sacré de Reims mais sans champagne, si ce n'est son regard pétillant en racontant ce qu'il avait vécu au pays de Raymond Kopa et des petites bulles d'or.

Quant à Léon, il captivait les foules studieuses en professeur décapant avec une tirade de Pierre Desproges destinée à ses élèves journalistes, ce qui prouve bien qu'on peut rire de tout mais pas avec tout le monde au sein d'une société, la nôtre, malheureusement de plus en plus puritaine. Notre Hemingway national a laissé tomber les cigares, dommage, mais pas les anecdotes, slalomant dans son style descendeur géant de Julien Gracq à Milan Kundera en passant par Maria Selva.

Il fut question de la rupture intime qui sépare littérature et philosophie, des chemins de vie et de l'œuvre d'art, de l'être et de ses choix, de Vitoux, Céline, Hallyday, Wagner, Depardieu, Heidegger, Dewaere, Alain, Mazeline, Voltaire, Finkielkraut, Bourdieu, Bardot, Socrate, d'Ormesson, Pivot... Mais aussi de Thomas (Teddy pas Dylan), puis de Michel (Crauste, pas Leeb) et de François (Moncla, pas Mitterrand) pour évoquer un peu de rugby - mais si peu -, les attitudes de l'un nous tirant vers la vacuité des modernes et les propos des deux autres nous amenant dans la profondeur des anciens.

Puis Séb, dont on ne soulignera jamais assez la générosité, gratifia ses amis d'une guirlande de cadeaux déballés avant l'heure, DVD offerts aux plus désireux. Quai des orfèvres et Un flic pour Vincent, qu'on sait maintenant fan de Delon. Séduite et abandonnée et Le Doulos pour Léon qui s'y connait en femmes de caractère. Live and die in LA et Léon Morin, prêtre aux ordres de Christophe. Le Corbeau, Pendez-les haut et court et Le salaire de la peur, qui vont si bien à Ritchie.

Purs moments de bonheur partagé riche d'avis contraires mais jamais opposés, fusion naturelle des amitiés privilégiées que cet instant étiré pendant plus de trois heures, rue Princesse. La balle ovale n'a connu que peu de rebonds cette fois-ci, sans doute parce qu'il n'y en a plus grand chose à en tirer pour élever notre pensée. Ou alors n'avons-nous parlé que de ça, mais en creux. Il fallait se quitter comme est sifflée la fin d'un match: sans regrets puisque nous avons tout donné. Vivement mars prochain, une fois le Tournoi achevé.

29 commentaires:

André Boeuf a dit…

Pas dehors, cette fois...Il pleuvait?

Ritchie a dit…

Absolument, André. Et comme de la neige fondue, aussi froide.

Christophe Schaeffer a dit…

Ritchie, tu as oublié Voltaire et Le Mongol, a priori sans lien de parenté. Toujours un plaisir de se retrouver et de voir que le rugby mène quand même quelque part. Merci...

Ritchie a dit…

Je note, Christophe, je note... Nous avons suivi de beaux chemins, ce jeudi.

André Boeuf a dit…

Peut-être que le rugby d’aujourd’hui mène encore et toujours quelque part? Dans quelque cul de basse fosse, coupe gorge... ou, mieux, vers des rêves de réussite financière...? Qui sait?

Ritchie a dit…

Pas seulement, André, pas seulement. Mais comme on disait dans ce Crazy Ruck, il faut creuser davantage, plus longtemps et plus largement pour trouver des pépites. Mais elles existent.

Gariguette a dit…

Je me demande comment vous êtes arrivés sur Mazeline, par Céline via Vitoux ? Beaucoup apprécié l'interview de Vitoux par Christophe dans Flair, notamment le passage sur le rugby et la littérature "cette manière unique de le raconter, de le chanter aussi bien que de le vivre " . Très bon choix de DVD ; beaucoup de films noirs ... Noir c'est noir, sacré Johnny ;-)

Ritchie a dit…

Hello Sylvie,
effectivement Mazeline via Céline. Vitoux ensuite. Pour Johnny, nous étions dans le faire part... Léon et Ritchie fatigués de l'idolâtrerie. Seb et Vincent fans de. Christophe partagé.

Seb en Ovalie... a dit…

Hello, une magnifique rencontre, comme à chaque fois, des âmes qui divergent pour mieux s'unir, une fusion de l'esprit qui a du corps, des chemins qui traversent pour rejoindre la flamme de l'amitié. Du verbe incandescent, des verres transparents pour mieux s'aimer au litre au lieu de toujours voir rouge. Noir c'est noir chez Léon cela nous regonfle toujours d'espoirs. Fait bon vivre en telle compagnie et même si les pères Clouzot, Melville, Germi,Post et Friedkin broyaient du noir (à défaut de notre XV de France...) c'est pour mieux mettre notre monde en Lumière, en attendant le prochain crazy ruck, comme on espère un nouveau printemps...

zarma a dit…
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zarma a dit…
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André Boeuf a dit…

Je tombe tout juste sur un zarma égal à lui-même, c'est-à-dire difficilement compréhensible et quelque peu hargneux. Désabusé serait peut être mieux le mot, mais je n'en suis pas certain..
Le premier paragraphe, (et la première phrase concentrationnaire) m'a paru assez clair...Je me suis ensuite perdu..Quoiqu'il en soi, content de voir réémerger le trublion de service...Et d'avoir pu lire et tenter de comprendre avant l'effacement traditionnel...Sinon je relirais un peu plus tard et essaierais de dénouer le tien du mien.

André Boeuf a dit…

J'ai relu,....un peu.
J'ai vu, entre autres, Arno tentant de chanter "Mourir à plusieurs". Excellent...
Et puis, j'ai découvert la vie et la mort de Richard Descoings....Intéressant.
C'est çà qui est bien avec Zarma, c'est que ce n'est pas du tout cuit et, quand on s'y penche, il est toujours possible d'apprendre quelque chose!

zarma a dit…
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André Boeuf a dit…

Je viens de voir un peu "tout çà".
R.Descoings, Raphaëlle Bacqué et son "Ritchie" (particulièrement bien venu ici), les commentaires de Michel Drac, ceux d'Alain Soral....
Il m'en reste un sentiment pénible d'un côté comme de l'autre. Je n'aime pas ce marigot. Ce n'est absolument pas mon monde, quelles que soient les qualités des uns ou des autres...Qualités au sens large, s'entend.
J'aspire à un peu plus de pureté, à respirer un autre air que ces gens là.
Peut-être parce que, mais ce serait trop long à expliquer, j'ai eu l'occasion de côtoyer très jeune, ce genre de personnages. Juste côtoyer, totalement par les hasards du destin mais dont je me suis décalé immédiatement et par instinct.

zarma a dit…
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André Boeuf a dit…

J'ai vu le premier "essaie de celle-là"...:
- "Richard Descoings, ancien directeur de Science Po défoncé".
Et bien, difficile de comprendre ce qu'il dit; sur mon vieil ordinateur du moins.
Par ailleurs, comment analyser une phrase comme:
-"essaie de celle-là"....entre l'organisation des termes, l'orthographe, la syntaxe, les mots employés...j'avoue naviguer à vue...
Au fond, un peu comme le discours du sus-nommé, non?

zarma a dit…
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zarma a dit…
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André Boeuf a dit…

Il est vrai que le titre est "Sans retenue".
Je reste constant dans mes incompréhensions, mais le laisser aller, le lâcher prise -certainement stylistiquement et culturellement contrôlés- que je peux ressentir dans les écrits ci-dessus en sont bien le reflet.
En m'accrochant aux branches, le personnage charismatique de "Sa majesté des mouches" peut resurgir...? Et puis, bien sûr, la magnifique trilogie Jacques Prévert, René Char et Raymond Queneau. Partant de là on pourrait dévier vers l'Oulipo....En fait c'est Nino Ferrer qui hérite du pompon!

zarma a dit…
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André Boeuf a dit…

"Roi de la procrastination", je prends.
Pas vu le film "Lucky"...Juste la bande annonce qui me plait beaucoup. Quand "Paris-Texas" est sorti, j'ai cru, sur le moment, qu'un de mes amis, mort depuis, était l'acteur principal -H.D.Stanton- telle la ressemblance était frappante. Ils se sont rejoints, aujourd'hui, dans des lieux existants je l'espère.
Par ailleurs, je vois que personne ne lâche le morceau...C'est bien. Morceau bien déchiqueté d'ailleurs...Partant aux 4 vents...
Tant que j'y suis, et pour revenir à l'Oulipo, je viens de lire dans "Le Monde" un article sur un oulipien que je ne connaissais pas, Jacques Jouet. Amusant.

zarma a dit…
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André Boeuf a dit…

Effectivement.
J'ai dû aller voir sur "Niel § Pigasse" pour comprendre...Mais il faut dire que je n'achète plus les journaux depuis plus de 10 ans; sauf épisodiquement. Et "Le Progrès du Dimanche" pour le programme télé et le mot croisé de Michel Laclos. Plus Télérama, par faiblesse, et le mot croisé de Marc Aussitot. Je suis abonné à "200", trimestriel cycliste. Parfois -il y a bien longtemps déjà- "Libération" et "Le Canard Enchainé"...et pas pour leurs mots croisés...plus chez Libé et trop tordu au Canard.
Par ailleurs, je survole tout çà sur internet sans y être abonné. Il y aurait (et il y a)beaucoup à dire sur la presse....que je ne fais que caresser et m'arrêter, de temps en temps, pour picorer un article, une idée, une info... qui me semble intéressante dans un domaine ou dans un autre. Une culture, donc, très parcellaire, fragmentée, lacunaire, hasardeuse... Pour reprendre ta dernière phrase parlant de "turpitude", c'est, précisément, ce sentiment qui m'a fait décrocher de la plupart des papiers ci-dessus.
Et, pour reprendre René Char, une vision inverse de sa part qui m'a toujours plu:
-"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience".

zarma a dit…

! c'est ce bon Ryan qui devrait rosir à voir débouler à la taverne tous ces Trevor Howard & autres John Mills en se penchant sur le miroir de Doryan, mais qui préfère c'est entendu, les accords de circonstance pour bercer la populace .

André Boeuf a dit…

Je ne me retiens pas....J’abandonne, tout simplement.

zarma a dit…

"Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému ." ou "Nous demandons à l'imprévisible de décevoir l'attendu." R.Char.

André Boeuf a dit…

Ça, c'est extraordinaire.

Ritchie a dit…

Ce qui est gênant avec Zarma c'est qu'il efface ses traces. Surtout quand elles sont d'or.