lundi 3 juillet 2017

Arrivée au sommet

La monarchie n'est pas morte car elle donne encore à voir. Avant de prendre congé, j'entends que le Congrès écoute le président faire état de l'union la veille du discours de son premier ministre devant l'Assemblée. Les têtes passent, certaines tombent mais les symboles demeurent.

Après Oradour-sur-Glane et le Louvre, Manu 1er verrouille tout ce qui peut l'aider à asseoir son pouvoir sur les masses nourries de téléréalité et de plus en plus incultes, si l'on en croit les corrections des copies d'histoire et de philosophie au baccalauréat. La cassure est marquée.

Je pars donc loin. Comme d'habitude. L'Espagne et ses châteaux, à commencer par celui, tranchant dans la plaine, de Tolède histoire de me passer un peu baume à l'âme. J'ai aussi coché quelques dates en ce mois: mercredi 5, dimanche 9, jeudi 13, mercredi 19 et jeudi 20.

Sans oublier samedi 8, et ce pour au moins trois bonnes raisons : un troisième test déterminant entre les All Blacks et les Lions, la fin de ma saison de labeur à rendre compte sur azerty d'un sport, le rugby, de plus en plus malade de son succès. Et La Planche des Belles Filles.

On nous a promis du renouveau - personnellement je n'y ai jamais cru - et voilà qu'on verse la soupe dans les vieux pots régaliens. On le sait maintenant, la moralisation attendue ne s'applique pas aux amis du président star, lequel se prend pour JFK mais s'exprime par de grands vides comme un vieux cabot d'Hollywood - disons Reagan - pour présenter un programme à mettre tout le monde dans la rue en septembre.

Alors courage, fuyons. Les routes du Tour d'enfance proposent toujours une échappatoire à la vacuité ambiante. Pédalez, il en restera toujours quelque chose, vagabondage d'innocence assumée qui nous élève grâce à quelques arrivées au sommet (cf. les dates ci-dessus).

En juillet quitte à s'adresser à la nation qui n'en demande pas tant, il aurait été certainement plus judicieux d'installer les micros et les caméras place de la Bastille. Question symbole, le choix de Versailles confirme en revanche tout le mal qu'on pense des ors d'une République outrancière, dépensant un demi-million d'euros pour ce show macronien de trop. Ah, si Versailles m'était compté...

Cela dit, le palais de l'Elysée, suite présidentielle, était auparavant la résidence de Madame de Pompadour, n'est-ce pas... Apparat et dorures sont partout. Reprenant la sentence d'André Malraux qui voyait le XXIe siècle entrer, ou pas, dans une dimension spirituelle nouvelle, Macron considère donc comme l'ancien ministre de l'information puis de la culture que «Versailles est un haut lieu de la civilisation occidentale.» Haut, certes, mais dépassé.

S'il a prévu un nouvelle et prochaine sauterie entre élus plutôt que de mettre, comme il l'avait annoncé, des coups de pied aux cultes divers à commencer par l'ultra présidentialisme, le roi Macron serait bien conseillé, lui qui aime tant s'entourer de symboles et d'histoire, de relancer la Fête de l'Etre Suprême sur le Champ-de-Mars. et pour le coup, il n'aurait même pas besoin de s'embarrasser de la Raison.

vendredi 2 juin 2017

Retour sur terre

Les promesses ne valent que pour ceux qui y croient. Personnellement, je n'attendais rien, alors me voilà servi tous les jours. Et ce "rien" est amplifié encore et encore sans discernement. Il faut ainsi remplir le vide, triste constat; faire état d'une rature et l'élever pour les crédules au rang de métaphore. Alimenter le Moloch en chaire fraîche du haut de laquelle pérorent des hâbleurs sûrs de leur fait. J'ai débranché.


Le monde de l'édition, comme beaucoup d'autres univers créatifs, est moribond. Dans ce contexte, les éditions Calmann-Lévy ont décidé de ne pas prolonger la collection "Un Siècle de" dans laquelle le rugby est inscrit depuis maintenant vingt ans, dix-sept réactualisations à la clé, deux mille ventes annuelles au minimum. Pas si mal. Mais pas assez, il faut croire. Pensez-vous que quelqu'un m'aurait prévenu ? Un coup de téléphone, un mail, une lettre ? Non, rien. J'ai appris ça par la bande. Pourquoi ne suis-je pas choqué ?


Alors je m'allonge sur l'herbe et, ventre contre terre, regarde pousser un à un les brins. Je vous assure : il faut prendre du temps pour soi. Un peu chaque jour. Un peu plus chaque jour. J'ai essayé et j'en arrive à une première petite conclusion évidemment temporaire : je ne suis pas persuadé que l'on ai grand chose à se dire quand on se parle à soi-même. Mais ça repose.

Mettons-nous un moment à la place de celui qui serait parti en soucoupe volante tourner autour des astres et rentrerait chez lui après avoir perdu un long moment, disons six mois, toute notion du temps tel qu'il le connaissait (mais aurait découvert l'espace qu'il ne connaissait pas). Il poserait un de ses pieds, puis l'autre (c'est interchangeable) quelque part sur Terre aujourd'hui. Tout aurait changé autour de lui ? Rien n'aurait changé.

Différent mais comme avant. Voilà ce qui nous attend chaque fois que l'on pense avancer. Nouvelle ère, lit-on. Mais ce sont les mêmes concepts présentés avec de nouvelles phrases, cette terminologie rajeunie qui nous déconnecte parfois. A changer la forme on pense modifier le fond. Rien n'est plus faux. Allez-y, faites le tri sélectif. D'un côté ce que vous espériez et, en face, ce que vous supportez.

Il est grand temps de s'allonger, de s'assoir, de se promener, de s'envoler. Tout est bon à condition de se séparer des pesanteurs bavardes et des voisinages encombrants. Il est grand temps de s'ouvrir un chemin pour soi. De retrouver sa propre saveur. D'utiliser en promenade l'énergie vitale dont nous disposons encore pour alimenter notre rêverie solitaire.

Le slogan du mois tient en deux mots : "En Marche".  Et ça marche, visiblement. Pour ma part, ce sera lentement et sans but précis. Car le voyage est toujours plus important que la destination. Alors peut-être nous croiserons-nous.