jeudi 21 avril 2016

Parce que voilà


"Hello, la Comme Fou en TGV! Là, je me sens comme à la fin des colonies de vacances quand il fallait quitter ses amis(es) pour la vie mais sûr qu’on se reverrait … Aïe, ça pince un peu quand même du côté du cœur même si j’ai regardé droit devant moi sans me retourner (travelling, Seb ?)…
Toute ma gratitude, toute ma reconnaissance pour cette parenthèse (ouverte ) qui redonne du peps, le goût des autres, l’envie de continuer cette conversation certes à distance mais si revigorante. Affinités électives, atomes crochus, longueur d’onde identique ? Va savoir…
Si par des circonstances tout à fait improbables vos compagnes habituelles venaient à se lasser de vos blagues et histoires (rugbystiques, mais pas que …), je prends une option, eh oui, sur les quatre !
Là, je suis en train de feuilleter vos ouvrages et tout à coup je me dis: "Et zut : on a encore oublié Bébel !"
Voilà."
Nous écrit Sylvie à l'issue de ce trente-cinquième Crazy Ruck. Mais premier extra-muros, à Grenoble aller-retour, et la - belle - rencontre avec Gobetween-Gariguette. A la table du Palais réservée à l'étage, pour prendre un peu de hauteur et d'auteurs. Sylvie si subtile, fine, délicate, pudique. Entourée par Seb et de Ritchie, Christophe et Benoit, ses Walter-égaux cimentés avec le renfort, massif, de Chartreuse. Vert sur verres. Nous avons étiré le temps devenu soudain super élastique. Six heures à table qui ont duré six minutes ou six jours, je ne sais. Passèrent en profondeur cinéma, rugby et résilience, mais aussi distribution d'opus et cœurs à l'ouvrage. Dehors le soleil. Dedans surtout. Pas une journée, non, l'infini. A suivre. Vraiment. Parce que.

 

lundi 18 avril 2016

Cette note

"Elle ne doit pas être là." C'était impossible. A l'époque. On pourrait imaginer qu'il faille attendre un peu, ou très longtemps parfois, pour que ce qu'il y a de plus décalé dans l'œuvre d'un génie trouve place dans l'ordre après l'avoir cherché dans le chaos. Elle est une note, une seule, qui ne correspondait pas au canon de son temps. Placée là où elle l'était, elle produisait un grincement, à en croire le copieur, conseiller technique musical d'une maison d'édition française chargée d'imprimer les symphonies - il s'agit là de la huitième - de Beethoven.

"Elle ne doit pas être là." Alors le cuistre l'a changée pour une autre, cette note. A la place un ajout classique, attendu, convenu, tel qu'expliqué dans le manuel de composition utilisé par le conservatoire supérieur de musique de Paris. Beethoven s'était trompé, voilà tout. Il ne pouvait pas en être autrement. Rien de grave mais quand même, il fallait remettre cette note dans les clous de l'accord afin d'assurer la bonne tonalité. C'est ainsi chez ceux qui savent.

"Elle ne doit pas être là." Devoir. Rendre un devoir. Devoir le rendre. Beethoven ne doit rien à personne, et moins il doit plus ça rend. C'est le propre du génie. Pas besoin d'entendre pour composer, juste imaginer. Ce que les autres ne voient pas. Cette note. Qui est là. Parce qu'elle est là tout change. Une note transforme son époque, la fait avancer, la propulse même. Imaginez ! Une note, une seule, sur une partition de Beethoven, sauvage, raturée, striée. Une note jetée.

Cette note, c'est l'onde gravitationnelle d'une œuvre majeure. Elle nous vient de si loin. Elle est infime, une patte de mouche qui flotte sur un torrent de dentelle. Je pourrais vous préciser où elle s'inscrit, il me suffirait de relire Berlioz décryptant Beethoven. Berlioz était aussi critique musical. C'est lui qui a gueulé pour qu'elle soit restituée à sa juste place, cette note. Un demi-ton, me semble-t-il. C'est à cet infime écart qu'on approche les génies, celui qui compose et celui qui prolonge. Sans Berlioz, sans Liszt aussi, et Wagner, qui le hissèrent haut, nous aurions sans doute perdu le meilleur de Ludwig van. Je me pose cette question sans hausser le ton : quelle note voulons-nous sauver ?

lundi 11 avril 2016

Truth vs. Spotlight

Pourquoi une enquête sur les états de service militaires de W. Bush a moins de chances d'aboutir que celle sur la pédophilie en milieu catholique ? Pourquoi les manifestants debout de la place de la République sont-ils délogés manu militari par la police - polis, vie de la cité - alors qu'ils cherchent un moyen de changer la représentation politique ? Pourquoi un sentiment d'amertume m'étreint ce jour et sûrement les suivants en pensant au cynisme de ceux qui nous dirigent ?

Le mouvement Nuit Debout pourrait bien déboucher, si tout le monde arrive à s'entendre, sur une nouvelle force politique à l'image de Podemos en Espagne. On va bien voir si nous sommes aussi déterminés et organisés que nos voisins. Si oui, il se pourrait que la droite et la gauche française soient obligés de revoir leur position. Et c'est bien ce qui semble déranger la classe - pas si classe - dirigeante auto célébrée.

La coupure est visible. Elle s'enfonce sous les pavés de la place de la République la bien nommée, lieu symbolique depuis janvier 2015 de sinistre mémoire. Là même où tous les présidents et têtes couronnées du monde s'étaient donnés la main en bons Charlie, ce sont aujourd'hui les chômeurs, étudiants et précaires qui se serrent les coudes. Et la police qui charge. En Islande, les électeurs tapent sur des casseroles : il parait que ça fait fuir les gouvernants. Perso, j'ai une batterie à disposition.