mercredi 6 décembre 2017

Beaucoup de bruit

La France est en deuil, parait-il. Jean d'Ormesson et Johnny Hallyday ne sont plus. A vous dire vrai, ils n'ont jamais pour moi existé. Jeannot et Jojo n'étaient pas de mon hameau. Et si tout s'arrête pour célébrer leur mémoire, je n'ai rien gardé d'eux. Ah si, quelques refrains d'Hallyday, deux ou trois. Mais j'ai toujours trouvé ça sirupeux. Rien de rock, au sens de Chuck, par exemple.

Johnny et Jean représentaient à mes yeux la France des années 70, celle du béton et du rance, rien d'émancipant. Les années Pompidou, où tout était un peu trop étriqué. Avec leurs pendants, Sylvie Vartan et Jean Dutourd. A la vue basse et de petite amplitude. Parlons plutôt de phénomènes de société en ce qui les concerne, qui reflètent nos trente dernières décennies.

Celle d'une France qui n'a plus beaucoup d'intellectuels de haute volée, mis à part Finkielkraut, Morin et Onfray... Qui n'est plus en pointe de la pensée depuis Derrida, Debord, Foucault, Deleuze et j'en passe. Quant à écouter des copies du rock de Memphis, j'avais davantage d'affinités avec les rythmes nerveux de Dick Rivers et les paroles ciselées d'Eddy Mitchell que pour le barnum yéyé d'Hallyday. Passons.

Je ne suis pas décliniste, juste lucide. A l'image de son équipe de rugby à XV qui coule doucement depuis dix ans, la France a du mal à se renouveler. Il n'y a qu'en politique qu'elle y parvient en élisant un président sans parti, lequel rendra un hommage national à M. Jean-Philippe Smet. Ah, si, heureusement, quelques Nobels ces dix dernières années : Barré-Sinoussi, Montagnier, Hoffmann, Fert, Haroche, Chauvin, Tirole, Sauvage... Mais seuls Le Clézio et Modiano sont célébrés du grand public. Tout est dit.

mercredi 15 novembre 2017

L'art du décalage

Nous sommes prisonniers d'un théâtre, debout sur scène au milieu d'autres, et le public assis dans la pénombre attend de nous que nous réagissions comme il est écrit dans la pièce qu'un metteur en scène a souhaité que nous interprétions. Pas question de sortir du cadre des répliques et des déplacements. Tout doit rester conforme.

N'est-il pas préférable, parfois, d'agir à l'encontre de ce que tous autour de nous jugent utile, nécessaire, souhaitable ? Une zone de confort nous est offerte mais il n'est question d'en dépasser les bornes. Il faut rembourser les spectateurs en livrant la performance attendue.. C'est un peu comme l'obligation qu'aurait un athée, pour ne vexer personne, de baptiser son enfant.

J'ai aussi effectué mon service militaire alors que je "condamne la haine entre les peuples". Je paraphrase là mon ami penseur qui ouvre son livre troisième par cet intitulé : "De petites actions non conformistes sont nécessaires !" J'y souscris pleinement. C'est insidieux, ça fonctionne par petites poussées, mais reconnaissons-le, certains contours de notre être sont gommées par l'opinion que souhaitent avoir de nous les autres. Qui ne nous veulent pas toujours du mal, d'ailleurs.

Rester conforme ? A quoi ? Quel objectif vain.. Décalons-nous plutôt sur l'impasse. Surprenons notre monde. Personne ne s'y attend. Etonnons ceux qui s'endorment. Pour ma part, je n'ai qu'une envie : me sortir des attentes parfois trop lourdes. Pour cela, rechercher l'espace profond, les broussailles oiu le large, selon la physionomie du terrain.

Le conformisme est d'un lassant... Comme s'il s'agissait de dédommager autrui de nos élans, de nos envie, de nos instincts, d'un naturel perdu ou coffré. Que devons-nous ? Et à qui ? La raison cloître la nature. Le vent et la pluie sculptent les pierres et leur donnent formes étranges, surprenantes, inattendues. Echappons-nous dans le côté fermé.