mardi 21 janvier 2020

Ode aux ruines



Le hasard est trop vaste, trop incertain, pour qu'une telle correspondance et qu'un si captivant mariage artistique soient seulement le fruit d'un concours de circonstances, voire d'une heureuse coïncidence. Ainsi, dans les locaux de l'agence Axe et Cible voyages (47, rue de Paris, 78 490 Montfort-l'Amaury), plusieurs œuvres contemporaines ont trouvé, le temps d'une exposition exceptionnelle de l'artiste Gesco (du vernissage le 30 janvier jusqu'au finissage le jeudi 6 février 2020, en présence du peintre Soly Levy), un écrin saisissant. "Je vous aime, ô débris ! Sous vos abris croulants je voudrais habiter, restes forts et superbes ! Et mon œil à travers vos brèches élargies voit jouer des enfants où mourraient des guerriers."
"Laissez le seul poète y conduire sa muse. Je médite longtemps, en mon cœur replié. Et la ville, à mes pieds, d'arbres enveloppée, étend ses bras en croix et s'allonge en épée comme le fer d'un preux dans la plaine oubliée. Mes yeux errent, du pied de l'antique demeure, sur les bois éclairés ou sombres, suivant l'heure. Et je vois, dans le champ où la mort nous appelle, sous l'arcade de pierre et devant la chapelle, le sol immobile onduler.
Le Grand Homme séjourna à plusieurs reprises dans cette ville fortifiée gorgée de tant d'Histoire. En 1845, il y composa Ode aux ruines. S'inspirant du poète américain T.S. Eliot pour réaliser ses œuvres picturales, l'artiste franco-argentine Gesco expose au cœur d'une de ces artères pavées qui surent aussi toucher l'âme du compositeur Maurice Ravel, du dramaturge Jean Anouilh et d'un autre parmi les grands poètes, Henri de Régnier.
Mais ce sont dans les pas versifiés de Victor Hugo que le thème, "Terres Vaines", développé par Gesco en plusieurs tableaux, trouve son plus fort écho. Après Palaiseau, par deux fois, Montfort-l'Amaury accueille maintenant l'éclat trouble et passionné de ces toiles brûlantes, voire déchirantes, qui racontent par mille vibrations l'exploration méditerranéenne en "une lumière froide et torride", écrit le critique d'art Philippe Guillot.
Amie des arts, Régine Autier, exploratrice au long cours, a jeté il y a quelques temps déjà l'ancre à Montfort-l'Amaury après avoir si bien capté, journaliste pour la télévision, l'ère du temps sur toute la surface du globe. Ici, elle s'est s'impliquée et appliquée à mettre en valeurs ces voyages intérieurs, invitation à descendre en soi au gré des éclats subtils, des traits enchevêtrés, des couleurs associées. 
Surgira alors l'explosion des tons et des formes, l'alliage magique qui donne vie à l'œuvre. Dans cet écrin renouvelé, les peintures de Gesco, à travers leur existence propre, nous plongeront dans nos songes oubliés, nos rêveries de promeneur solitaire, nos pensées les plus intimes.

mardi 14 janvier 2020

Costaud Rico

Immédiatement, vous pensez qu'il s'agit du poster géant qui servait de papier peint dans la chambre de votre copain de collège. On pourrait le croire, effectivement, tellement c'est beau. En fait, c'est le même mais en mieux. Que j'ai fait mien. Costa aux tropiques, c'est trop rico ! Réveillon les pieds dans la mer des Caraïbes. Minuit à Palaiseau, Oxford ou Bruxelles : dix-huit heures à Puerto Viejo.
L'année 2019 se termine avec le Brennus toulousain, le sacre sud-africain et douze mois de gilets jaunes qui laissent des marques. 2019, ce sont surtout les soirées cigares rue Washington, la découverte du rhum Zacapa, les tableaux de Gesco, soixante ans bien tassés, quelques beaux moments d'amitié et de fraternité et ce voyage au Costa Rica.
Hamac et Behike, caïmans et rainettes roses, pluie diluvienne et caresse ensoleillée, Tortuguero puis San José... Dépaysement complet. Finir ainsi l'année sous les palmiers pour mieux repartir. D'attaque. Les yeux comblés de beauté, de calme et de volupté. L'endroit idéal pour se ressourcer, sentir les vibrations telluriques vous chatouiller la plante des pieds, écouter le son de la nature dans laquelle on se fond, invité à partager, à visiter l'intérieur. Du monde, de soi.
Accoster au Costa Rica, c'est d'abord s'accorder une plage de tranquillité, le regard vague devant l'écume des jeux ; suivre la course oblongue de l'astre, c'est-à-dire s'ouvrir au jour dès qu'il se lève et s'endormir bercé par le chant de la forêt. S'apercevoir que nous, humains, ne sommes qu'une partie de l'humanité, laquelle englobe d'autres formes de vie qui nous invitent à beaucoup d'humilité. 
Comme c'est toujours janvier, alors on peut encore souhaiter que 2020 s'enrichisse de nombreux et forts moments de pur bonheur, entre un passé dont on ne gardera que le meilleur et un futur qui reste à construire jour après jour, par petites touches d'impression et de grands élans spontanés.