mercredi 17 mai 2017

Chants et bruit

Avez-vous remarqué ? Tous font un signe avec les mains. Il symbolise la tour Eiffel, cette armature érectile qui aurait dû être déboulonnée après l'Exposition Universelle il y a de cela plus d'un siècle ; œuvre d'un architecte allemand qui a changé son nom pour obtenir le contrat. Dirigeants, politiciens, industriels et sportifs aimeraient bien déposer à ses pieds les Jeux Olympiques et après tout pourquoi pas. Bernard Lapasset et Guy Drut qui se détestaient font maintenant équipe, bras dessus, pas dessous. Imaginons l'impossible.

Après les tensions de l'élection, et en attendant l'heure de l'empêchement ici et là-bas, un peu d'amour à partager. Les temps sont difficiles, le ciel incertain, le prix de la chocolatine augmente et il reste tellement de ponts à construire... S'ouvre les chemins de phase finale, voyages ovales entre été et printemps, vers l'herbe fraîchement coupée et la fête qui suit. Alors permettez-moi de vous dédier ce poème de Victor Hugo repris à mon compte décalé. Pour l'élan et la geste. Alors à la nôtre, ami(e)s !

"Amis, j'aime la folle nuit et la nappe rougie, les chants et le bruit, les bonnes compagnies, les cavaliers joyeux, le vin dans tous les verres, l'amour dans tous les yeux ! La tombe est noire, les ans sont courts. Il faut, sans croire aux sots discours, très souvent boire, aimer toujours ! Dans ce paradis Comme Fou qu'éclaire un ciel si doux, tout est joie et folie, fort houblon et anis. Ayons donc à nos fêtes les fleurs et les beautés, la rose sur nos têtes, l'amour à nos côtés !"

lundi 8 mai 2017

Macronmégas

Ainsi suis-je désormais membre du deuxième parti de France, celui des abstentionnistes, des voteurs blancs ou nuls. Nous sommes douze millions. Et n'en suis pas plus fier pour autant, mais je l'avoue sans honte ni remord. C'est mieux que de faire partie des voyeurs. Au fait, avez-vous remarqué ? Pas de concert de klaxons dans les rues à l'annonce de la victoire de Manu. Rien à voir avec 2002 quand les électeurs éclairées étaient sortis par millions pour manifester contre la présence du père Le Pen au second tour.

Macron n'a pas sauvé la République du péril brun-blanc-bouge. Péril car nous parlons désormais de presque onze millions de voix de fachés qui soutiennent le néo-fachisme. Le double de ce qu'avaient obtenus le papa quinze ans plus tôt et la fifille en 2012. Elle devient exponentielle, cette affaire...Nous en arrivons au souci. Si jamais Macron ne parvient pas à répondre aux attentes de la population après dix ans de sarkozo-hollandisme, il faudra se résoudre à voir Marine au pouvoir. Ou pire, Marion. Alors autant lutter maintenant. Et ce n'est pas en déposant un bulletin, non, c'est en s'occupant de politique sur le terrain de la citoyenneté.

Elle le reconnait, la moitié de ceux qui ont voté pour Macron dimanche l'a fait par défaut. Je n'en étais pas. J'en ai eu marre de me faire avoir. Il faut dire que ça a commencé avec Mitterrand en 1988. Puis j'ai cru en Jospin, et enfin en Hollande. Dimanche, j'ai donc décidé que ça suffisait. Election, piège à con : il nous faut (re)trouver une démocratie participative. La politique ne doit plus être confisquée par des professionnels qui ne pensent qu'à se faire réélire et vivre de cette rente qui n'est plus pour eux fibre ni sacerdoce. Marre de cette Ve République de monarques déguisés en costumes sur-mesure. Il est temps de passer à autre chose.

Croyez-le, ce n'est pas en élisant un avatar du néo-libéralisme que nous allons progresser vers davantage de Lumières. J'ai halluciné en découvrant Ségolène Royal, François Bayrou et Gérard Collomb servis sur le plateau à 20h01, dimanche. Sur le coup, j'ai cru que France 2 organisait un vide grenier... A l'évidence, Manu Macron recycle les croutons, les has been de la politique (Valls, Lepage, Cohn-Bendit, Kouchner, Dutreil, Borloo, Arthuis) comme le Dr. Frankenstein donnait vie à un monstre avec des bouts de cadavres.

Nous sommes arrivés au bout d'un système et j'aimerais bien que l'avenir me donne tort. Mais ça n'en prend pas franchement le chemin. De toute façon, on va vite savoir. Dans quatre semaines, Manu 1er disposera-t-il d'une majorité parlementaire pour gouverner à sa guise ? Rien n'est moins sûr. S'il n'en dispose pas, il n'hésitera pas à relancer la loi El-Khomri à grands coups de 49.3. De quoi nous remettre dans la rue. Car s'il y a indéniablement du Bonaparte en Manu, couve Napoléon.

Electeur votant depuis 1977, je milite désormais pour la reconnaissance du vote blanc. J'aime voter. C'est un devoir civique. Imaginez à quel point ça m'a fait mal de ne pas glisser mon bulletin, dimanche. Mais il me fallait rester honnête avec moi-même. Alors je ne me suis pas présenté devant l'urne. J'avais les boules. Vraiment. Mais trop est assez. Si le nouveau président est "ni-ni" (ni droite ni gauche), je le suis aussi (ni Le Pen, vous vous en doutez, mais aussi ni Macron).

Pourquoi le vote blanc ? Parce que si le pourcentage de votes blancs est supérieur à celui des deux candidats qui arrive en tête (ou dépasse 50%), l'élection sera alors annulée et les candidats ne pourront pas se représenter. Renouvellement assuré, donc. Les Grecs, créateur de la démocratie, avaient aussi inventé le tirage au sort des élus pour ne pas qu'ils se sentent pousser du zèle. Sans aller jusque là, déprofessionnalisons la politique. Qu'elle redevienne vraiment citoyenne. Sinon, dans cinq ans, nous la pleurerons.

mercredi 26 avril 2017

Mélanome

Vert pour Macron, bleu clair pour Fillon, bleu foncé pour Le Pen, rouge pour Mélanchon. Cette carte de l'élection au premier tour montre à quel point la France est coupée en deux, ligne de démarcation qui raconte la résistance au fléau populiste en Bretagne, en Normandie, dans le Centre, le Sud-Ouest et les Alpes. Partout ailleurs monte la revendication antisystème.

L'imposante poussée du Front National et des Insoumis, qui sont les pôles extrêmes d'un même rejet de l'hégémonie des grands partis, est nourrie en premier lieu par une défiance vis-à-vis de l'Europe technocratique et administrative qui serait source de tous les maux, de tous les fantasmes déclinistes, de tous les freins au progrès made in France.

Tracez un trait qui va de Caen à Montpellier pour avoir une idée de l'axe autour duquel tourne la vie politique française depuis dimanche dernier. Une immense tâche noire. Un mélanome frontiste. Un pentagone de colère sourde contre tout et tous. Un raz de marée noire, ras-le-bol qui mêle les dégoûts et les couleurs et se montre désormais au grand jour.

Il n'y a plus aucune honte en France à voter pour un parti xénophobe, souverainiste, populiste, aux idées rances ; un parti fondé par d'anciens de l'OAS, fachos, collabos, tortionnaires. Alimenté par l'argent de Moscou et de Bachar, un parti dont le chef bleu Marine est soupçonné d'avoir détourné de l'argent public et sommé par la justice européenne de se présenter devant les juges.

En face de cette peste noire qui gagne du terrain année après année un hologramme, Emmanuel Macron, sorti de nulle part pour sauver le système. Un télé-évangéliste qui harangue sa foule les bras levés au ciel et récolte des dons de droite et de gauche, des ralliements qui vont de François Fillon à Benoît Hamon. Inquiétant, non ? Tous les politiciens qui se sont plantés depuis trente ans appellent donc sans vergogne à voter pour cet avatar.

Et au milieu de ce fatras foutraque émerge le vote blanc. Il ne signifie rien, ne pèse d'aucun poids, n'a aucun sens électoral si ce n'est favoriser le plus faible, le plus petit des candidats, celui arrivé second au premier tour, donc Marine Le Pen, car il réduit d'autant l'écart de la frontiste avec le marcheur en bulletins exprimés. Reste l'abstention, remède pire que le mal tant il montre le peu d'intérêt pour la chose publique.

Pour être vraiment en phase avec leurs convictions, ou plutôt leur absence de conviction, il faudrait alors que ceux qui s'abstiennent de voter s'abstiennent aussi de profiter des avantages en nature de la République, de tout ce que l'Etat et la nation font pour chacun, ces petits détails quotidiens, entre autres les aides de toutes sortes pour les plus démunis, les divers remboursements qui assurent au final du lien social.

Quoi qu'il advienne dimanche soir 7 mai à l'issue d'un deuxième tour qui nous propose de choisir entre deux options sociétales - le chaos ou la prolongation, la bagarre générale ou le temps additionnel - à moins de quitter le stade avant le coup de sifflet final, le match retour promet d'être encore plus tourmenté. Pour gouverner, l'élue du peuple ou celui des rassemblements aura besoin d'une majorité parlementaire.

Et là ce sera encore plus explosif. Ni Le Pen, avec son micro parti, ni Macron avec son mouvement pubère, ne disposent d'assez de personnel susceptible de se présenter aux élections législatives avec des équipes crédibles. Les barons du PS et de LR attendront sagement alignés en ordre de marche pour recueillir ce qu'ils savent attirer, à savoir des votes locaux pour mieux se présenter en force à l'Assemblée Nationale.

La France est ingouvernable. A moins d'en appeler au passé récent. Un candidat à la présidence de la République disait naguère : "Je gouverne et gouvernerai la France au centre. Pour certains, le centrisme est un marais, un point de convergence des opportunistes. Nous pensons au contraire que le centrisme exprime une certaine manière d'aborder les problèmes, caractérisée par le refus des extrêmes et le choix délibéré de l'action."

Cet homme qui a donné ses lettres au centre se nomme Valéry Giscard d'Estaing, locataire de l'Elysée entre 1974 et 1981... Sacré retour en arrière, non ? Emmanuel Macron épouse en creux sa vision. Rien de bien nouveau. Nous l'avons déjà écrit ici et c'est encore furieusement d'actualité, malheureusement : "Il faut que tout change pour que rien ne change." Ce à quoi, nous indique Juanito, Simon Wiesenthal réplique : "Pour que le mal prospère, il suffit que les hommes bons ne fassent rien."