vendredi 8 mai 2020

Paix poétique

En ce jour de victoire et de paix revenue, me vient l'idée de célébrer ce que le confinement nous permet d'effectuer dans les meilleures conditions, à savoir le temps de lecture. Et d'écriture, pour certains. En relisant Préférences, recueil de textes écrits par Julien Gracq, grand amoureux du rugby, je ne peux m'empêcher de vous faire partager un extrait de Pourquoi la littérature respire mal, conférence faite à l'Ecole Normale Supérieure en 1960. Texte qui n'a pas pris une ride, magnifiquement contemporain.
"Les neuf dixièmes de notre temps vécu, de ce temps dont rien après tout n'est inintéressant pour la littérature, se déroulent dans un monde sans passé et sans avenir, dans le monde de ce qu'Eluard a nommé la Vie immédiate, monde où l'histoire mord à peine, où le souci de l'action et de l'engagement n'a pas de prise."
"Et puis, à lire ces romans étouffants d'où l'air libre et le monde extérieur sont exclus, pleins à craquer d'une humanité aigre et exaspérée, et où on pénètre quelques fois comme dans un wagon de métro à six heures du soir, ce qui me frappe, c'est une exclusion délibérée et systématique. L'exclusion de cette espèce de mariage, mariage d'inclination autant et plus que de nécessité, mariage tout de même confiant, indissoluble qui se scelle chaque jour et à chaque minute entre l'homme et le monde qui le porte, et qui fonde ce que j'ai appelé pour ma part la plante humaine."
"Il n'y a pas de place pour la plante humaine dans la littérature de notre temps, et on dirait que tout y a été dit de l'homme sauf ceci d'essentiel : cette bulle enchantée, cet espace au fond amical d'air et de lumière qui s'ouvre autour de lui et où tout de même, à travers mille maux, il vit et refleurit. Le monde n'a jamais pu nous être aussi inamical, aussi fermé, aussi irréductiblement étranger qu'on le dit, puisqu'il y a toujours eu des poètes."
"Une page de Tolstoï, de ceux que j'appelle les grands végétatifs, nous rend à elle seule le sentiment perdu d'une sève humaine accordée en profondeur aux saisons, aux rythmes de la planète, sève qui nous irrigue et nous recharge de vitalité, et par laquelle, davantage peut-être que par le point de la lucidité la plus éveillée, nous communiquons entre nous."

mercredi 8 avril 2020

Ce qu'ils en disent

"Penser, écrivions-nous avec Christophe Schaeffer dans l'avant-propos du Dictionnaire des Penseurs, c'est établir un lien avec l'existence." Du coup, demeurer confiné a ceci d'intéressant qu'il est possible de réfléchir sans être interrompu. Aussi, j'aimerais partager avec vous la réaction d'une soixantaine des penseurs à l'annonce - certes encore incertaine - du déconfinement, chronique dont la conception, que vous le sachiez quand même, m'a pris une nuit d'insomnie.

Thomas d'Aquin : "J'attends de voir..."
Hannah Arendt : "Ce n'est que de la propagande."
Aristote : "Heureux de retourner parmi mes semblables."
Antonin Artaud : "J'ai bien vu, mais je n'ai rien compris."
Averroès : "C'est doublement incohérent !"
Gaston Bachelard : "De toute façon, je suis condamné à vivre au rez-de-chaussée."
Michel Bakounine : "Je ne sortirai que lorsque tous seront sortis."
Emile Borel : "Quelle est la probabilité que ce soit vrai ?"
Noam Chomsky : "Méfions-nous des annonces !"
Nicolas Copernic : "Quoi qu'il advienne, je continuerai à prendre le soleil..."
Pierre de Coubertin : "Plus vite ce sera..."
Boris Cyrulnik : "Triomphons de cette nouvelle épreuve."
Charles Darwin : "Nous n'avons pas fini de lutter."
Gilles Deleuze : "Je n'y trouve aucun sens."
Démocrite : "Cela me met en bonne disposition d'esprit."
Jacques Derrida : "Quelle différance ? "
René Descartes : "J'en suis..."
Eihei Dogen : "Avez-vous pensé à sortir les tapis ?"
Marcel Duchamp : "Ca tombe bien, j'avais envie de pisser !"
Albert Einstein : "Encore une fois, je vais prendre le train en marche..."
Epicure : "Ce n'est pas aussi plaisant que ça."
Erasme : "Me laissera-t-on le libre arbitre de rester confiné ?"
Jules Ferry : "Les écoles, aussi, vont ouvrir ?"
Michel Foucault : "Ah, retrouver l'usage des plaisirs..."
Sigmund Freud : "S'il vous plait, restez allongés !"
Gandhi : "Je ne bougerai pas..."
Hegel : "Attention, c'est encore une ruse !"
Hippocrate : "Tout dépendra de mon humeur."
Thomas Hobbes : "Franchement, je trouve ça monstrueux !"
David Hume : "Enfin, je vais pouvoir me déconnecter."
Carl Gustav Jung : "Mais vous êtes inconscients !"
Emmanuel Kant : "C'est bien."
Soren Kierkegaard : "Ca m'angoisse déjà..."
Martin Luther King : "Je rêve ou quoi ?"
Etienne de La Boétie : "Les beaux discours, toujours les beaux discours..."
Jacques Lacan : "Des cons, fins nez."
Lao Tseu :"Sortez avec modération."
Gottfried Leibniz : "Alors tout va pour le mieux."
Emmanuel Levinas : "Je vais en profiter pour faire le plein d'essence."
Karl Marx : "Considérant le travail à domicile, je n'y vois aucune plus-value."
Marshall McLuhan : "Quel message le gouvernement veut-il faire passer ?"
Jacques Monod : "Cela me parait nécessaire."
Michel de Montaigne : "Je veux bien essayer."
Thomas More : "Trouverons-nous pour autant le lieu du bonheur ?"
Issac Newton : "Les bras m'en tombent..."
Friedrich Nietzsche : "Ce choix n'est pas très moral."
Blaise Pascal : "De toute façon, il n'existe qu'un seul remède..."
Platon : "Perso, j'ai confiance en la République."
Jean-Jacques Rousseau : "Ah, le fer se dissout !"
Sade : "Je sens que souffle un vent de liberté."
Arthur Schopenhauer : "N'allons pas contre la volonté générale..."
Amartya Sen : "Quel bonheur !"
Sénèque : "Voila qui tombe sous le sens."
Socrate : "Prenons d'abord la mesure de cette décision, qu'en dites-vous ?"
Spinoza : "Que ma joie demeure."
Sun Tzu : "Attendons de voir la forme que cela va prendre."
Frederick Taylor : "Répétez moi ça ?"
Henry Thoreau : "Je m'en fous, j'avais déjà désobéi !"
Ludwig Wittgenstein : "Je n'ai pas envie de parler de ça, désolé..."