vendredi 25 décembre 2020

Ce Covid par l'absurde

Fleuriste, médecin, artiste-peintre, pilier gauche très adroit, chroniqueur, écrivain et accessoirement vice-président de la FFR, Serge Simon vient de commettre un nouvel opus intitulé "Dictionnaire absurde du Covid" (Hugo et compagnie). On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde, et pourtant ce petit opuscule est à mettre entre toutes les mains car il nous faut sourire du virus afin de nous extraire du monde de pendant qui n'est pas encore celui d'après. Rien que pour avoir une définition décalée en bout de ligne d'agueusie et d'anosmie, mais aussi un petit portrait de Didier Raoult, Sibeth Ndiaye, Olivier Véran, Emmanuel Macron et Agnès Buzyn, ça faut le détour d'une remise à la page. Le tout commenté en sous-titre par Raymond, René et Simone, comme si vous étiez au comptoir du zinc, le Café de la Poste faisant foi. Et puis, au fait, "le" ou "la" Covid ? Ainsi commence l'affaire, qui se termine par la superficie d'un cercle. Aussi massif que subtil, Serge Simon était autant un joueur de claques qu'il est devenu un homme de déclic : ici, il se joue de tout, et surtout des contradictions qu'il assume, allant de la dérision à l'inepte, et retour. De quoi passer le Réveillon et même le début d'année 2021 qui s'annonce aussi brise-burnes que la précédente. Après l'hiver, le général Cluster va continuer de charger virus au clair, et ceux qui ont manqué le premier épisode peuvent s'occuper en lisant cette séance de rattrapage viral. Puisque les restaurants, les théâtres, les stades, les bars et les boîtes vont sans doute refermer avant que d'avoir vraiment réouvert, reste le coin du feu et quelques pages de ce dico riche et fou en trempant nos yeux dans le second degré, histoire d'amuser notre quotidien (re)confiné ad lib.

samedi 21 novembre 2020

Nixon richement revisité

Je l'ai dévoré sans parvenir à le lâcher : à chaque phrase une info, à chaque page le plaisir de trouver la suivante. Je considère La chute de Nixon, écrit par mon ami Georges Ayache et tout juste sorti des presses, comme un pur bonheur dont on ne se lasse pas puisqu'arrivé au terme de ce décryptage traité comme un polar, surgit l'envie de revoir Les trois jours du Condor (S. Pollack, 1975), Pentagone papers (S. Spielberg, 2017) et Les hommes du Président (A. Pakula, 1976), dans cet ordre. L'exploit, car s'en est un, de l'ancien diplomate et universitaire devenu écrivain consiste au final - mais dès les premières pages - à rendre ce paria de "Tricky Dick" presque sympathique, ce qui n'est pas une mince affaire. L'impeccable documentation et le style énergique de cet opus nous entraîne dans les arcanes du pouvoir nord-américain comme en territoire familier. Quaker californien - quel oxymore ! -, Richard Nixon n'a jamais été accepté par les élus qui font la politique, juste toléré tant qu'il pouvait servir quelques intérêts : c'est une des nombreuses révélations de ce voyage à dos d'éléphant... A partir de ce prélude se construit une trame dramatique remarquablement analysée par l'auteur, scenario qui nous permet de mieux comprendre les ressorts des élections suivantes qui vont jusqu'à la récente sortie de Donald Trump du Bureau Ovale. Riche jusque dans les notes succulentes situées dans la partie annexe - ce qui oblige néanmoins à un va-et-vient incessant -, ce guide adopte une approche oblique particulièrement stimulante et donne à voir, à la périphérie, les remous de la saga Kennedy, effet miroir déformant sans lequel rien ne peut être parfaitement distingué. Fort d'un lexique (Mad Men, brahmane, Ivy league, pink sheets, Orthogonian, gerrymandering, Camelot, Tammany Hall) et d'une galerie de portraits (Alger Hiss, Jerry Voorhis, Helen Douglas, Hedda Hopper) qui nous familiarisent avec une époque et des moeurs, La chute de Nixon (Perrin, 2020) est clairement l'oeuvre d'un archéologue fouillant au plus profond de la psyché américaine, questionnant avec le talent d'un conteur son éthique et ses pulsions, l'hubris et le chaos, des vérités et sa violence. On en sort avec l'urne pleine d'interrogations, quelques convictions ébranlées mais davantage d'acuité.