jeudi 2 mars 2017

Oser le difficile

Le mot est à la mode. Procrastiner, comme ils disent. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose que de ne rien faire. Et c'est justement ce que je veux faire : rien. Ne plus regarder les réseaux sociaux, ni la dernière photo postée sur What's App qui montre le chat de ma fille endormi au soleil, lové, arrondi, la tête dans les pattes.

Pour ma part, je vais marcher lentement. Il faudrait pour cela que je marche et que j'arrête de prendre ma voiture pour faire deux pauvres kilomètres. Passons, j'ai honte... Je vais aussi me taire. Je sais, ça semble impossible, vu comme ça, mais je vais quand même temps le coup. Ignorer les réponses à tout qui me traversent l'esprit. Je vais savourer le temps présent mais je me dis soudain, que ça, je le fais déjà.

Ne rien faire, c'est chasser le trésor. C'est trouver dans un simple rayon de soleil, une fleur, un parfum, une odeur aussi, un goût, une ligne musicale, une phrase, un silence, un murmure, de quoi provoquer une descente en soi. Regarder, sentir, toucher. Utiliser nos cinq sens. Ne se priver d'aucune possibilité de voyager à l'intérieur de soi. Se mettre à la couleur, aux couleurs.

Et puis, bien entendu, lire. Comment peut-il en être autrement ? Retrouver Alain, Bertrand Russell, Thomas Hobbes. C'est possible et tant mieux. Eux qui ont écrit sur l'oisiveté nous ouvrent quelques perspectives intéressantes en ces temps de course à l'immédiateté, à la rentabilité, à l'efficience. Tournez lentement les pages, n'est-ce pas ?

Et puis Sénèque, quoi ! Bon, j'avoue, sans l'apport de Christophe (Schaeffer, pour ceux qui nous rejoignent), jamais je ne serais allé de moi-même vers le conseiller de Caligula et de Néron. Pas mon latin préféré, celui-là... Son oisiveté est particulière : nous devons nous éloigner de nos passions. Ce qui peut sembler un peu aride quand on s'imagine sans élans.

En revanche, il m'accroche quand je m'aperçois qu'il est l'auteur de cette phrase que nous devrions tous et toutes garder en mémoire dans la perspective des temps difficiles qui se profilent à court terme et même au présent. Je vous la livre en guise de conclusion mais aussi d'ouverture afin que nous puissions échanger : "Ce n'est pas parce que les choses nous paraissent difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles nous paraissent difficiles"....

dimanche 19 février 2017

Tout se transforme

Depuis quelques temps l'intérêt suscité par ce blog va clairement en périclitant. Après un très net regain à partir de septembre 2015, Coupe du monde oblige, nos échanges depuis quelques semaines se font de plus en plus rares. Il faut passer la nuit devant le Super Bowl, à trois, pour retrouver un peu de vitalité. En dehors de ça, nos commentaires sont presque abandonnés et notre lien, d'habitude si fort, est là distendu si j'en crois l'abandon de notre dernier Crazy Ruck faute de présents.

Il en va de ce blog comme de ce qui l'entoure. L'éloignement marqué est à la mesure de ce qu'il fut depuis le début, à savoir un groupe d'abord fortuit puis uni, souriant, drôle, iconoclaste, décalé. Neuf ans après, il s'essouffle, coincé dans le maelstrom de la vie, famille, travail, partie... Cette fin de match est sans doute à l'image du moment que nous vivons, désespérant. Trump et Le Pen, puants, copulent et nous n'aurons pas assez de temps ni d'énergie, je le crains, pour noyer leurs petits.

J'ai tendance à me refermer sur des valeurs sûres, cinéphiles très souvent, pour me sortir du quotidien gluant. J'ose à peine allumer la radio de peur d'y entendre le flux des conneries qui nous plongent dans le désarroi. Et que dire de la télévision ? Je l'ai retournée, de l'autre côté c'est passionnant... Vers quoi aller ? Savourer un opéra, (re)dévorer un classique... Ecrire, penser. Ecouter ce qu'Edgar Morin a à dire, aussi. Et son alter ego Cynthia Fleury. Qui nous invite place de la République à manifester contre la corruption.

Morin et Fleury vraiment me ré-enchantent. Leur lucidité, leurs efforts pour nous sortir de l'ornière intellectuelle et sensitive dans laquelle nous jettent des petits esprits étriqués et malsains comme par exemple Finquellecrotte et BHL devient un élan vital. Ce n'est pas toujours joyeux mais ça participe d'une redistribution de la pensée à l'heure où on voudrait nous faire avancer les yeux bandés.

J'avais imaginé Comme Fou tel une oasis dans un remugle, un fil tendu au-dessus des remous, une main tendue dans la foule des dos tournés. C'est bien ce qu'il a été pendant neuf ans. Je vois, désormais, que nos doigts, ceux d'Antoine, de Nemer, de Seb, de Vincent, de Christophe, de Léon, les miens aussi, se retrouvent et se croisent comme une passe des Boniface autour, pour et dans un projet éditorial, Flair Play, devenu notre nouvel épicentre ovale, et j'en suis ravi. En attendant le deuxième numéro avec impatience.

Sans tristesse, toute histoire à une fin et il me semble que celle de ce blog arrive maintenant à grands pas. Voici venir son épilogue, sa conclusion, sa coda. Il va me falloir prendre une décision pour éviter, sans doute, de faire la saison de trop. Quel avenir pour Comme Fou ? De toute façon, comme en dit en rugby, en chimie et en philosophie, rien ne se perd, tout se transforme.

jeudi 26 janvier 2017

Le pied de Neruda

Il y a du Hulot dans ce Pablo, de longues vacances loufoques au pays des fachos, évadé permanent chez Pinochet. Vous faire partager ici  mon bonheur d'avoir vu le film Neruda. Une merveille signée Pablo Larrain. Le cinéma est un art : ce long métrage le confirme, à l'heure où pullule les blockbusters sans âme construits par images artificielles.

Dans ce cas qui nous occupe tout est poésie, raffinement, drôlerie. Comme Neruda nous nous évadons pendant presque deux heures qui passent vite mais pas tant que ça puisqu'elles raconte une vie de rimes. Il faut dire que dans la famille Escot depuis deux générations nous tenons Pablo Neruda pour l'un des plus grands poètes jusqu'à collectionner ses œuvres complètes.

Ce film apporte une dimension peu connue. Elle ne rend pas grâce au politicien, au bourgeois, à l'époux. Mais personne n'est parfait. Justement c'est par ses failles que le plus célébré des chiliens est universel. Le réalisateur, toute la beauté de son œuvre est là, a su capter et surtout sublimer cette complexité du personnage.

Plusieurs types de caméras, de grains, de captation d'images, d'angles et de lieux pour un même moment rendent ce petit bijou gentiment bancal. Comme s'il manquait un pied sans que personne ne s'en aperçoive. Le comble, quoi, pour un poète... Et c'est ce qui rend l'ouvrage si attachant. Le tout est mis en relief par une bande son hautement élevée.

Un moment rare qui nous fait sortir de la pollution ambiante en ce début d'année 2017 qui promet d'être plus angoissant que prévu. La poésie sera notre refuge, nos lumières. Pythagore écrivait dans ces Vers d'or : "Et tu réaliseras que les êtres malheureux sont responsables des obstacles qu'ils rencontrent." Neruda aborde à sa façon le lien spirituel qu'il est possible de tisser au quotidien entre vie et poésie. Vous me raconterez...