samedi 28 août 2021

Petite voix, nouvelle voie : Oser lire

Fin juillet, mon ami André Buonomo m'adressait par mail ce retour de lecture concernant l'ouvrage publié fin juin sous le titre : "Oser savoir". Le voici, en chronique.

« Tu as pu lire Kant ? », m’écrit Richard. « Oui bien sûr » lui ai-je répondu, mais comme je ne lui avais pas transmis de retour écrit, je lui demandais spontanément de pardonner mon farniente estival ! Aussitôt, je relisais son court ouvrage publié dans la collection fondateurs pour me remémorer sur quelles pierres fondatrices de la construction reposait ce « Oser savoir » en référence à Kant. 

En introduction, une première citation de Victor Hugo, choisie par Richard, annonçait la force propulsive de l’immense remise en question qui allait suivre. L’auteur des Misérables, affirmait que « La volonté trouve. La liberté choisit. Trouver et choisir c’est penser » ! Mon programme actuel de Côte d’Azur, bateau, Sunset et apéro avec modération, me nettoyait littéralement le cerveau. Je m’étais enfermé dans un labyrinthe qui ne faisait que renforcer mon envie de ne rien écrire à cause des tours d’hélice des délices de l’été. 

Ce manque de volonté affirmé ne trouvait ni temps disponible ni liberté de choisir sur ce « quoi écrire » ou de « que dire de plus ». Je prenais soudain conscience du vide de mes pensées ! Ce n’était pas une question de vacances mais assurément une question de vacuité de neurones non connectés. Je me laissais vivre sans penser. Richard m’avait surpris en flagrant délit ! 

En voyant le titre de la page suivante : « Le courage d’écrire », je me couvrais de honte. Richard rappelait que Kant implorait « qu’écrire constitue le bien le plus précieux de l’Humanité pensante qu’il nous faut absolument préserver » J’avançais donc à pas feutrés dans ce petit livre aux grands principes éthiques sur le chemin de la vie. Avec ma petite lumière de LED alimentée seulement par le réchauffement de mon cerveau au soleil sans ombrelle, qu’allais-je encore découvrir de décoiffant ? 

Ce Kant était vraiment visionnaire dans son oeuvre Qu’est-ce que les Lumières (1784), et Richard agrandissait à la loupe cette vision percutante. Je voyais exploser des étoiles filantes de remords dans mon univers de 2021. J’étais « responsable de mon aveuglement, de ma mise sous tutelle, de ma passivité ». Comme ce monde d’aujourd’hui vacillait sous Covid - terrorisme, guerre, famine mais aussi égoïsme, incivilité, injustice, mégalomanie, course à la notoriété, idolâtrie, préjugés, rumeurs, désinformation et mensonges -, j’évitais de plus en plus de me confronter aux autres : l’inverse du chemin préconisé. 

Ainsi, j’étais loin du « rayon Kant » montré par Richard qui définissait comme « citoyen du monde » celui qu’il qualifiait « d’être de raison, acteur d’une République enfin universelle puisqu’elle transcende les Etats ». Cependant, en poussant la curiosité jusqu’au bout de cette lecture, Richard extrayait aussi la définition de l’éthique de l’ouvrage de Kant, Fondement de la métaphysique des Moeurs (1785). Autour de cette dernière, jaillissait alors un nouveau feu d’artifice dont quelques neutrinos pouvaient être porteurs de nouveaux espoirs. 

Et Richard de préciser que : « Oser savoir, c’est passer du devoir qui m’est imposé à l’action qui s’impose à moi » et d’indiquer « qu’il me faut impérativement sortir de ma zone de confort. » Par ces mots, le guerrier qui dormait en moi reprenait l’espoir du combat chevaleresque pour se sentir « un homme libre et de bonne moeurs ». Sous ces lignes, je ressentais le besoin perpétuel de rechercher sa propre autonomie en toutes circonstances, aussi bien en agissant sous l’ordre de la règle en tant « qu’acteur dans le système » ou bien, en tant que « savant » comme le dit Kant, non pas pour s’émanciper de celle-ci mais pour pouvoir en discuter avec recul. 

Merci Richard pour ce précieux rappel qui aura une longue vie, comme toute idée qui construit une cathédrale humaine avec une éthique d’équerre. Livre à glisser sous l’oreiller et à relire dès que nos faiblesses apparaissent, pour retrouver le sens d’une petite voix interne qui montre une nouvelle voie possible. Comme le dit Edgar Morin dans La Méthode 4 : « Nous avons besoin, finalement et fondamentalement, que se cristallise et s’enracine un paradigme de complexité ». Complexe, ce n’est pas forcément compliqué… C’est ce qui perpétue l’espoir de réussir..."

vendredi 11 juin 2021

La bande à Bonnet

Vous connaissez peut-être Laurent Bonnet pour avoir lu ses textes maritimes sur mon autre blog, plus ovale, Côté Ouvert. Avant d'être écrivain et éditeur, il fut marin, chef d'entreprise et directeur de la société des régates rochelaises. J'ai vécu à son invitation quelques homériques safaris en hobie-cat le long des côtes sauvages de la Sierra Leone et dans le golfe de Thaïlande, autour des îles atlantiques aussi, Ré, Aix, Oléron... Athléte accompli - il n'y a qu'au tennis que je suis parvenu à le battre régulièrement, à son grand dam - Laurent est d'abord l'auteur de Salone, roman choral qui plonge dans l'histoire de la Sierra Leone et reçut en 2013 le prix Senghor, entre autres récompenses. 

Ayant largué les amarres d'une vie trop rangée et souhaitant se consacrer à l'écriture, il chronique avec talent et conviction pour La Cause Littéraire, et surtout excelle dans l'art délicat de la nouvelle : j'apprécie plus particulièrement Le retour de James Conaught et Charmian London. Un hors-série de la revue Daïmon titré Aux Evadés est depuis peu consacré à ce Limougeaud qui distille les embruns. Devrait bientôt être publié Fils d'escales, roman d'étapes marines qui va de l'Espagne à l'Argentine, de Gijon à Buenos Aires. Hâte que cette pérégrination se compléte à bon port.

En novembre dernier, Laurent a repris son baton de pélerin oublié dans une allée littéraire pour développer une maison d'édition associative, les défricheurs, créée en 2011 pour promouvoir des auteurs qui ne naviguent pas dans les courants habituels et les vents porteurs. C'est donc avec joie que j'ai immédiatement adhéré à son projet éditorial revivifié, et rapidement proposé un texte que je tenais dans le creux de mes mains depuis que j'ai découvert Emmanuel Kant, sa rude philosophie, ses concepts sans faille, son phrasé rigoureux, une pensée qui m'a obligé, très jeune, à regarder la voute étoilée pour m'y perdre puis, plus tard, à considérer le fil à plomb comme symbole d'éthique.

Vient donc d'être publié Oser Savoir par les bons soins de cet ami, m'offrant la possibilité d'aborder le texte le plus court de Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? avec les yeux du citoyen que je suis, regard qui devient écrin pour un joyau dont nous avons plus que jamais besoin, aujourd'hui que menacent les dogmes et les doxas. Privilége, donc, que le mien d'accompagner à la fois cette entreprise, cette collection fondateurs qui compte de forts auteurs, et ce texte éclairant, mais aussi, comme le souhaitait Kant, d'écrire et d'être publier pour offrir ce prolongement.

Si vous souhaitez découvrir cet ouvrage (il est aussi disponible dans toutes les bonnes librairies mais pas chez Gafam, vous l'aviez deviné), cliquez sur ce lien Oser Savoir. Emmanuel Kant sous le regard de Richard Escot. (Editions les défricheurs, 2021)