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vendredi 1 mars 2024

Qui nous regarde

Que votre regard perce ce pan de l'exposition de certaines des œuvres de l'artiste Gesco à Gruissan, installée l'été dernier. Laissez-vous donc emporter. Préciser le sujet, définir son cadre, nourrir les réflexions du spectateur limite, dans un premier temps, votre imaginaire.

De quoi s'agit-il ? Que voyez-vous ? Y a-t-il un thème commun ou pas ? Et quels mots peuvent évoquer ce que ces huit tableaux dégagent ? Il y a là matière à alimenter ce blog de vos commentaires, avant que j'aille plus avant dans le détail.

mardi 21 janvier 2020

Ode aux ruines



Le hasard est trop vaste, trop incertain, pour qu'une telle correspondance et qu'un si captivant mariage artistique soient seulement le fruit d'un concours de circonstances, voire d'une heureuse coïncidence. Ainsi, dans les locaux de l'agence Axe et Cible voyages (47, rue de Paris, 78 490 Montfort-l'Amaury), plusieurs œuvres contemporaines ont trouvé, le temps d'une exposition exceptionnelle de l'artiste Gesco (du vernissage le 30 janvier jusqu'au finissage le jeudi 6 février 2020, en présence du peintre Soly Levy), un écrin saisissant. "Je vous aime, ô débris ! Sous vos abris croulants je voudrais habiter, restes forts et superbes ! Et mon œil à travers vos brèches élargies voit jouer des enfants où mourraient des guerriers."
"Laissez le seul poète y conduire sa muse. Je médite longtemps, en mon cœur replié. Et la ville, à mes pieds, d'arbres enveloppée, étend ses bras en croix et s'allonge en épée comme le fer d'un preux dans la plaine oubliée. Mes yeux errent, du pied de l'antique demeure, sur les bois éclairés ou sombres, suivant l'heure. Et je vois, dans le champ où la mort nous appelle, sous l'arcade de pierre et devant la chapelle, le sol immobile onduler." 
Le Grand Homme séjourna à plusieurs reprises dans cette ville fortifiée gorgée de tant d'Histoire. En 1845, il y composa Ode aux ruines. S'inspirant du poète américain T.S. Eliot pour réaliser ses œuvres picturales, l'artiste franco-argentine Gesco expose au cœur d'une de ces artères pavées qui surent aussi toucher l'âme du compositeur Maurice Ravel, du dramaturge Jean Anouilh et d'un autre parmi les grands poètes, Henri de Régnier.
Mais ce sont dans les pas versifiés de Victor Hugo que le thème, "Terres Vaines", développé par Gesco en plusieurs tableaux, trouve son plus fort écho. Après Palaiseau, par deux fois, Montfort-l'Amaury accueille maintenant l'éclat trouble et passionné de ces toiles brûlantes, voire déchirantes, qui racontent par mille vibrations l'exploration méditerranéenne en "une lumière froide et torride", écrit le critique d'art Philippe Guillot.
Amie des arts, Régine Autier, exploratrice au long cours, a jeté il y a quelques temps déjà l'ancre à Montfort-l'Amaury après avoir si bien capté, journaliste pour la télévision, l'ère du temps sur toute la surface du globe. Ici, elle s'est s'impliquée et appliquée à mettre en valeurs ces voyages intérieurs, invitation à descendre en soi au gré des éclats subtils, des traits enchevêtrés, des couleurs associées. 
Surgira alors l'explosion des tons et des formes, l'alliage magique qui donne vie à l'œuvre. Dans cet écrin renouvelé, les peintures de Gesco, à travers leur existence propre, nous plongeront dans nos songes oubliés, nos rêveries de promeneur solitaire, nos pensées les plus intimes.

mardi 11 juin 2019

Sitjar, démon des merveilles

Nos lettres vont me manquer, Michel. J'adressais mon courrier au "Poète", tu glissais "Ecrivain" au-dessus de mon adresse. Tu avais le coup de gueule assuré, le coup de cœur emporté. Et inversement. Tu es parti, hier soir lundi. Tu as mis fin à ce poème qu'était ta vie. Le coup de feu a claqué comme on referme violement une porte sur une pièce éculée, un canapé fatigué, une table trop basse, une lumière de moins en moins claire. A Lamagistère, tu habitais "La maison des oiseaux" sans autre précision et le facteur déposait le courrier dans une boite aux Lettres. Tu étais un fin érudit, Michel, des choses de la poésie. Mais avant d'évoquer la rime, nous avons parlé, lors de notre première rencontre en 2016, de musique. Tu avais rêvé d'une carrière de pianiste mais tu as foncé, enfant, au rugby. "C'était joyeux et gratifiant. On courait dans l'herbe au grand air, on se faisait des passes, on était contents." Un alexandrin. Tu t'imaginais sous les couleurs de Lourdes et t'es retrouvé à Agen.
"Lourdes, j'y serais allé à pied", tu voulais dire à genoux, drôle de pèlerin. Tu étais un prince du petit matin, roi des nuits blanches. "Mes jambes méritaient de jouer, mais pas moi." Rarement joueur fut aussi doué que toi. International et trois fois champion de France (1962, 1965, 1966), protée, polyvalent, buteur aussi. Tu avais mis à ma disposition la plus belle définition du jeu de rugby. Je la garde précieusement et la voici : "Dans le jeu d'équipe, il doit y avoir en permanence cet espoir, qui est de recevoir le ballon."
Comme tous les adolescents au cœur tendre, tes premiers poèmes étaient destinés à séduire. "J'avais des bouffées d'angoisse, un bloc de glace me serrait le coup quand je parlais aux filles. Je bégayais." D'où ce surnom, "Cocoye", qui raconte les syllabes entrechoquées. "Quand je jouais, je buvais. Je me couchais à trois heures, le matin du match. Rien n'était sérieux pour moi. Qu'est-ce qui aurait pu l'être ? Ma seule obsession, c'était la mort. En fait, ce qui était sérieux, c'était l'amour d'une femme. L'espoir. Et puis soudain le désespoir. Malheureux celui qui réfléchit comme ça..."
Tu récitais un de tes vers : « Je voudrais qu’un nuage s’arrête à ma porte et me laisse le temps de m’enfuir avec lui. » Tu es parti, Michel Sitjar. D'un coup. Chez toi, j'ai aimé m'arrêter. Ton café était imbuvable, tu étais souvent de mauvaise humeur, mais qu'importe. Tu avais passé quarante ans à t'arsouiller, disais-tu, et partageais notre heure en compagnie de Baudelaire, de La Fontaine et de Verlaine que tu déclamais. "Je suis passé du verre au vers". Tu riais encore.
"J'attends de crever..." Cette lucidité ne tranchait pas, elle était ton fil conducteur. "J'écris pour me sortir de la bêtise bestiale qui m'entoure." J'entrapercevais tes démons sortir de sous les meubles. "Je n'ai qu'une obsession, c'est la mort. C'est pour ça que je ne crois en rien." Puis cette confidence, qui dit tout : "J'ai été trois fois champion de France et ça ne m'a pas touché."
Tu n'appréciais pas les écrivains, tu leur préférais les poètes. Et les philosophes. Ce qui nous faisait au moins un terrain à partager. "Socrate assurait à ceux qui avaient peur de la mort qu'il fallait aimer la vie. La mort, disait-il, "c'est un risque qui vaut la peine d'être couru." Peut-on savoir si l'âme existe autrement qu'en l'éprouvant ?" Tu parlais de Descartes et de Platon comme de "tes coéquipiers"... Tes lettres me manquent déjà.

jeudi 28 février 2019

Fougue en fables majeures

Imaginez William Shakespeare et Victor Hugo recrutés par les Monty Python. Pensez aux deux bons Jean, Giraudoux et Anouilh, passés au shaker de Tex Avery. Voyez Anton Tchekov perdre ses plumes, le Cid et Cyrano caricaturés par Gotlieb. Cette comédie lubrique-à-brac, "Les Grands Rôles"*, est un geyser d'humour et d'amour déjanté, une bombe lacrymale jetée au public par un carré magique qui ose tout.

De gauche à droite, Elisa Benezio (la fille de Corinne et de Gilles, aka Shirley et Dino), Bérénice Coudy, Valérian Behar-Bonnet (le fils de Laurent, l'écrivain des hautes mers ancré à Deshaies) et Antoine Richard. Appelés aussi "Les Mauvais Elèves", troupe foutrastique créée il y a cinq ans. Ce spectacle tourbillon sans filet est leur troisième création.

Je vous incite, vraiment, à vous y rendre. Par les temps qui tombent, une heure trente de folie sur planches a toutes les scènes pour réanchanter le monde et sa proche banlieue. Dix-huit extraits mythiques détournés, mixés, malaxés, déchirés, récolés à l'envers mais pas tant que ça, et présentés par quatorze caractères pleins et déliés, poupées russes imbriquées.

Cette mise en abîme de certaines des plus belles tirades du théâtre classique est judicieusement  lardée de séquences musicales, de pas de danse (ah, Médée cha-cha-cha) et de cris et chuchotements hors cadre. Allez-y, c'est une fougue en fables majeures jubilatoire à s'en décrocher les mâchoires. Allez-y, vous dis-je : je ne vais quand même pas vous faire un schéma, private joke que vous ne saisirez qu'après les trois coups. Et c'est tout.

* Les Grands Rôles, théâtre du Lucernaire (53, rue Notre-Dame des Champs, Paris 6e). Jusqu'au 21 avril. Du mardi au samedi (21h), dimanche (18h).

lundi 28 janvier 2019

Toutes les touches

Le clavier est large, les nuances riches et variées, les accords nombreux, les désaccords savoureux, la tonalité changeante, la partition magnifiquement partagée entre deux virtuoses : bourrin pour l'un, raffiné chez l'autre. Mais rien n'est figé, fixé. Le duo joue aux merveilles. Dosé, le tempo. Et les fugues se succèdent, désopilantes ou tristes.

Green Book est un coup de cœur. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi touché, aussi ému, à l'issue d'un long métrage. Touché car il s'agit de l'histoire d'un pianiste en tournée et de son chauffeur. Une aventure type road movie qui débute au Carnegie Hall et se termine en conte de Noël. Et au milieu coule l'Amérique ; elle croule de préjugés qu'il faut détricoter pour apprendre à vivre, voire à survivre.

Viggo Mortensen mérite un Oscar. Mahershala Ali, personnage principal dans True Detective III à venir, aussi. Un travail d'orfèvre que d'associer deux caractères aussi proches que les touches noires et blanches du clavier d'un piano. Ah, j'allais oublier, on rit aussi. Beaucoup. Et ça fait du bien. Toutes les touches sont enfoncées : éducation, tolérance, amour et amitié, art, politique, histoire.

L'altérité a rarement été aussi bien traitée au cinéma grand écran made in USA. Avec en prime une bande son qui mêle Frédéric Chopin et Aretha Franklin, classique, populaire, soul, blues, rock et jazz avec un sens aigu de l'équilibre et de la progression du scenario. Après l'avoir vu, je n'ai qu'une envie : le revoir sans plus tarder.

En prime, j'ai découvert un pianiste oublié, Don Shirley, sorte de Eddy Duchin qu'il était temps de sortir de l'oubli ainsi qu'il a été fait, récemment, avec Newton Knight (Free Stade of Jones) et Nat Turner (The Birth of a Nation), héros oubliés de l'Amérique, pionniers, lanceurs d'alerte et combattants de la dignité humaine.

dimanche 2 décembre 2018

Voix de cités

Rien n'est plus difficile que d'évoquer l'intimité artistique de la personne qu'on connait sans doute le mieux, du moins celle avec qui on partage tout depuis vingt-cinq ans. Son atelier est un espace protégé dans lequel il est impossible d'entrer sans y être invité, authentique jardin secret clos sur une manière de peindre qui lui est toute personnelle.

Ainsi il ne me sera pas possible de vous expliquer par le menu comment naissent les tableaux de l'artiste, Gesco, et la magie demeure pour moi intacte à chaque fois que sort de cet antre de couleurs et de formes une nouvelle toile. Juste vous préciser qu'elle a dépassé la dizaine et va donc exposer pour la première fois. Ce sera à Palaiseau (Essonne), dans une salle réservée à cet effet au cœur de la libraire La Fontaine aux Livres.

Cette association est un chemin naturel puisque l'inspiration de Gesco est venue durant la lecture de l'ouvrage de Delphine  Minoui intitulé «Les Passeurs de livres de Daraya». Ceux qui ont pu lire ce témoignage poignant et gorgé d'espoir comprendront pourquoi l'exposition éphémère à laquelle j'espère que vous pourrez assister samedi 8 décembre (10h/13h et 15h/19h) s'intitule «Cités Perdues».

Le style, c'est l'être, écrivons-nous en adaptant Buffon. Alors celui de Gesco est une entrée dans notre inconscient. En sonnant, il réveille chez chacun d'entre nous des images, des voyages et des perspectives à la fois nouvelles et anciennes. Il décrit à sa façon nos paysages intérieurs, ravive  quelques zones perdues, oubliées, refoulées, qu'on croyait à tort effacées et qui revivent sous ce pinceau.

A la fois originale et universelle : voici comment je qualifierais la vision de l'artiste à travers ce qui constitue une première série de onze œuvres à partager entre visiteurs choisis. Le choix des couleurs fait sens, associations aussi variées que réfléchies qui s'enrichissent à distance. J'aurai plaisir à vous retrouver, ami(e)s de la Comme Fou, devant les tableaux de cette exposition.

samedi 3 novembre 2018

Que nul ne l’abîme

Peut-on tout dire ? Les semaines d'actualité replacent cette interrogation sur le devant de l'ascèse. On ne peut pas se taire devant tant d'outrance, d'hostilité et de rancœur délayées ici et là, y compris sur ce blog et de façon anonyme. La rhétorique ne permet pas tout. Refuser la bien-pensance est une option salutaire mais marcher dedans au motif qu'il faut absolument dire ce que l'on pense bascule le meilleur dans le pire.

A ceux qui s'autorisent tout je préfère ceux qui pensent ce qu'ils disent, au sens de prendre le temps de mouliner leurs sentiments pour mieux façonner des idées sans prendre les mots en otages. Il n'y a de liberté d'expression que parce qu'il y a liberté de pensée. Et cette liberté ne peut s'exprimer qu'à l'intérieur d'un cadre, lequel est dessiné dans l'espace de connaissances que nous sommes capables d'embrasser, d'envelopper et d'explorer.

Le mot en objet vibratoire. Il y a deux mois sortait d'une imprimerie brestoise le dernier opus de notre ami Christophe Schaeffer intitulé «Au revers de l'Abîme»*, dialogue artistique entre une peintre et un poète qui relie abstraction et métaphysique. Ouvrage lui-même œuvre d'art par sa forme et son volume au cœur duquel s'ouvrent cinquante pages grammées, travaillées à Castres, Pézenas et Bram, places ovales.

pas de majuscule ni ponctuation. Alors ainsi libéré de carcans le texte en quelques lettres associées devient simple mot puis rapidement le mot devient imaginaire, l'imaginaire voyage, le voyage abandon, l'abandon propice à rejoindre l'en-soi. «l'errance du regard dans la texture de l'épure» écrit Christophe en regard d'un tableau. «cri inarticulé de lumière en l'être-noir», inscrit-il ailleurs, frontispice d'une œuvre dichotomique d'Isabelle Crampe, tarbaise d'inspiration klimtienne.

Il me faudra encore du temps pour plonger dans cet abîme en saisir pleinement le revers. Tout y est subtil qui convoque au calme. La beauté, promenade intérieure, offre à saisir l'ailleurs éparpillé, à rassembler ce que l'on croyait vide, à dépasser certaines de nos frontières. C'est aussi le principe du dialogue. Ici, si l'on y parvient, il se noue à trois, Isabelle, Christophe et leur lecteur-invité.

L'occasion d'explorer «le dessin du silence» et «la face sombre des lueurs clandestines». L'association du peintre et du poète est éminemment sensuelle en ce qu'elle entrelace la matière et la rupture, ce qu'il y a dessus et dessous, accords et dissonances, peau puis chair, nous et je, le sillon et l'étoile, cela tracé. Si vous pouvez en profiter surtout ne pas hésiter. Cette édition est illimitée.

*Au revers de l'abîme. Christophe Schaeffer, Isabelle Crampe (Les Editions de l'improbable). www.levaisseauimprobable.fr

mercredi 25 octobre 2017

Choeur et héros

Il faudrait relire Nietzsche sans cesse. Personnellement, au calme en fin de journée, je plonge dans sa pensée. Et je m'endors l'esprit relevé. Actuellement, "Aurore" est mon livre de chevet. Cinq cent soixante quinze fragments. Leur qualité inégale m'importe peu. Au contraire, elle me sert. Ainsi je peux piocher et m'enrichir à la demande. Quelques lignes ou deux pages. Selon.

Je me suis arrêté à celui intitulé "Apprendre la solitude" qui évoque l'obligation qu'ont les "pauvres bougres dans les grandes cités (...) de dire (leur) mot à propos de tous les événements qui surviennent et il en survient toujours !" Nietzsche évoque dans ce propos précis le personnel politique de son époque. Mais on pourrait l'associer aux réseaux sociaux d'aujourd'hui, dont nous faisons partie, moi le premier et vous ensuite qui me lisez.

Internet soulève, je trouve, "beaucoup de bruit et de poussière" pour reprendre l'image du philologue, mais sans pour autant se croire - je place un bémol à la clé - le "char de l'histoire!" Cela dit, en chroniqueur, je guette moi aussi "le moment de placer (mon) mot", j'épie et perd ainsi "toute productivité". C'est ce que me dit Nietzsche. Je l'entends. Mais je réfute. J'ai au contraire l'impression très nette en écrivant d'affiner mes réflexions, de muscler ma pensée puisque je l'entraîne.

"Une page par jour" assurait debout Ernest Hemingway. Trimer sur trois phrases comme James Joyce. Marcher pour préparer sa pensée dans les pas de Philip Roth. A chacun sa méthode. Moi j'ai besoin de calme, de musique, avec la perspective de savourer ensuite un cigare. Nietzsche, lui, espère que "le profond silence de la maturation" viendra visiter celui qui veut faire oeuvre. Mais un problème se dressera s'il est trop absorbé par le bruit de dehors.

"L'événement du jour vous chasse devant lui comme paille au vent, alors que vous croyez chasser l'événement." Nous sommes donc de pauvres bougres. Et voici venir cette sublime conclusion qu'il nous faut accrocher au col de notre vêtement, une de ces phrases ciselées, formule lapidaire qui indique que nous avons affaire à un génie de la pensée.

"Lorsque l'on veut jouer un héros sur scène, on ne doit pas penser à faire le chœur, on ne doit même pas savoir comment faire le chœur."

jeudi 13 octobre 2016

Blues Suède Show

La chanson - la musique avec elle - entre dans la littérature, Dylan dans l'histoire et le jury du prix Nobel s'honore. Bob dans le Beat, génération surréaliste. Tous cousins Breton. Et lui le dernier maillon. Choix surprenant, ce qui est bon. Poésie, chanson en balade, ouverture d'esprit, et ses dessins de l'Amérique au fusain horaire.


On regardera à l'intérieur de Llewyn Davis le moment où apparait cette nouvelle figure d'alors. Une pensée pour les paumés, losers, oubliés, perdus qu'il chante, Bob, et méritent aussi d'être cités parce que l'art ne s'achète pas. Je pense enfin aux impayables (parce qu'ils n'ont pas de prix, eux) Léo Ferré, Sixto Rodriguez, Neil Young, Georges Brassens, Woody Guthrie, Graeme Allwright, Maxime Le Forestier. Et j'en oublie.


Clin d'oeil à mon (notre) ami Jean-Charles, aka Juanito, qui aime Bob depuis toujours, ne s'est pas lavé la main après lui avoir serré la sienne, vibre au diapason pour l'oeuvre dylanesque, m'a fait redécouvrir ce génie du phrasé souple mais marqué, et plongé dans la kyrielle de personnages qu'il fait vivre en métaphores, portrait en rimes d'un pays, l'Amérique, qui ne cesse de nous interroger autant qu'il nous surprend.


Il y aura avant et après Bob Dylan prix Nobel de littérature, c'est certain. Une borne dans nos histoires personnelles. De quoi discuter jusqu'à la nuit tombée jeudi 3 novembre, prochain Crazy Ruck. Ca et l'entrée de Jack London dans La Pleiade. Comme quoi la vie est pleine de rebondissements, l'imprévu l'emporte parfois et c'est jouissif, non ?

mardi 27 septembre 2016

Guillard, impact rieur

C'est l'ironie absolue. On ne trouvera pas mieux même en cherchant bien. Le jour où il reçoit le prix Henri-Desgrange, hommage à sa carrière, sa vie et à son œuvre en Ovalie mais pas que, Philippe Guillard apprend qu'il est viré par son employeur. Cette même chaîne cryptée qu'il a contribué à élever et relever par son humour, son sens de la dérision et de l'auto-dérision, celle au sein de laquelle il faisait aimer le rugby comme personne d'autre avant lui. Et sans doute après.
 
Comme le sacre de Clovis, Marignan, Gutenberg, Kennedy à Dallas et la chute du mur de Berlin, Philippe Guillard viré de Canal Plus est une borne dans l'histoire de l'humanité. J'exagère ? Bon alors disons que ça marque la fin du rugby tel que nous le connaiss(i)ons. Le rugby des rires et des larmes, des chansons et des claques, le rugby d'avant quoi. J'ai l'orchestration de Quincy Jones en tête en écrivant cette chronique. Mais la note est salée.
 
Le rugby est désormais un produit, comme l'eau de Javel ou l'huile de ricin, et il faut le vendre à la ménagère. Pour cela, Sébastien Chabal est parfait. De la même façon qu'on se tape, moi le premier, du Boudjellal tous les jours parce que ça alimente le buzz sans lequel il n'y a plus de flux, j'aurais bien continué à reprendre un peu de Guillard une fois par semaine, même une minute, plutôt que d'entendre pendant presque une heure des commentaires lénifiants sur la journée de Top 14 qui vient de se terminer.
 
Philippe Guillard, c'est un titre de champion de France, deux finales, le Showbiz, Eden Park, Petits bruits de couloirs (le meilleur livre sur le rugby, tellement riche que ce n'est plus du rugby d'ailleurs), le petit journal du rugby et le Fils à Jo, magnifiquement naïf à la façon d'un Douanier Rousseau. Un legs massif. Mais il n'y a plus de place pour les poètes, les gentils, les débordants, les chaleureux. Pas même une petite ?
 
Mais si. On gage que La Guille va rebondir. Sur Eurosports, L'Equipe 21, Orange, RMC, Sud-Radio, SFR, BeIn, partout où le rugby relance. Comme impact rieur, joker jovial. Un nouveau livre, un nouveau film, des chroniques, quelque chose, mais pas sortir comme ça, sur arbitrage vidéo. De toute façon, allez, tu le sais bien, Philippe, on en avait parlé, ce Canal n'a désormais plus rien de plus. Tiens, j'ai résilié mon abonnement depuis deux mois. Je regarde le Top 14 au bureau. Ca suffit amplement pour ce que j'ai à en faire, c'est à dire décortiquer des matches qui se ressemblent (presque) tous.
 
Dans ton Petits bruits de couloirs, tu racontes l'histoire d'un ailier qui prend la ballon, enfin, court, fonce, vole, strie le terrain, déborde, et quand on pense qu'il va marquer l'essai que tout le monde attend poursuit sa course, traverse l'en-but où il aurait dû déposer le ballon, et court si vite, si loin, que personne ne l'a jamais revu. Ne pars pas si loin.

samedi 13 août 2016

Beat, else...

Au dernier étage de Beaubourg, usine d'art située en plein cœur de Paris, s'installent les figures de la Beat Generation. Ils ont planté leur machine à rêver et faire rêver jusqu'au 10 octobre. Et ce serait une faute, ami(e)s de la Comme Fou, de ne pas vous y rendre tellement on s'y retrouve.
 
A commencer par le tapuscrit du Jack étalé de toute sa longueur sur plus de trente-six mètres. Exposition déjantée comme dirait Benoit. Multifacettes. On a beau connaître un petit peu le sujet, chaque pièce apporte son étonnant lot de réflexions kaléidoscopiques enchâssées.
 
De Breton à Dylan en quelques sortes ; du surréalisme lancé au Cyrano, rue de Clichy, jusqu'à la rue Gît-le-Cœur, un parcours comme un jeu de lois du plus fou. Films, montages, dessins, tableaux, sexe, références, photos, enregistrements, filiations, films, collages, unes, textes, ouvrages, objets... Tout y est, surtout ce qu'on n'imaginait pas.
 
Une visite n'est pas suffisante. Il faut y retourner. Prendre le temps de regarder, de rêver, de s'évader et d'ancrer en même temps. Beat, soit un tempo, mais aussi l'extase et le dénuement. Un authentique programme artistique. Particulièrement inspirant à une époque, la nôtre, faite de fast, de flasque et de fat.
 

mardi 20 octobre 2015

Sur l'autre Rives

Etonnant ce qu'un seul nom peut parfois déclencher. Je pense à Jo Maso, Serge Blanco ou Benoit Dauga, prononcé au détour d'une conversation. Sur la surface gazonnée du monde ovale, certains joueurs transportent des concepts, prolongent des horizons, ouvrent des portes, renversent des barrières. C'est le cas de Jean-Pierre Rives.
 
Lors d'une interview enclenchée avec Heyneke Meyer, le premier nom que le coach bok prononça fut celui du troisième-ligne aile, capitaine et figure emblématique du rugby français. Le Blond a donc été l'inspirateur de cet entraîneur sud-africain. Pour son courage, son obstination à aller au combat face à plus grands et plus costauds que lui.
 
J'avais dans mon sac l'ouvrage traduit en anglais et distribué depuis un mois en terre anglo-saxonne. Rugby and Art. Pour offrir, au cas où. C'était là l'occasion. Des petits moments comme celui-là changent beaucoup de choses. "Tous les soirs, je le lis," me glisse Heyneke Meyer chaque fois que je le croise, c'est à dire au moins trois fois par semaine : lors de l'annonce de l'équipe, à l'issue de la conférence d'après-match et au hasard dans le hall de l'hôtel.
 
Il me précisera certainement d'ici peu ses aphorismes préférés, me soulignera les meilleurs passages, ceux qui l'ont inspirés. Heyneke Meyer, psychologue de formation, aime préparer ses discours d'avant et d'après match. Il en distille deux par semaines depuis février 2012. Jean-Pierre Rives deviendra-t-il source bok ?

jeudi 30 janvier 2014

Le cas Basta

Tournez ça dans tous les sens, ça fait débat. Dans le chapelet de trois-quarts bleus glissé jeudi matin à Marcoussis pour affronter l'Angleterre en ouverture du Tournoi, il pose son bloc au milieu de gazelles. Dulin, Huget, Médard, Fofana et même Plisson gambadent sur le pré. Lui moins. Mathieu Bastareaud ne colle pas dans la ligne bleue. Il détonne. Mais ça ne semble poser de problème à personne. A l'époque, dans les années 80-90, le choix d'un Marc Andrieu au centre, par exemple, quand il y avait Charvet, Sella, Codorniou voire Mesnel, lançait immédiatement une polémique. Il faut croire que l'époque est douce pour les sélectionneurs. Bastareaud va bloquer le jeu de passes, les envolées et les mouvements avec sa manie d'aller droit, trois adversaires sur le dos. Ca peut avoir son interet mais ce n'est pas le genre de beauté qui m'attire. Et vous ?

lundi 16 décembre 2013

Prendre une veste

Nouveau rendez-vous de la Comme Fou, à savoir notre 24ème Crazy Ruck - déjà - et toujours au Bistrot d'Henri, en mémoire de Gilles de Bure, notre grand frère, avec distribution de cadeaux de Noel (merci à Jacky Adole et au "Vol de demoiselle"), liqueur, cigare en terrasse et aphorimes, mais malheureusement sans os à moelle.
Le Tigre, Antoine, Fred, Vince, Juanito, Benoit et Ritchie présents et au rapport. Manquait seulement Seb pour constituer le pack au complet. A ta santé, ami...
Pour décorer nos mémoires rue Princesse avant de passer au sapin, ce cliché qui n'en est pas un, pris le 18 avril 1987, à Brive, un jour de quart de finale de Championnat. Il évoque pour nous tous un certain esprit rugby, voire un état d'esprit certain, dans lequel les membres actifs de la Comme Fou se reconnaissent.
Décalé. Et pourtant tellement d'actualité au moment où l'ovale sans grâce se prend les pieds dans le tapis des billets, roule sur les canettes d'Heineken et ne souffle plus vraiment le show.

samedi 18 décembre 2010

Etre à la page


C'est à Beaubourg, centre Pompidou de classe internationale, que se tient depuis hier et jusqu'à dimanche un salon des éditeurs pas ordinaires. Du papyrus à l'Ipad. Cinquante façons de concevoir un livre d'artiste, cinquante visions, cinquante manières de créer l'objet. Etourdissant. Et les surprises ne manquent pas pour ceux qui veulent fouiner. Ils sont regroupés au sous-sol de Beaubourg, dans la cratère, aussi appelé Forum -1 (sans doute comme le temps qu'il fait sur Paris en ce moment). Italie, Espagne, Russie, Etats-Unis, Hollande, Allemagne et France, ils sont venus de partout pour exposer, présenter et donner à comprendre leur art, celui de créer un livre, minuscule ou imposant, décalé, surprenant. Ce qui s'appelle être à la page. Ce salon, "Artistbook" accueille mon frère. Pierre. J'en suis fier. Préparez vos dix euros pour souscrire un abonnement à PEGG (c'est ainsi que se nomme sa maison d'édition). Vous ne serez pas déçus. Venez de la part de la Comme Fou, vous aurez droit à un abraso.

mardi 28 octobre 2008

D'art et d'essais

Un OVNI qui passe dans le ciel des publications et marque les esprits. Un travail d'artistes, une oeuvre d'artisans. De faiseur d'image - Thomas Bianchin - et de sculpteur de texte - Christian Jean. Ruck'n'roll aux éditions Cielstudio est immanquable. Impardonnable celui qui n'ira pas le commander chez son libraire préféré. Un livre libre de toute continguence autre que sa vie propre, maquette ébouriffante. Hors des circuits traditionnels de grande distribution. Nous devions en parler lors de Mardi Rugby Club du 4 novembre, sur L'Equipe.tv : c'est raté. Ce sera mardi prochain...