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mardi 9 mai 2023

Humain si inhumain

Il y a déjà quelque temps que je n'avais pas ressenti et apprécié une telle tension dans un thriller à la fois lucide et dérangeant au point de ne pas voir passer les deux heures, assis devant un grand écran. Misanthrope (en version originale : To catch a killer) est de haute facture, alternant intimité, observation et action. D'excellents seconds rôles à foison donnent à cette enquête filmée au plus près de l'humain un relief de proximité palpable. 
Rien n'est jamais stable. Ici, les "méchants" ne sont pas vraiment ceux que l'on croit, sans parler du "vilain", double noir d'un Jack Reacher qui serait incapable de réfréner ses pulsions. La traque, racontée sans pathos, presque froidement, s'avère intense, rebondissante, complexe, servie par des dialogues ciselés, un jeu d'acteur précis, des plans soutenus. Bref, un régal dans le genre policier noir. Un peu de Seven, un zeste de Zodiac, une touche de Prisoniers, les ressorts d'Insomnia...
L'Australien Ben Mendelsohn exprime avec finesse toutes les facettes d'un talent qu'il a grand et ce dès les premiers plans, sans fléchir ensuite. Utilisant le registre de l'outsider, Shailene Woodley (Divergente) monte crescendo minute après minute pour finir par prendre toute la place, au point qu'on demanderait presque immédiatement une suite à ce Misanthrope, subtilement réalisé par l'Argentin Damian Szifron, auteur d'un bijou de comédie noire en six volets - Les nouveaux sauvages - sorti en 2014. 
Entortillé, le scenario envoute, et pour soutenir le sujet, la photo s'enfonce dans les tons sombres. C'est appréciable, la musique nous enveloppe à bonne distance, jamais prégnante, si ce n'est en quelques occasions bienvenues. Essayez, vous trouverez difficilement un défaut dans cet opus que j'ai déjà envie de revoir, où sont aussi traités de nombreux faits implantés dans cette société que nous avons construite et qui - attention aux dérapages - peut nous détruire.

mercredi 9 mars 2022

De cape et d'effets

Du brutal. Jamais Batman n'a été transporté de cette façon à l'écran. Le très sombre héros gothique de Gotham a pris de l'épaisseur et pas seulement parce que son costume de cuir, cape comprise, pèse dans les trente kilos, en incluant les Doc Martins. The Batman est dense. Tout ou presque passe par le regard, celui pathologiquement profond de Robert Pattinson, lourdement cerné de noir. Et dans les silences. Longs. Denses, eux-aussi. Que Matt Reeves n'hésite pas, et c'est heureux pour nous, à prolonger.

On va tout de suite écarter ce qui fâche, à savoir une très grande partie de la musique d'accompagnement, en particulier celles du générique de début et de fin, mauvaises copies de la Marche Funèbre de Chopin exécutées - c'est le mot - par un Clayderman d'Hollywood. Mis à part Nirvana recyclé, tout ce qui accompagne musicalement ce film méritait de meilleures notes. Ce qui nous amène presque à regretter ce copieur de Hans Zimmer.

Il pleut. Beaucoup. Comme dans Blade Runner. Ca frappe. Très fort. Comme dans The Dark Knight Rises. Le méchant - je vous laisse deviner qui ? - est un anti-héros à double-face. Comme dans Prisoners. Ces acolytes surgissent comme s'ils venaient de sortir du Joker, dont ce film pourrait être la suite. Les motivations des uns et des autres trouvent leurs racines dans Seven. Le monde dans lequel ces ingrédients mijotent ressemble à un asile de fous. Ca, malheureusement, nous en avons la confirmation depuis le 24 février.

Pourquoi voir et revoir The Batman ? Parce qu'il est de la série des neuf films - entamée en 1989 par Tim Burton et poursuivie par Joel Schumacher, Christopher Nolan et Zack Snyder - le plus raffiné. Il épouse une multitude de points de vue, propose des éclairages contemporains qui font échos à nos préoccupations, certes, mais sans oublier de nous offrir un bouquet de plans cinématographiques - après tout, c'est du cinoche - plus saisissants les uns que les autres.

Dans l'univers des comics américains des années soixante-dix qui débarquèrent en sous-culture avant de se hisser en un demi-siècle au rang de classiques, Batman fait partie, avec Daredevil, le Surfeur d'Argent et Spiderman, des personnages tourmentés, des personnalités complexes, des héros janusiens qui nous renvoient à nos propres interrogations existentielles. Il y a donc dans cette maladie de Pattinson un peu de nous, ce que Matt Reeves nous révèle au fil de l'intrigue.

Intrigue ? Voire. On connait le coupable d'entrée. On devine vite ses motivations. Notre attention se porte donc ailleurs que vers l'enquête. Sans super pouvoirs, enchâssé dans une tenue en kevlar mais pas nanti d'une étincelle de déduction, ce Batman s'embourbe du début jusqu'à la fin dans un dédale d'énigmes proposées par un adversaire - son double en tenue de chasseur - dont l'intelligence se situe bien au-dessus de ses capacités. Il ne parvient pas non plus à faire passer ses sentiments pour l'agile Catwomen - craquante Zoë Kravitz. Et s'il impose sa présence dans chacun des plans où il apparait, Batman est néanmoins balloté comme un cerf-volant dans une tempête.  

Parmi les vieilleries dont il est entouré dans un garage qui pue la rouille, il dispose d'une Batmobile récupérée aux encombrants, modèle De Lorean en acier trempé sorti de Retour vers le Futur, et aussi d'une vieille bécane dont il se sépare à la fin du film pour une moto tunée plus digne de lui. Mais rien de clinquant, de high-tech, d'innovant. Plutôt l'impression que la production s'est servie dans les surplus d'Hollywood pour réaliser des économies. Et c'est ce qui donne à cette version 2022 tout son charme intemporel. 

J'aimerais vous parler aussi des autres rôles, tenus par une belle brochette d'acteurs qui prouvent en deuxième rideau leur talent. Et de la suite qui s'annonce après le générique - reste jusqu'à l'écran noir de la fin... Mais le temps presse. Je ne vais pas te retenir plus longtemps. The Batman s'impose, toute affaire cessante. Je ne te dis pas, lecteur, que tu en sortiras indemne. Plus probablement un peu secoué. Mais je t'aurais mis en garde : ce film est frappé.

samedi 31 octobre 2020

Sean Connery, diamant éternel

A jamais le premier - et l'unique ? - James Bond, l'Ecossais Sean Connery a quitté définitivement ce monde décapité, vendu au plus offrant et miné d'intégrisme que n'aurait pas désavoué SPECTRE, il faut l'avouer. James Bond version Connery, c'était la drague lourdingue, les jeux d'argent, les claques sur le museau des vilaines Russes et sur les fesses des agentes doubles, voire triple, des réflexions déplacées, cigarette au bec et vodka-martini avec olive dans la main, pétard sous le tuxedo. Tout cela raconte une époque, celle des années 60-70 - guerre froide - absolument irréalisable aujourd'hui. Pas tant à cause du réveil des ligues de vertus que de l'évolution de notre société. Ecossais single malt, Sean Connery se rêvait adolescent en footballeur sous le maillot de Manchester United, s'adonnant ensuite au golf sur les links, là où le vent sépare les enfants des hommes. Alors oui, bien entendu, son nom restera associé à jamais au "Bond. James Bond" de l'agent 007. Mais Sean Connery, c'est peut-être et surtout un choix cinématographique très personnel : Pas de printemps pour Marnie (1964), La colline des hommes perdus (1965), The Offence (1973), L'homme qui voulut être roi (1975), Outland (1981), Le nom de la rose (1986), Highlander (1986), Les incorruptibles (1987), A la poursuite d'Octobre Rouge (1990), Soleil levant (1993), Juste Cause (1995), Lancelot (1995), A la rencontre de Forrester (2000) et surtout l'incroyable Zardoz (1974), un OVNI signé John Boorman à qui l'on doit Délivrance, Excalibur et la Forêt d'Emeraude, quatre longs métrages qui dessinent une esthétique à nulle autre pareille. Il nous faut donc déguster derechef un Lagavulin 16 ans d'âge pour avoir une petite idée de l'accent rauque et profond, roulant et subtil de cet acteur hors catégorie, sage au milieu des premiers rôles baudruches bodybuildés, capable de jouer le père coquin d'Indiana Jones tout en désintégrant avec le sourire un butor en utilisant son pouce (Présidio) et encore, "juste le gauche, parce que le droit est trop fort". Sean Connery parti, c'est beaucoup qui s'éloigne. Heureusement restent les oeuvres, et c'est la beauté comme la force de l'art que de préserver ses meilleurs serviteurs de l'offense du temps.

jeudi 14 novembre 2019

Choc coeur

Renaissant de ses cendres, l'incarnation de Joaquin Phoenix relègue ici très loin les pourtant remarquables performances de pointures comme Jack Nicholson, Heath Ledger et Jared Leto dans le rôle. Tout en omoplates et en articulations, le Joker, c'est lui ! Mais ce n'est pas tant le personnage - maniaco-dépressif, schizophrénique et borderline - interprété au-delà de la perfection et jusqu'à la nausée qui interpelle mais le sujet, à savoir le rejet.
Ce film est une allégorie inversée de la chute sociale d'une partie de plus en plus grande de la population laissée pour compte, voire humiliée, chaque jour davantage par ceux qui gouvernent nos destins, pourceaux des administrations et des médias. Filmé sans génie mais au plus vrai, en contre-jour et en flou artistique, ce long métrage n'a d'autre objet que de suivre les méandres d'une transformation.
S'engluer de l'ombre glauque pour soudain passer par les feux de la rampe n'a pas pour objectif l'éblouissement du spectateur par le trait fin de camera mais plutôt nous adresser de façon artisanale le cheminement chaotique d'un clown à la triste face jusqu'à l'allégorie en forme d'hallali. Lie dans laquelle se vautre cet anti-héros, vilain trépané, pantin désarticulé, marionnette sordide en passe de devenir une figure emblématique, symbole de l'opprimé fédérateur.
Le malaise qui nait et grossit au fur et à mesure d'un trajet descendant prend sa source dans le mal-être qui traverse notre société. Les grincements de dents deviennent hurlements. On s'irrite sur son siège, on s'agace chaque fois que l'hystérie monte d'un cran, et l'imminence du crescendo n'est retardée que par une longue quête dépressive d'identité. Plan après plan, ce qui pouvait trouver un vernis comique craque à mesure que ce guignol rit de plus en plus fort, de plus en plus jaune.
Joker, interdit au jeune public et pour cause, est furieusement d'actualité. Il fait écho aux samedis de ronds-points bloqués et de chasubles fluorescents, à cette colère éruptive qui envahit les boulevards haussmanniens dont la création, justement, devait répondre à la répression de ce type de manifestations bouillonnantes. 
Alors, quand la revanche de ce magistral paumé ultra-violent trouve son acmé dans le meurtre jouissif surgit de la rue la révolte des sans-dents, des sans avenir, des sans-abris, des sans-rien, armée de va-nulle-part lancée à l'assaut des lieux d'abondance. Mais n'est pas Scorsese qui veut. En témoigne le clin d'œil appuyé aux cinéphiles, mise en abîme du propos par la présence surjouée de Robert de Niro, dont le Taxi Driver reste, depuis 1976, la référence du combat des ténèbres intérieures sur fond de justice fanatique dans la ville.

vendredi 16 août 2019

L'enfer du décor

Cinq étoiles. Sur le boulevard des célébrités, "Il était une fois... à Hollywood" revisite la chronique de l'année érotique dans la cité des anges en scope. Un véritable Master Class pour cinéphiles : attention, références obligatoires, sinon le risque de ne rien comprendre à ce long métrage hommage est grand. Quentin Tarentino n'est pas un réalisateur de cinéma, c'est le metteur en scène du cinoche.
Après "dans l'Ouest" et "l'Amérique", la thématique "Il était une fois" s'attaque ici aux racines du fiel, l'usine à rêves, la fabrique de fantasmes. Mais pas de façon frontale, non, plus subtilement en passant par l'entrée des artistes, porte basse où l'humiliation est un sésame. Entrez donc dans les coulisses de l'exploitation : vous y verrez une réalité scénarisée au plus serré. Pas de gras, pas d'émotion : Hollywood est une industrie, une sorte d'abattoir généreusement fourni en chair fraîche et en prédicateurs sataniques.
Toutes les scènes de cette satire comportent leur référent. Que ce soit une allusion, un pastiche, un détournement ou une copie conforme, elles placent ce neuvième film du petit Quentin - on a l'impression qu'il n'a pas grandi depuis ses premières amours pelliculées - au sommet de son art. C'est autant une chanson de geste qu'un acte d'amour, autant une analyse sans fard qu'un hymne au télé objectif, autant un long moment jouissif (plus de deux heures) que l'actualité de notre apocalypse.
Tout y est presque plongé à contre courant et à contre culture. Les hippies sont des connards ravagés, les doublures d'authentiques vedettes, le danger peut venir des fillettes post pubères et le destin n'en finit pas de frapper à la mauvaise porte. Cela dit, ce qui s'y voit est certifié : l'apport du cinéma italien, la puissance du tabac, les décors en trompe l'œil, les saillies égotiques (cf Bruce Lee) et j'en passe. Comme un docu-menteur transparent, ce film enveloppe le spectateur, l'enserrant petit à petit jusqu'à l'irrespirable, cette conclusion rouge sang qui est la couleur préférée de son réalisateur.
Restez jusqu'au bout du générique old fashion de fin, c'est là aussi savoureux, preuve (s'il en fallait) que cette symphonie en sol californien se comprend au troisième degré, dans une succession ébouriffante de tiroirs qui s'ouvrent comme un conte modelant le réel, alors qu'Hollywood, c'est exactement le contraire. Quentin Tarentino ou l'anti Walt Disney. Et puis cet art consommé de diriger les meilleurs acteurs de sa génération (Di Caprio, Pitt, Robbie, Fanning, Hirsch, Olyphant) et de la précédente (Russell, Pacino, Dern) afin qu'ils jouent authentiquement faux : là aussi, la marque décalée d'un drôle de bon génie.

dimanche 23 octobre 2016

Cimes riches

Il me tarde de revoir The Revenant. Re-voir. Une nouvelle fois, donc. Ou plutôt une fois nouvelle. Ce matin, je regardais la nature s'éveiller nimbée de brouillard et soudain la lumière s'est mise à traverser le rideau de brume. Les feuillages, ocre, rouge, s'étalaient comme s'ils venaient de naître de l'imagination d'un peintre matutinal sortant sa palette au lever du soleil.
 
Pourquoi donc The Revenant, outre le fait que je viens d'en faire l'acquisition en version Blu-Ray ? Parce que les Indiens, parce que la nature. J'ai aussi terminé La Pratique Sauvage, foisonnant ouvrage signé Gary Snyder, le dernier de la Beat Generation, poète, écrivain, penseur, activiste. Personnage à la Hugh Glass.
 
L'ouverture de The Revenant serait donc cette bataille épique et sanglante, virtuosité mise au service de la plus simple cruauté. Elle raconte la lutte pour la préservation de la nature, de l'espace, des équilibres, de choix de vie. Ainsi j'ai très envie de la revoir afin de savoir si je peux renverser mes premières perceptions, à savoir que je m'étais mis du côté des agressés sans capter le point de vue des assaillants.
 
En fait, tout le film, jusqu'à son dernier plan, est un hymne à la nature, comme la 7ème symphonique de Ludvig van Beethoven est un hymne à la danse (c'est Franz Liszt qui le dit). A savoir que si vous percevez la dimension holistique de l'œuvre, alors vous pouvez en saisir des contours, des détails, des subtilités, des sens (et des sons, pour Beethoven) qui resteraient autrement cachés.
 
Le lien avec Bob Dylan, me direz-vous. Ou pas. Un film noir et blanc tourné en 1965 à Londres durant lequel il ponctue Subterranean Homesick Blues debout derrière The Savoy, avec Allen Ginsberg en arrière-plan. Bob, petit troubadour de la Beat Generation désormais nobélisé, quand Gary Snyder en est, prix Pulitzer, le voyageur spirituel, pieds sur terre, pensée dans la canopée.

samedi 27 août 2016

Vraiment au poil !

Allez-y et revenez ici en parler. Franchement ? Un moment rare. Incroyable que ce film ne soit pas reparti de Cannes avec quelque chose. C'est un pur moment de bonheur, de bout en bout. 2h45 de vie vraie, de sentiments authentiques, de silences puissants, de regards profonds. Aussi de rires et de larmes, de musique, de chant, de peintures et de danse.
Personnellement, après m'être régalé, je vais maintenant me méfier des petits fours et des invitations à fêter un anniversaire. Reste que ce très long métrage est une invitation au bonheur, une proposition à revoir notre existence à l'aune de la poésie, de l'humour, du décalage, et ça tombe bien pour un blog d'ami(e)s ovales.
Je ne sais même pas en quelle langue il a été tourné et je m'en fous complétement. Ce Toni Erdmann est universel tant il est hilarant, décapant, émouvant, caméra la plupart du temps à l'épaule, tremblante comme la vie quand elle mérite d'être vécue.
Partageons nos retours, ami(e)s. Toni Erdmann, jusqu'au dernier plan, jusqu'à la dernière respiration, mérite toute votre attention. On n'y voit pas le temps passer, mais on l'apprécie s'écouler en toniques séquences. Nos erreurs, nos a priori, nos maladresses y sont magnifiées. Ah si, je sais, on y parle une langue magnifique : la bienveillance. Allez, je vous attends.

jeudi 14 janvier 2016

L'épreuve par huit

Franchement, j'en suis sorti déçu. "Les huit salopards" tient une heure. Une petite heure, avec quelques beaux paysages et la présentation des personnages. Et après, ça dégringole. C'est du al "gore". "Reservoir dogs" rencontre "Pulp fiction" mais le mélange ne prend pas. C'est du ragout réchauffé. Même si ça tire de tous les côtés, c'est pas d'la balle.

Déçu aussi avec le Stars Wars VII. Reprise de tous les poncifs, de toutes les ficelles et de la trame des épisodes précédents. Aucune imagination. Un ersatz. Ce ne sont pas des étoiles mais des chandelles. Certes, ça tient et ça se tient mais pour le voyage dans l'imaginaire, le choc attendu, on repassera. Petite mayonnaise dans les vieux pots. Et la recette ?

Il va falloir attendre que le froid revienne si j'en crois notre spécialiste grand écran et nuits blanches, notre Seb national. Il m'a parlé d'un revenant. Peut-il nous en dire davantage ? Sans aucun doute. Nous avons à attendre le 24 février. C'est un peu con parce que la remise des Oscars aura eu lieu deux jours plus tôt et nous saurons déjà que Leo est grand.

jeudi 7 janvier 2016

Aux vents du crépuscule

Comme Fou accueille la chronique de Seb sur le film vainqueur de notre consultation ciné de l'année passée.
 
"Sept votes pour le 7e art ! Juste. Assez ? Sept mercenaires visant en plein cœur pour choisir le plus bel objet cinématographique de l'année 2015. Trois âmes comme folles faisant la belle dans la peau se sont laissées porter par Crosswind - La croisée des vents. Dans cet antre de férus de littérature et de beaux-arts, cette première place est sienne.
 
Ambitieux, maîtrisé et gigantesque, ce film nous claque ! Son réalisateur, Martti Helde, innove radicalement les codes narratifs et visuels, offrant une œuvre fascinante qui hantera notre mémoire après avoir fait chavirer nos âmes.
 
Dans ce drame qui décrit la déportation en 1941 d'Estoniens, Lettons et Lituaniens dans les goulags sibériens sur ordre de Staline, Helde utilise un procédé narratif sidérant de beauté. Sa mise en scène pudique offre des tableaux d'êtres figés au milieu duquel sa caméra, par de longs plans séquences virtuoses d'une fluidité à couper le souffle, se faufile pour mieux capter chaque geste et chaque effroi peints dans un sublime noir et blanc.
 
Cette évocation, flamboyante, de l'horreur bouleverse. Le cœur pleure en entendant la voix off clamer les lettres déchirantes d'une mère, Erna Tamm, survivante, qui ne cesse d'écrire aux vents son amour pour son homme, Eldur, accompagnée dans cette prison à ciel ouvert de sa petite Heliide. Alors ami(e)s, vibrez devant cette déchirante histoire d'amour au milieu de l'horreur.
 
Bijou éblouissant au milieu de la nuit, œuvre plastique magistrale, travail d'orfèvre époustouflant, devoir de mémoire inestimable, cet indispensable long métrage, avec ses poèmes poignants et sa puissance formelle, rend la mesure de ce que le 7e art peut offrir de plus grand, de plus haut, de plus fort." 

mardi 22 décembre 2015

Grands écrans

L'envie ? Se retrouver entre fondus de cinéma pour évoquer l'année passée et secouer les pellicules. Au rendez-vous Seb (qu'on ne présente plus), Julien Mill (Cinépal "art et essai") et Bertrand Lagacherie (Le Bertyblog, et accessoirement lequipe.fr). D'entrée en matière, considérer "2046" à l'unanimité du trio comme le chef d'œuvre absolu, le summum du septième art.

Ensuite placer Inherent Vice, Birdman, Mad Max, Le réveil de la force et Crosswind sur le podium 2015. Arrivés au plat principal, Mad Max se détachait, "film jubilatoire", "inattendu", "authentique", "avec des cascades jamais vues", dixit la bande des trois. Moi, j'avoue que je préférais Inherent Vice et Seb Crosswind, mais il fallait un accord majeur et pas diminué, alors...

Puis chacun, au salon et au dessert, de faire partager son coup de cœur. Pour Julien ce fut Garden State et la scène de la party déjantée à mille baisers. Pour Bertrand les dernières scènes de Lost in Translation, afin de savoir ce qui se murmure à l'oreille de Scarlett. Seb évita d'aller un pont trop loin avec la sortie remastérisée de Sorcerer. Quant à Ritchie, il proposa de décortiquer le générique de Seven.

En conclusion, le rhum de Madagascar s'est évaporé au beau milieu de la nuit mais cette soirée appelle un sequel. Lascombes, Prieuré-Lichine et Cos d'Estournel sont tombés eux aussi avec délectation. Ma cave ne se rebiffe pas.

mardi 15 septembre 2015

A l'est des dunes

 
Eastbourne. Le camp de base des Springboks. Un peu d'East London pour l'aspect désuet, un bout de Port Elisabeth avec les bateaux et un rien de Durban côté plage. Pluie le matin, soleil l'après-midi. Les Boks sont logés au large dans un immense palace vieillot qui ressemble à une meringue à la rose. J'ai cherché Wes Anderson dans le lobby mais on ne tournait pas Grand Budapest. Il y en a dix comme ça, des façades victoriennes au carré, sur le bord de mer. Le décor est planté mais pas les mamies qui doivent se courber - vous voyez le tableau - pour avancer malgré le vent qui leur fait la Manche. On ne trouve trace de Coupe du monde (fanions, drapeaux, déco, ambiance, un peu de vie, quoi...) qu'aux abords du lycée qui s'offre en terrain d'entraînement (photo ci-contre). Bien protégés, les Boks. Par deux anciens d'Afrique. Mais de l'est. Qui jouent à la corne. Les deux militaires cous de taureau sont venus me déloger (en tout cas s'enquérir de ma présence hors cadre) tout ça parce que j'avais pris une photo avec ce qui ressemble de loin à une caméra et de près à un Samsung. J'étais assis un peu à l'écart, dans l'axe du terrain, pour mieux voir et surtout me poser. Je ne vous ai pas dit, mais j'ai une entorse du gros orteil du pied droit. Ca tire un peu un fin de journée. Mais les bidasses bleu roi (c'est la tenue officielle World Rugby England 2015) sont quand même venus constater que je n'étais pas un espion à la soldes des nippons. Ca commence bien.

vendredi 19 juin 2015

Huit et demis

Trentième Crazy Ruck, déjà, depuis septembre 2008. De droite à gauche Olivier, Benoit, Pierre, Léon, Le Tigre, Juanito, Ritchie et Seb au rendez-vous chez Al Dar jeudi, sous la houlette culinaire du patron, j'ai nommé Nemer... De l'apéro light (aucun serveur pour nous demander ce que nous voulions boire ; nous nous sommes rattrapés ensuite en sélectionnant des demis jusqu'à la fermeture. Ou presque) pour relancer lors de la dédicace-lecture de Benoit, allant de Charybde en Charenton pour "Nos Guerres Indiennes", ce fut une journée d'amitié placée sous le signe du marque-pages.

Les actualités de la Comme Fou défilent : un dictionnaire du désir de voir (Seb), un dictionnaire chic du vin (Léon), un dictionnaire des musiques de film (Benoit), le Carnet Lambert (Pierre), les plus grand matches de rugby (Le Tigre et Antoine), le dictionnaire de la pensée (Ritchie, avec Christophe Schaeffer), sans oublier les productions d'Olivier, sur lesquelles nous jettons un voile pudique... Laurence nous a envoyé une photo de son décolleté rose, dress code de qualité. Antoine, VPL, Basile et Motoraire étaient avec nous par la pensée. Ainsi que le regretté Geoffrey Abadie. C'est pour lui, champion de France avec le Racing Club de France puis le Stade Français, que le rose était mis. Le Tigre est allé à l'essentiel : pas de rose mais une grosse poignée de livres en anglais pour les enfants de Katmandou (qui sont maintenant logés à Pokhara dans leur nouvelle école grace aux dons de tous et de chacun) afin de permettre à ma fille Mina d'offrir une bibliothèque aux élèves lors de son voyage humanitaire au Népal en juillet. Nous avons beaucoup parlé de cinéma, un peu de rugby mais sur le mode "marchand de sable" (Jean-Pierre, on pense à toi) et d'enfance de l'art. Nous avons marché de concert aussi, de la Mutualité à la gare de Lyon. "Le monde flottait et nous étions si heureux", essaimesse Benoit, en conclusion ouverte sur le prochain Crazy Ruck. Au fait, bis repetita, j'insiste lourdement : qui n'a pas acheté "Nos guerres indiennes", l'opus prose-haïku de Mystère Jeantet, perd une belle occasion de lire.

mardi 23 décembre 2014

Pas de cinoche

Vingt-huitième Crazy Ruck, donc, et pas des moindres, ami(e)s, avec la présence émotion du jeune Basile de Bure, le fils de notre ami Gilles, là-même où son poète et érudit de père - un phare, le mec ! - nous fit découvrir "chez Henri" les délices du meilleur os à moelle de Paris intra-muros ; rien que de très normal pour ceux qui apprécient, comme nous, Pierre Dac. Il fut question d'entrée du prodige Adrien Bosc et de son livre-lauréat "Constellation" pour nous mettre la tête dans les étoiles, de ce voyou de John McEnroe et de cinéma (beaucoup, voire même davantage) ; de Patrick Nadal et de Raphaël (devinez lequel nous préférons, à l'unanimité), des génies du foot au PSG (un authentique exploit signé Basile dans une assemblée si ovale qu'il vient de rejoindre), de l'islam qui nous joue des tours et de culture en général, laquelle, dixit Benoit, sert avant tout à nourrir (c'était le plat principal) des oeuvres populaires. Le Tigre, Seb, Ritchie, VPL, Basile, Juanito et Benoit étaient ponctuels, solides, heureux. Manquaient pour raisons familiales Antoine, Motoraide et Léon, mais qu'ils le sachent, nous avons porté un toast, et même de nombreux, à leurs santés. Ensuite? Et bien il fut temps d'aller avaler du café chaud en terrasse de "La Mairie" plein vent pour signer ce qui va devenir le (très) grand objectif littéraire de Seb (mais chut, c'est encore secret), de déguster (n'est-ce pas Le Tigre ?) un cigare et de finir à la nuit tombée par se quitter lentement, comme à regret, en se promettant vite un nouveau Ruck aussi Crazy que celui-ci et au complet l'année prochaine. D'ici là, franchement, Joyeux Noel, donc... Car chacun aura rapporté de Princesse une présent d'amitié.

vendredi 7 novembre 2014

Ca mérite cinq étoiles

N'hesitez pas, n'hésitez plus, allez voir toute affaire cessante "Interstellar". Vraiment. Un choc visuel, une magnifique mise en perspective, des histoires qui s'imbriquent, des trouvailles pas si improbables que ça. Dans le genre, on n'a pas fait mieux. Ca vaut 4002. Il y a le feu et du base-ball, of course ; des bulletins scolaires et des systèmes solaires ; des acteurs furtifs qui n'apparaissent pas à l'affiche mais qui valent le voyage. C'est cosmique et parfois comique aussi ; c'est de hier, d'aujourd'hui et demain ; ca va nous arriver, si ce n'est déjà fait, puisqu'on n'y prend pas garde ; on y retrouve une arche de Noe mais humaine et le jardin d'Eden. Pour moi, c'est deux fois "2001 l'odyssée de l'espèce". La bande son est une merveille, une création de Zimmer en sol mineur et en ciel majeur. Trois heures à gagner, rien à perdre. Ce Nolan-là mérite cinq étoiles. Voire davantage.

vendredi 17 janvier 2014

Toutes les bourses

Par ces temps maussades où il ne fait pas bon circuler en scooter dans les rues de Paris, où le premier galant de France roule bien à droite, où le rugby se dispute dans les prétoires et où seuls Toulon, Toulouse et Clermont - quelle surprise - tiennent leur rang, je vous conseille d'aller voir, toute affaire cessante, "le Loup de Wall Street". Scorcese place sa loupe hilarante et à peine déformante sur les moeurs de l'Amérique cynique, moeurs subites en baie de New York, yacht, yappies et petites poupées. Corrosif réjouissant, le bon cocktail. On en (re)parle ici ?

jeudi 14 février 2013

Gangster Squad

Bon, allez, c'est l'heure d'apporter ma contribution au redressement du XV de France.
Alors voilà l'idée : avant d'aller à Twickenham, je conseille fortement à Philippe Saint-André d'emmener son équipe, son staff et ses dirigeants voir Gangster Squad au cinéma. D'ici le 23 février, ils vont bien trouver le temps de s'installler dans une salle obscure.
Je me souviens de Will Carling et de ses bonhommes regardant Henri V, puis des valeureux bleus de 2007 devant le DVD de 300, à Cardiff, reprenant à leur compte le fameux "Houha" qui deviendra le cri de ralliement des Marines quelques siècles après les Thermopyles.
Le cinéma et le rugby font bon ménage, et ce ne sont pas Séb, Olivier, Benoit et Christian, nos cinéphiles avertis, qui me contrediront.
PSA, en sélectionnant un deuxième ligne castrais, a choisi son film : "Samson et Dalida". Mais je ne suis pas certain que son héros soit assez mature...
Alors je me retourne vers vous, de la Comme Fou : quel serait le titre de film qui résumerait le mieux l'état du XV de France à l'heure actuelle ?

jeudi 10 mai 2012

Crazy Ruck en Seine

Nous en sommes donc au dix-huitième Crazy Ruck, déjà... Autant dire, en ce qui nous concerne, que l'affinité laisse place à l'amitié.
Au pied de la grande bibliothèque François Mitterrand, nous n'avons pas parlé littérature comme d'habitude mais cinéma, portant nos regards vers le MK2 où passaient Margin Call et Dark Shadows. Le choix s'est porté sur le huis clos à Wall Street, après un débat passionné. Etaient présents Benoit, Antoine, Frédéric, Gilles, Séb, Le Tigre, Pierre et Ritchie. Sur la photo, signée Frédéric, vous apercevez un bout d'Antoine, puis Pierre, Benoit, Gilles, Séb et le Tigre... Nous avions, comme décidé, apporté chacun un DVD à offrir. Choix hétéroclite : Mars Attack, Bronco Apache, Killing Bono, Artemisia, La mer à l'aube, Society, Good Morning England et La ligue des gentlemen extraordinaires, long métrage au titre parfaitement choisi notre l'assemblée. Ceux qui n'étaient pas là, je vous laisse deviner qui a hérité de quoi. Nous avons surtout décidé de créer l'association des amis du musée du rugby français, qui va voir très rapidement le jour et dont Frédéric, à l'unanimité, a déjà été élu président. De président, il en fut un peu question, l'Internationale finissant par résonner dans le hall du complexe cinématographique... Soleil, agape, cadeau, cinoche, tout pour passer un bon moment, ponctué par une balade digestive au-dessus de la Seine. "C'était bien, c'était chouette, avec Aurore et, surtout, avec vous tous..." écrit Gilles. C'est ainsi que j'ai appris que la passerelle en question était l'oeuvre de Dietmar Feichtinger. Nous avons bien vu qu'elle était baptisée "Simone de Beauvoir"... "C'est amusant lorsque l'on sait le mépris qu'elle nourissait à l'encontre des ingénieurs et les vacheries qu'elle écrivit sur eux, genre :"Ce n'est pas un hasard,si pour nous l'ingénieur représentait l'adversaire privilégié; il emprisonne la vie dans le fer et le ciment. Il va droit devant lui, aveugle, insensible, aussi sûr de soi que de son équation et prenant impitoyablement les moyens pour des fins" (in "La Force de l'âge"). Heureusement que ce bon Feichtinger n'est pas qu'ingénieur, mais aussi architecte : sa passerelle et sa cambrure sont d'une grâce et d'une élégance rares, traçant dans le ciel une très raffinée calligraphie..!" nous apprend Gilles, intarissable. Au fait, interroge Francisco, C'est quand le prochain Crazy Ruck ?

jeudi 5 avril 2012

Avec panache

Chez Henri, nous étions huit et nous avons bien ri. Chez Henri, il y avait de l'oie, de l'os, de la moelle et du confit. Chez Henri étaient présents Le Tigre, Antoine, Frédéric, Gilles, Benoit, François, Séb et Ritchie. Chez Henri, nous avons parlé politique, cinéma, théâtre, littérature et bien sûr rugby. Chez Henri nous nous sommes retrouvés aux douze coups et quitté tard dans l'après-midi. Nous avons changé de crémerie, certes, à l'initiative de Gilles, mais c'était toujours un jeudi. Churchill, Audiard, Wilde, Monroe, Audiard, Thoreau, Miller, Malick, Chereau et Dac ont été convoqués, aussi. Et pour prolonger la fête nous avons même pris rendez-vous au pied d'une bibli à thème pour le prochain regroupement de folie.

dimanche 15 janvier 2012

Triple B comme bravo

Si la France perd son label mondial de super puissance, la Comme Fou récupère de son côté un authentique champion. Notre Seb ! Champion de France toutes catégories pour la location de films. Number One sur le territoire. Record d'abonnements battu. C'est le meilleur, ce gonze... Mais finalement rien pour nous surprendre, nous de la Comme Fou qui le connaissons bien et l'apprécions. Seb, c'est le roi du septième art, l'arbitre des salles noires, le factotum du grand écran. Pour son titre national, lui le prince de l'affiche qui tranche, un seul mot : bravo. Et ce n'est pas son "Dernier Combat" si j'en crois ses projets cinématographiques à venir...

vendredi 24 juin 2011

Prêt, Raphaël ?



Un Crazy Ruck (le combientième ? On ne comple plus quand on aime !) lancé au bon rebond de l'amitié et nous étions huit à table, Seb, Gilles, Le Tigre, Fred, Antoine, Benoit et Ritchie, autour de l'invité du jour, l'ancien trois-quarts aile du Stade Français, Raphaël Poulain, venu au grand galop (facile, je sais, mais n'empêche, il a été prompt) participer à nos agapes. Un beau moment de poésie, de théatre et de littérature, et peu de rugby, paradoxalement. Raphael nous a quitté pour passer devant un jury et, bonne surprise, ses projets cinématographiques ont été choisis, je l'ai appris dans la soirée. Ils iront sur quelques bons festivals à venir. Frédéric m'a laissé un joli texte, le récit de Georges de Saint-Clair débarquant au collège de Rugby en 1860, premier Français à jouer au jeu de balle ovale dans l'établissement, et même tout court. Aux bons rebonds de la Comme Fou, les amis...