Chacun d'entre nous se pose la question de l'intérêt de son passage sur Terre, d'autant qu'elle se délite de jour en jour à mesure que nous jouons à la détruire sans nous soucier le moins du monde de ceux qui vont l'habiter après nous, de ce qui va surgir après nous. Chacun voudrait savoir ce qui va rester de son existence, modeste voire insignifiante, de cet être qui gesticule, opine et se gargarise sans savoir ni prévoir.
Qu'est-ce qu'exister, en somme ? Que signifie ce magnifique et terrible verbe : vivre ? Quelle est l'amplitude de cette flamme que nous animons ? D'où vient et où va l'essence de sa chaleur ? Et les questions de manquent pas dès lors que nous avons conscience de n'être rien qu'un petit grain de sable sur une berge devant laquelle passe un grand courant, des marées majuscules, et se multiplient les vagues. Que renouvelons-nous ? Que révélons-nous ?
A ces interrogations, légitimes, souvent fondues dans notre esprit au moment où la nuit enveloppe nos songes éveillés mais pas trop, la sagesse répond. Elle répond aux ami(e)s qui n'hésitent pas à s'approcher d'elle. Et s'ils sont nombreux, les philosophes, à s'être penchés sur cette question existentielle, j'avais envie de vous faire partager la réponse d'Arthur. Schopenhauer. Le pas marrant. Juste un peu plus que Kant, cela dit. Ce qui ne fait quand même pas beaucoup de rires.
"Celui qui, grâce à la puissance de ses souvenirs et de son imagination, est en état de se représenter le plus vivement le long passé de sa propre vie sera plus clairement conscient que les autres de l'identité du temps présent en tout temps." Par le moyen de la vocation philosophique, indique Schopenhauer, "on conçoit ce qui est le plus fugitif - le "maintenant" -, comme la seule chose durable. (...) Le présent a sa source en nous, et découle par conséquent du dedans et non du dehors."
Extrait du remarquable memento mori intitulé "Sur la doctrine de l'indestructibilité de notre être réel par la mort" qu'il est facile et décisif de se procurer dans la remarquable collection Mille et une nuits, n° 451. Après un mois d'ovale en novembre et d'élections en décembre, temps difficiles à savourer, secousses telluriques qui annoncent un glissement de terrain, se replonger dans le "Néant de la vie" est incontestablement vivifiant. La vraie notoriété car profondément assurée est toujours tardive.



