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mercredi 8 avril 2020

Ce qu'ils en disent

"Penser, écrivions-nous avec Christophe Schaeffer dans l'avant-propos du Dictionnaire des Penseurs, c'est établir un lien avec l'existence." Du coup, demeurer confiné a ceci d'intéressant qu'il est possible de réfléchir sans être interrompu. Aussi, j'aimerais partager avec vous la réaction d'une soixantaine des penseurs à l'annonce - certes encore incertaine - du déconfinement, chronique dont la conception, que vous le sachiez quand même, m'a pris une nuit d'insomnie.

Thomas d'Aquin : "J'attends de voir..."
Hannah Arendt : "Ce n'est que de la propagande."
Aristote : "Heureux de retourner parmi mes semblables."
Antonin Artaud : "J'ai bien vu, mais je n'ai rien compris."
Averroès : "C'est doublement incohérent !"
Gaston Bachelard : "De toute façon, je suis condamné à vivre au rez-de-chaussée."
Michel Bakounine : "Je ne sortirai que lorsque tous seront sortis."
Emile Borel : "Quelle est la probabilité que ce soit vrai ?"
Noam Chomsky : "Méfions-nous des annonces !"
Nicolas Copernic : "Quoi qu'il advienne, je continuerai à prendre le soleil..."
Pierre de Coubertin : "Plus vite ce sera..."
Boris Cyrulnik : "Triomphons de cette nouvelle épreuve."
Charles Darwin : "Nous n'avons pas fini de lutter."
Gilles Deleuze : "Je n'y trouve aucun sens."
Démocrite : "Cela me met en bonne disposition d'esprit."
Jacques Derrida : "Quelle différance ? "
René Descartes : "J'en suis..."
Eihei Dogen : "Avez-vous pensé à sortir les tapis ?"
Marcel Duchamp : "Ca tombe bien, j'avais envie de pisser !"
Albert Einstein : "Encore une fois, je vais prendre le train en marche..."
Epicure : "Ce n'est pas aussi plaisant que ça."
Erasme : "Me laissera-t-on le libre arbitre de rester confiné ?"
Jules Ferry : "Les écoles, aussi, vont ouvrir ?"
Michel Foucault : "Ah, retrouver l'usage des plaisirs..."
Sigmund Freud : "S'il vous plait, restez allongés !"
Gandhi : "Je ne bougerai pas..."
Hegel : "Attention, c'est encore une ruse !"
Hippocrate : "Tout dépendra de mon humeur."
Thomas Hobbes : "Franchement, je trouve ça monstrueux !"
David Hume : "Enfin, je vais pouvoir me déconnecter."
Carl Gustav Jung : "Mais vous êtes inconscients !"
Emmanuel Kant : "C'est bien."
Soren Kierkegaard : "Ca m'angoisse déjà..."
Martin Luther King : "Je rêve ou quoi ?"
Etienne de La Boétie : "Les beaux discours, toujours les beaux discours..."
Jacques Lacan : "Des cons, fins nez."
Lao Tseu :"Sortez avec modération."
Gottfried Leibniz : "Alors tout va pour le mieux."
Emmanuel Levinas : "Je vais en profiter pour faire le plein d'essence."
Karl Marx : "Considérant le travail à domicile, je n'y vois aucune plus-value."
Marshall McLuhan : "Quel message le gouvernement veut-il faire passer ?"
Jacques Monod : "Cela me parait nécessaire."
Michel de Montaigne : "Je veux bien essayer."
Thomas More : "Trouverons-nous pour autant le lieu du bonheur ?"
Issac Newton : "Les bras m'en tombent..."
Friedrich Nietzsche : "Ce choix n'est pas très moral."
Blaise Pascal : "De toute façon, il n'existe qu'un seul remède..."
Platon : "Perso, j'ai confiance en la République."
Jean-Jacques Rousseau : "Ah, le fer se dissout !"
Sade : "Je sens que souffle un vent de liberté."
Arthur Schopenhauer : "N'allons pas contre la volonté générale..."
Amartya Sen : "Quel bonheur !"
Sénèque : "Voila qui tombe sous le sens."
Socrate : "Prenons d'abord la mesure de cette décision, qu'en dites-vous ?"
Spinoza : "Que ma joie demeure."
Sun Tzu : "Attendons de voir la forme que cela va prendre."
Frederick Taylor : "Répétez moi ça ?"
Henry Thoreau : "Je m'en fous, j'avais déjà désobéi !"
Ludwig Wittgenstein : "Je n'ai pas envie de parler de ça, désolé..."


vendredi 20 mars 2020

Quarantaine

Le temps offert par défaut mérite d'être occupé, et quoi de plus instructif que d'isoler quelques longs métrages qui développent l'art narratif de la pandémie dans ce qu'elle a de plus terrifiant mais aussi de plus instructif ? Ainsi, à l'image de la relecture de La Peste, chef d'œuvre prémonitoire d'Albert Camus construit sur le socle des maladies génocidaires qui infectèrent puis dévastèrent l'Europe, Phénomènes (2008) et Contagion (2011) raclent nos angoisses. 
L'un étire avec force contre-champ la métaphore jusqu'à la crispation, M. Night Shyamalan, et l'autre, Steven Soderbergh, déroule à rebours l'enquête jusqu'à l'évidence. Revoir dans le contexte actuel ces deux œuvres qui n'ont rien de majeures leur donne - rien de surprenant - un relief qu'il était difficile d'imaginer à l'époque où l'expansion soudaine et mortelle d'un virus n'était au mieux qu'une ébauche de scénario pour studios hollywoodiens.
Dans la ouate d'un confinement d'abord prudent devenu assez rapidement coercitif au point de voir nos chemins de traverse interdits par arrêté préfectoral, il n'est pas interdit d'assister, par écran interposé, aux réactions les plus folles qui suivent immanquablement les annonces d'une pandémie qui n'en finit pas de dévaster l'Italie et préfigure le pire en France dans les jours prochains.
Serons-nous les mêmes lorsqu'au retour à la normale qui ne manquera pas de survenir nos pollutions communes - transports saturés, consommation forcenée, promiscuité professionnelle, abrutissement médiatique - s'agripperont à nous ? Serons-nous capables de refuser en toute conscience ce qui naguère nous submergeait et ne suscitait chez nous aucun doute, aucun rejet ? Voilà bien l'enjeu qui s'offre à nous, cette quarantaine passée. 


mercredi 18 avril 2018

2. Borel bien appliqué

Après Joseph Weber, mon deuxième portrait de penseurs prend sa source en Aveyron, à l'initiative de Jean Fabre, ex-troisième-ligne aile, capitaine du XV de France et du Stade Toulousain, dont les connaisseurs de rugby sont familiers. Agrégé de mathématiques, initiateur de la première Coupe d'Europe (baptisée Masters en 1986), passionnés de jazz et de romans policiers, cet ancien candidat à la présidence de la FFR m'avait reçu il y a deux ans à son domicile toulousain. Et tandis que nous évoquions mes projets, en particulier le Dictionnaire des Penseurs, Jean Fabre répondit Emile Borel à la question que je lui posais de savoir quel était pour lui l'un des hommes les plus remarquables dont il avait une connaissance approfondie. 
 
L'actualité est souvent bon compagnon de voyage : il suffit de s'intéresser à Big Brother et à Cambridge Analytica ! Piocher dans les données privées de millions d'utilisateurs pour les bombarder de fausses informations et les intoxiquer prouve bien que nous n'avons malheureusement pas quitté "1984". Et c'est là où surgit dans notre paysage un illustre inconnu du grand public qui mérite le détour par Saint-Affrique, la ville où il est né en 1871. En peu de temps, Emile Borel passa de la mesure des ensembles qu'il avait théorisée à son application au calcul des probabilités. Mathématicien, chercheur, homme politique et enseignant, il fut nommé secrétaire général de la présidence du Conseil, ce qui n'est pas une petite distinction.
 
On doit surtout à ce génie de l'abstraction la création du CNRS. Et, pour ce qui nous concerne, des théories probabilistes qui sont aujourd'hui en activité tout autour de nous, pour le meilleur et aussi pour le pire. Je ne vais pas - moi qui justifiait d'une moyenne de 5 sur 20 en mathématiques - vous infliger le comment de ses travaux. Juste vous dire que si sa théorie des probabilités trouva ses premiers prolongements dans le jeu de dame et le bridge, elle irrigue aujourd'hui la physique quantique, l'astronomie, la cosmographie, la biologie moléculaire, la médecine, l'industrie, l'informatique et la cybernétique.
 
Vous vous êtes connecté à un serveur pour ouvrir Comme Fou. Sachez que la reconnaissances des caractères s'est effectuée par le biais du calcul des probabilités chère à Emile Borel, lequel calcul nourrit sans discontinuer notre quotidien à travers l'interprétation des données informatiques qui alimentent statistiques et finance, sans oublier la stratégie militaire dont on peu regretter (ou pas) à l'heure actuelle son intrusion jusque dans nos salons.


mardi 18 août 2009

Agrippa


Alors comme ça, on va fermer les écoles, les boutiques, les bureaux. Nous allons tous rester chez nous. Porter un masque. Eviter de nous serrer la main. Nous sommes devenus hypocondriaques. Pas de contact. C'est la grippe A. Moi, question virus, je ne connais que l'Agrippa d'Aubigné, Théodore de son prénom, un gars d'chez moi, du côté de Pons. Son oeuvre majeure ? "Les Tragiques". Guerre de religion et massacres à l'encensoir en laiton. Belle époque. Pas si éloignée, finalement, quand on y réfléchit. La religion est toujours au coeur de toutes les exclusives et les guerres qu'elle déclenche n'en finissent pas de recommencer. Alors, Grippe A ou Agrippa ?