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vendredi 20 mars 2020

Quarantaine

Le temps offert par défaut mérite d'être occupé, et quoi de plus instructif que d'isoler quelques longs métrages qui développent l'art narratif de la pandémie dans ce qu'elle a de plus terrifiant mais aussi de plus instructif ? Ainsi, à l'image de la relecture de La Peste, chef d'œuvre prémonitoire d'Albert Camus construit sur le socle des maladies génocidaires qui infectèrent puis dévastèrent l'Europe, Phénomènes (2008) et Contagion (2011) raclent nos angoisses. 
L'un étire avec force contre-champ la métaphore jusqu'à la crispation, M. Night Shyamalan, et l'autre, Steven Soderbergh, déroule à rebours l'enquête jusqu'à l'évidence. Revoir dans le contexte actuel ces deux œuvres qui n'ont rien de majeures leur donne - rien de surprenant - un relief qu'il était difficile d'imaginer à l'époque où l'expansion soudaine et mortelle d'un virus n'était au mieux qu'une ébauche de scénario pour studios hollywoodiens.
Dans la ouate d'un confinement d'abord prudent devenu assez rapidement coercitif au point de voir nos chemins de traverse interdits par arrêté préfectoral, il n'est pas interdit d'assister, par écran interposé, aux réactions les plus folles qui suivent immanquablement les annonces d'une pandémie qui n'en finit pas de dévaster l'Italie et préfigure le pire en France dans les jours prochains.
Serons-nous les mêmes lorsqu'au retour à la normale qui ne manquera pas de survenir nos pollutions communes - transports saturés, consommation forcenée, promiscuité professionnelle, abrutissement médiatique - s'agripperont à nous ? Serons-nous capables de refuser en toute conscience ce qui naguère nous submergeait et ne suscitait chez nous aucun doute, aucun rejet ? Voilà bien l'enjeu qui s'offre à nous, cette quarantaine passée. 


samedi 18 mai 2019

Quand Audiard traçait l'Europe




Montauban serait-il devenu le centre de l'Europe ? A l'heure où l'avenir de notre communauté menacé par l'extrême-droite passe par les urnes, les dialogues de Michel Audiard livrent étonnement quelques éléments de réflexion qui nous permettent de décrypter l'actualité politique.  Ce même Audiard né en 1920 et décédé en 1985, cycliste amateur et médiocre scribouillard collaborationniste passé après-Guerre à la postérité comme dialoguiste gouailleur de veine célinienne, qui a nourri le langage populaire avec quelques saillies immarcescibles.
En voici quelques-unes. "Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît" ; "On ne devrait jamais quitter Montauban"; "J'vais lui montrer qui c'est Raoul !" ; "Il y a de la pomme" ; "C'est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases", livrées dans un nanar devenu culte, Les Tontons Flingueurs. Autour d'une histoire de grisbi et de nectar brutal, Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefèbvre, Francis Blanche et Robert ("Yes, Sir !") Dalban imagent depuis les conversations, particulièrement au sein de l'Ovalie. Mais pas que.
A quoi tient la célébrité ? Michel Audiard, auteur de ces dialogues picaresques, ne croyait pas à cette scène de cuisine. Heureusement, elle fut maintenue par le réalisateur, Georges Lautner. Deux ans plus tôt, Audiard s'était attelé à un roman de Georges Simenon, Le Président, et avec lui le cinéma de papa (comparé à La Nouvelle Vague) s'est attaqué avec virulence à quelques thèmes qualifiés à l'époque de populistes et qui prennent aujourd'hui, entre manifestations permanentes de gilets jaunes et élections politiques, un éclat furieusement contemporain.
Henri Verneuil tourne avec Jean Gabin en président du Conseil, alias Emile Beaufort, une scène dite du « Discours à l’Assemblée nationale » dont il ne soupçonne pas alors la portée historique. Entre Festival de Cannes et élections européennes, la harangue tenue par l'immense Gabin mérite d'être réentendue. La voici dans ses extraits les plus significatifs : "Pendant toutes ces années de folie collective, je pense avoir vu tout ce qu'un homme peut voir. Des populations jetées sur les routes, des enfants jetés dans la guerre (...) La paix revenue, j'ai visité les mines. J'ai vu la police charger les grévistes, je l'ai vue aussi charger les chômeurs. J'ai vu la richesse de certaines contrées et l'incroyable pauvreté de certaines autres. Et bien durant toutes ces années, je n'ai jamais cessé de penser à l'Europe."
Anarchiste de droite, Michel Audiard au soutien de l'idéal européen et de la première Internationale a de quoi étonner... "Toute le monde parle de l'Europe, écrit-il pour Gabin. Mais c'est sur la manière de faire cette Europe que l'on ne s'entend plus. C'est sur les principes essentiels que l'on s'oppose (...) La constitution de trusts horizontaux et verticaux et de groupes de pression, Europe des maîtres de forge et des compagnies pétrolières, cette Europe qui a l'étrange particularité de vouloir se situer au-delà des mers, c'est-à-dire partout sauf en Europe."
Lisez donc la suite : "Les partis ne sont plus que des syndicats d'intérêt (...) Je vous reproche simplement, lance Gabin à un député, de vous être fait élire sur une liste de gauche et de ne soutenir que des projets d'inspiration patronale (...) La politique devrait être une vocation mais pour le plus grand nombre, elle est un métier. Qui ne rapporte pas aussi vite que beaucoup le souhaiteraient et qui nécessite de grosses mises de fond. Une campagne électorales coûte cher. Et pour certaines grosses sociétés, c'est un placement amortissable en quatre ans. Et pour peu que le protégé se hisse à la présidence (...) alors là le placement devient inespéré." Furieusement d'actualité, vous dis-je.

dimanche 28 avril 2019

L'affiche jaune

Scotché, et pas seulement parce qu'il se consomme beaucoup de blend dans ce long métrage bien tourbé : voilà comment je me suis retrouvé sur mon siège devant cette enquête sur grand écran, documentaire pour lequel la caméra colle à l'action, aux sentiments, aux vibrations, interroge, questionne, participe.
Je n'avais jamais senti d'aussi près des personnages au point de littéralement les respirer. Rodrigo Sorogoyen est un génie à qui l'on doit, il y a trois ans, Que Dios nos perdone, polar étouffant, serré, sensoriel, tenu jusqu'au bout. El Reino monte d'un cran, qui habite le sujet comme ça n'a jamais été montré auparavant.
Ce film est servi par la présence d'Antonio de la Torre, déjà remarquable dans La Isla Minima et Que Dios nos perdone. Le Dustin Hoffmann ibérique cache bien son jeu derrière une performance sans fard, justement. Du coup, El Reino ne m'a pas laissé une seule seconde de répit, aucun relâchement qui m'aurait permis de reprendre ma respiration. C'est dire si ce coup de maître ne manque pas de souffle.
Son scenario s'emboîte parfaitement dans l'actualité dont il est un des ressorts, d'ailleurs. Il nous parle des maux qui plombent la vie de nos cités, cette res publica si malmenée qui pousse à sortir manifester, quitter le vieux monde sclérosé en perte de sens. Au-delà d'être un excellent film, El Reino est surtout une œuvre de salubrité publique, un marqueur de notre époque en panne d'idéal. Ce qui pose question.



samedi 3 octobre 2015

Faire écran

Oui, je sais, il y a la victoire australienne ! Mais regardez ces Springboks juste à côté de moi. Souriants, filmant l'entrée des deux équipes. Victor Matfield, imposant et très classieux. Figure totémique. Dans un St James' Park magnifique. Je n'étais pas à Twickenham. Juste devant ma télévision, comme beaucoup d'entre vous. Je n'ai pas encore le don d'ubiquité. Joie mesuré donc puisqu'elle était en salle de presse.

Je ne sais pas si c'est une si bonne nouvelle que ça pour la Coupe du monde. Car cette équipe anglaise avait de la qualité. En tout cas, son élimination est historique. Pour la première fois, l'organisateur se plante avant les quarts de finale. Le pays qui a inventé ce jeu. Le destin n'a pas de pitié. Comment en est-on arrivé là ?

D'abord, l'Angleterre était prête deux ans avant le coup d'envoi du Mondial. Trop tôt, donc. Ensuite, coach Lancaster avait tellement de solutions qu'il a choisi les plus mauvaises. Il était enfin dans une poule terrible, avec l'Australie et le Pays de Galles. Pas si terrible il y a trois ans, mais tout le monde progresse. Il n'en fallait que deux. C'est le plus tendu des trois qui a craqué. Il faudra sans doute revoir le principe de l'attribution des places en poules. Ce que fait World Juice Rugby.

Du juice, il n'y en aura pas beaucoup. Le diffuseur, ITV, va perdre 1,5 millions d'euros (j'ai converti) par match diffusé. Oups. Et l'économie anglaise devrait souffrir : on parle de 3,5 milliards d'euros de pertes par rapport à l'objectif affiché en début de compétition. Moins de bières, de chips, de sandwichs, de burgers. Il restera Schalk. Lui, il est saignant. Bon, ok, je sors...

mercredi 28 novembre 2012

Bouclier de Bonus

Il  l'a reçu ! Mille sabords de mille clients... Le président de la boite s'est même déplacé pour lui remettre... Champion de France, catégories DVD et BluRay qu'il est, notre Seb national. Le voici, l'homme du futur. Ici posant avec fierté en compagnie de son trophée. Premier, sur cent magasins, à avoir atteint les mille abonnés. Et d'après ce que j'en sais, toujours en tête. Il y avait Casque d'or, lui c'est Disque d'or. Une grande fierté pour la Comme Fou que de compter dans ses rangs un authentique Champion de France. Palaiseau est ainsi placé au centre de l'actualité. Nous aurons l'occasion de fêter dignement ça, et autre chose encore, lors du Crazy Rugby du jeudi 6 décembre, midi, chez Al-Dar.

vendredi 30 septembre 2011

Je vote bush

Hier, six heures de balade dans le bush de Wairarapa, une zone forestière et montagneuse située derrière Wellington. Des bouts de route gravillonnées au milieu des moutons, pas de réseau téléphonique. Croisé deux voitures en tout et pour tout. Retour à la nature. Verts, les champs. Noires, les forêts. Emeraude, les rivières. Bleu, le ciel. Le vent pour seule conversation. Pas un bruit. La chanson du torrent qui roule ses pierres. Les cascades coulent comme des larmes sur les joues de la montagne. Pas de rugby. Cortazar à mes côtés pour les haltes magiques. Des biches, mais aussi des chasseurs de biches avec leurs mollets de campeurs, leurs têtes de cons et leurs fusils. Le côté Delivrance de l'après-midi. Le nom de l'endroit ? La gorge de Waiohine. Inoubliable.

mercredi 27 octobre 2010

Sujets gracieux


La période est propice à l'échange. Entre les grèves de sable fin au coeur d'un paysage bucolique enchanteur, les choix de Saint Marc pour laver plus bleu à l'automne, l'ascension du Top 14 décriée par les nostalgiques et considérée comme l'ouverture de la caisse qui appartiendrait à une certaine Pandore, le cas Contador que j'adore, le silence assourdissant qui monte de ma gauche, l'arrivée du froid, les parutions récentes, la lecture du "Point Omega", des hommes, des dieux, toujours biotiful, et autres choses en cours, nous allons avoir de quoi bavarder, le onze... Réjouissons-nous...

mardi 18 mai 2010

Très en Cannes


Pendant que Toulouse et Biarritz, très en cannes, donneront le meilleur de leurs jeux pour tenter de décrocher le XVe (quel symbole!) trophée H-Cup au Stade de France, samedi 22 mai, le jury du festival de Cannes (très en jambes) annoncera le lendemain, 23 mai, son palmarès. Quel film sera donc palmé ? Biutiful ? La Tournée ? Fair Game ? Le Rouge et le Noir ? Euskadi mon amour ? Avant le score final(e), avant de connaître les Lauréats, quel est votre pronostic ? Entre la croisade à Saint-Denis et l'écran total de la Croisette, un beau week-end se prépare. Qu'en pensez-vous ?