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lundi 28 janvier 2019

Toutes les touches

Le clavier est large, les nuances riches et variées, les accords nombreux, les désaccords savoureux, la tonalité changeante, la partition magnifiquement partagée entre deux virtuoses : bourrin pour l'un, raffiné chez l'autre. Mais rien n'est figé, fixé. Le duo joue aux merveilles. Dosé, le tempo. Et les fugues se succèdent, désopilantes ou tristes.

Green Book est un coup de cœur. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi touché, aussi ému, à l'issue d'un long métrage. Touché car il s'agit de l'histoire d'un pianiste en tournée et de son chauffeur. Une aventure type road movie qui débute au Carnegie Hall et se termine en conte de Noël. Et au milieu coule l'Amérique ; elle croule de préjugés qu'il faut détricoter pour apprendre à vivre, voire à survivre.

Viggo Mortensen mérite un Oscar. Mahershala Ali, personnage principal dans True Detective III à venir, aussi. Un travail d'orfèvre que d'associer deux caractères aussi proches que les touches noires et blanches du clavier d'un piano. Ah, j'allais oublier, on rit aussi. Beaucoup. Et ça fait du bien. Toutes les touches sont enfoncées : éducation, tolérance, amour et amitié, art, politique, histoire.

L'altérité a rarement été aussi bien traitée au cinéma grand écran made in USA. Avec en prime une bande son qui mêle Frédéric Chopin et Aretha Franklin, classique, populaire, soul, blues, rock et jazz avec un sens aigu de l'équilibre et de la progression du scenario. Après l'avoir vu, je n'ai qu'une envie : le revoir sans plus tarder.

En prime, j'ai découvert un pianiste oublié, Don Shirley, sorte de Eddy Duchin qu'il était temps de sortir de l'oubli ainsi qu'il a été fait, récemment, avec Newton Knight (Free Stade of Jones) et Nat Turner (The Birth of a Nation), héros oubliés de l'Amérique, pionniers, lanceurs d'alerte et combattants de la dignité humaine.

mardi 10 octobre 2017

Offrande musicale

C'est pas en France que ça arriverait, ce genre d'histoire. Parce que nous n'avons que Téléphone. Pardon, les Insus. Rien de bien terrible. Ou alors Johnny, voire Michel - si, si, je connais des gens qui aiment Sardou et vont assister à ses concerts. Les Irlandais, qui sont formidables en littérature, en mise en bière et aussi en rugby, peuvent s'éclater avec U2 depuis au moins trois décennies.

Mais la musique n'est rien, il faut le croire, dans certains pays qui ont pourtant de grands écrivains, allez comprendre. J'ai halluciné - bien plus qu'au cours d'une discussion sur Sardou - en apprenant que U2 avait retardé le coup d'envoi de son concert pour qu'un match de football se termine, et ça pour faire plaisir à leurs fans qui avaient payé le billet mais voulaient voir des buts.

Ceux qui aiment le rock et ceux qui aiment le football sont parfois les mêmes. Ca arrive d'avoir deux raisons de sauter sur ses deux pieds en cadence. En France, il doit bien y avoir des gens qui restent au Stade de France pour vivre les deux. Perso, je n'ai pas ce genre de personnes parmi mes proches. Couper le son pour laisser rouler jusqu'au bout le ballon rond, j'avoue que ça me dépasse. Mais il faut dire que le contexte fait tout.

Je m'explique. La bande à Bono jouait en Argentine. Pendant que l'équipe d'Argentine évoluait contre le Pérou. 0-0 avec Messi, c'est se foutre de la gueule du monde et de ses supporteurs. Mais bon, l'altitude, et tout, et tout. Pas facile. Irrespirable, quoi. Non, j'déconne, c'était à Buenos Aires. Le public argentin voulaient un but, ils ont finalement eu U2. En décalage. Don't cry for me.

C'est pas à nous que ça arriverait, ça ! Nous les Français. Parce qu'on marque des buts à défaut d'avoir de grands groupes de rock. Un contre la Bulgarie. J'écris cette chronique désenchantée avant le résultat des Bleus face à la Biélorussie. A défaut de Messi, nous avons Giroud. On me parle de Coman et de Lemar, que je connais si peu. Ah, si, il a y Griezmann aussi. Ma fille cadette l'adore. Elle l'appelle "son Grigri". Elle ne sait pas qui est pas Paul David Hewson.

lundi 18 avril 2016

Cette note

"Elle ne doit pas être là." C'était impossible. A l'époque. On pourrait imaginer qu'il faille attendre un peu, ou très longtemps parfois, pour que ce qu'il y a de plus décalé dans l'œuvre d'un génie trouve place dans l'ordre après l'avoir cherché dans le chaos. Elle est une note, une seule, qui ne correspondait pas au canon de son temps. Placée là où elle l'était, elle produisait un grincement, à en croire le copieur, conseiller technique musical d'une maison d'édition française chargée d'imprimer les symphonies - il s'agit là de la huitième - de Beethoven.

"Elle ne doit pas être là." Alors le cuistre l'a changée pour une autre, cette note. A la place un ajout classique, attendu, convenu, tel qu'expliqué dans le manuel de composition utilisé par le conservatoire supérieur de musique de Paris. Beethoven s'était trompé, voilà tout. Il ne pouvait pas en être autrement. Rien de grave mais quand même, il fallait remettre cette note dans les clous de l'accord afin d'assurer la bonne tonalité. C'est ainsi chez ceux qui savent.

"Elle ne doit pas être là." Devoir. Rendre un devoir. Devoir le rendre. Beethoven ne doit rien à personne, et moins il doit plus ça rend. C'est le propre du génie. Pas besoin d'entendre pour composer, juste imaginer. Ce que les autres ne voient pas. Cette note. Qui est là. Parce qu'elle est là tout change. Une note transforme son époque, la fait avancer, la propulse même. Imaginez ! Une note, une seule, sur une partition de Beethoven, sauvage, raturée, striée. Une note jetée.

Cette note, c'est l'onde gravitationnelle d'une œuvre majeure. Elle nous vient de si loin. Elle est infime, une patte de mouche qui flotte sur un torrent de dentelle. Je pourrais vous préciser où elle s'inscrit, il me suffirait de relire Berlioz décryptant Beethoven. Berlioz était aussi critique musical. C'est lui qui a gueulé pour qu'elle soit restituée à sa juste place, cette note. Un demi-ton, me semble-t-il. C'est à cet infime écart qu'on approche les génies, celui qui compose et celui qui prolonge. Sans Berlioz, sans Liszt aussi, et Wagner, qui le hissèrent haut, nous aurions sans doute perdu le meilleur de Ludwig van. Je me pose cette question sans hausser le ton : quelle note voulons-nous sauver ?

samedi 9 avril 2016

Hume et Bach

Il y a des matins du monde plus agréables que d'autres. Imaginez écouter L'Offrande Musicale de Bach en lisant le Traité de la nature humaine de Hume. Redécouvrir la première sève de l'athéisme en savourant les entrelacs sériels tricotés par Jean-Sébastien à l'usage des rois.

Et dans quelques heures se plonger dans l'Europe du rugby des clubs et des provinces, compétition disparate, éclatée qui relie tout et son contraire dans un joyeux fatras, et c'est justement parce qu'elle ne ressemble à rien que je l'apprécie, cette Coupe de rugby champagne.

Une forme profonde ou une forme de profonde sérénité, je ne sais, me construit à ce moment précis ; elle m'éloigne des remous d'une société cynique et en perte de sens dans laquelle je me reconnais de moins en moins. Je n'ai pas les reins assez solides ni le dos assez robuste pour rester debout toute la nuit place de la République, alors je résiste à ma façon.

Elle est douce et fluide, cette façon. Elle ondule comme une ligne mélodique, pétille parfois, se remplit de pensées décentrées. Et si l'un d'entre vous parvient à savoir pourquoi cette illustration, ci-dessus, pour un tel propos, il aura gagné toute ma considération. Pas facile, je l'avoue. Je vous ai laissé ici et là plusieurs indices, cependant.

jeudi 17 décembre 2015

L'autre clavier

Certes azerty mais quand même. Fondamentalement, le clavier que je préfère, c'est celui du piano. A tel point que lorsque j'écris j'entends de la musique. Le mouvements de mes doigts envoie à mon cerveau des notes et des accords. Je me souviens avoir dessiné sur le pupitre de mon bureau d'écolier en CE2 le clavier d'un piano pour m'évader en jouant pendant les cours.

Mercredi, à l'Alliance Française, boulevard Raspail, mon ami Jean Pruvost - c'est formidable d'appeler ainsi un de ses éditeurs, l'autre étant Philippe Rey - avait convié quelques uns de ses auteurs à monter sur scène pour un concert intitulé "Mots en musique". Salle conquise d'avance composée de proches. Seb et Christophe étaient du voyage. Et donc bonheur partagé au cours de cette soirée.

Deux heures et demi passée entre jazz, rock, blues et variété, poésie et théâtre, humour, guitare et piano. Coup de cœur pour Sandrine Sarroche, une authentique Toulonnaise drôle et piquante, déjantée à point et qui fit, il y a peu, la première partie de Vincent Moscato à l'Olympia.

L'Alliance française avait fait les choses en grand en nous permettant - nous étions deux pianistes, Cyril Duflot-Verez et moi, de nous exprimer sur un Steinway. B211. Comme sa longueur en centimètres. Un bijou. Doré à l'intérieur, somptueux à l'oreille, velouté au toucher. Play it again, Ritchie...

dimanche 11 octobre 2015

De l'église au Temple

Samedi, église St Mary Magdelene. Richmond. Mon collègue et néanmoins ami Jean-Christophe Collin a repéré l'affiche. Venez chanter les hymnes et les chansons de la Coupe du monde. Jusque là, rien de particulièrement étonnant. Si ce n'est un orchestre militaire aux partitions. En ouverture, Waltzing Matilda et Cwm Rhondda, pour honorer l'Australie-Galles qui va suivre.

Suit une chanson folklorique française, le chant du berger d'auvergne. Je découvre l'œuvre de Marie-Joseph Canteloube de Malaret, jusque là inconnu au bataillon, je l'avoue. Et c'est alors que l'orchestre militaire, dans cette église de Richmond, se lance dans La Marseillaise. Oui, vous avez bien lu, notre hymne révolutionnaire. Jean-Christophe et moi nous levons, chantons à tue-tête et les fidèles applaudissent.

Moment d'autant plus incroyable qu'on nous a servi un verre de rouge, du Shiraz, et ce n'est pas du vin de messe. Un truc de dingue. Je n'avais jamais vu ni entendu ça avant. Tout comme des Anglais chanter Flower of Scotland et Danny Boy... Cela dit, l'arc-en-ciel brillait dans les travées, Sud-Africains, Irlandais, Américains, Italiens, et deux Français, donc, tous en chœur.

Nous avons même eu droit au Libertango, d'Astor Piazzolla, pour célébrer l'Argentine. Celui-là, de morceau, fut littéralement exécuté par l'orchestre militaire, mais on leur a pardonné. Tout comme pour We are the Champions, de Queen. Ce n'est pas pour cette fois, entendait-on dans les travées, entre deux goulées de rouge.

Après cette épiphanie, nous sommes partis vers Twickenham déjeuner sur le parking avant le brutal Australie-Galles. Pas un seul Swing Low Sweet Chariot ne s'est élevé des tribunes du Temple. J'allais oublier : ce concert œcuménique s'inscrivait dans la fondation Lawrence Dallaglio, résident de Richmond, pour le développement du rugby en zones sensibles.

samedi 10 octobre 2015

Saké alternatif

Ce qui est gênant, ou pas, c'est qu'ils ne parlent pas anglais. Ou alors très peu. Et très mal. Les dirigeants japonais se meuvent dans les institutions ovales comme godzilla dans un magasin de porcelaines. Pas grand chose à en tirer et à n'y rien comprendre. Il faut un traducteur (ou trice) qui, la plupart du temps, n'y connait rien au rugby. A l'arrivée, galimatias au saké.

On a quatre ans pour comprendre le japonais. Le compte à rebours de l'édition 2019 a été lancé hier mercredi, à 19 h 30, devant Westminster, heure de Big Ben. Dans un joli préfabriqué. Cent personnes, sans M. le Maire, sans M. le président Lapasset. Un discours bref, pas de souvenirs à ramener. On apprendra juste que le logo "Coupe du monde IRB" sera changé. Normal, on joue désormais World Rugby.

Côté Juice, 3 milliards d'euros attendus pour l'économie nippone. Côté rugby, les dirigeants font déjà la promotion de la compétition avec les photos de la victoire contre l'Afrique du sud à Brighton, devenue leur senteur lumineuse. Trois heures plus tard, les Australiens à l'entraînement nous infligeaient le tribal et ridicule Thunderstruck d'AC/.DC, avec son intro à la Bach bien mieux visitée et éruptive chez Van Halen. De la merde, donc, sono à fond dans Twickenham. Leur style rugbystique, aux Wallabies, est bien meilleur que leurs goûts musicaux. Les Néo-Zélandais choisiront-ils Back in Black après leur démonstration de vitesse et d'adresse face aux Tongiens, vendredi, à Newcastle ?

mercredi 12 octobre 2011

Le son de piano

C'est un film de jeunes champions, avec le son du piano, une plage de repos entre deux partitions de jeu. Ebène et ivoire dans la tour du Crowne Plaza où l'équipe de France attend d'être couronnée. J'y ai joué la Marseillaise aux Anglais avant une de leurs conférences de presse, et demain Land of my Fathers. Il est coincé à l'étage des Bleus. Interdit d'y toucher. Mais impossible n'est pas Français. Le rugby pro, en 2011, n'autorise plus le jeu à toucher, même du bout des doigts. En 1992, dans un hôtel de Buenos-Aires, il y en avait un aussi. Et toute l'équipe de France autour. Pour chanter du Piaf. Philippe Gallard soufflait dans son saxophone. Alain Penaud et Christophe Reigt s'essayaient à quelques accords. Gaby n'était pas très loin de moi. Dix neuf ans, déjà. Je joue encore au piano, Gaby est toujours près de moi. C'est le rugby qui a changé. Il n'est plus à ma portée.

lundi 9 novembre 2009

Naturelles


Ce midi, mon ami Olivier Margot dépose sur mon bureau un petit ouvrage, traduit de l'Espagnol. Editions Verdier. Non, ce n'est pas du rugby. Encore que. Verdier et Margot, pourtant... Mais non! "La solitude sonore du toreo". Et l'incipit. "L'art magique et prodigieux de toréer a aussi sa musique propre et c'est ce qu'il a de mieux. Musique pour les yeux de l'âme et pour l'oreille du coeur." Deux phrases qui font écho au plus profond de moi. Surtout la seconde. Et vous ?

lundi 11 mai 2009

Le gros morçeau

Chacun (e) porte en lui (elle) un morçeau de vie. De la musique, quoi ! Une plage de vinyl qui a changé sa vie dès l'écoute, le refrain qui l'accompagne. Moi c'est "Smoke on the water". Deep Purple. En 1973. Je suis en classe de cinquième. L'album "Machine Head" vient de sortir. Un de mes potes nous le fait écouter sur un Teppaz en salle de gym, au collège, durant la récréation. Révélation. Révolution. Economie de moyens (quatre accords), rythme lourd, puissant. Montée crescendo. A partir de ce moment, ma vie va changer. Je découvre le hard rock. Je vais monter mon groupe (piano, batterie, contrebasse, deux guitares accoustiques, un banjo) et organiser deux concerts au collège. Tous les copains veulent faire partie de l'aventure. C'est parti... Et vous ?

vendredi 10 avril 2009

Good old Bob

Le Tout Paris du rock-pop-folk dans la salle. Que des fans. Partout. Des kinquas qui se comportent comme des ados. Que de l'attardé. Mais quel bonheur ! Une vingtaine de morceaux balancés au millimétre, que des hits qui bougent, qui racontent. Des musicos raccords, des accords sincères. Pas une faute de goût pendant presque deux heures. Rappel(s). Lumières dans la salle. On se regarde tous : comment ? Déjà ? Tu déconnes ? C'est fini ? Un tartare et du Gamay plus tard, il a fallu se coucher. Deux heures du mat'. Mais j'ai encore la musique et surtout la voix de Dylan dans mon cerveau. Il chante. En fait, non, Dylan ne chante pas. C'est un autre truc qu'il fait. Je sais pas encore quoi. Je ne suis pas parvenu à le verbaliser. Et vous ?

samedi 3 janvier 2009

Devine qui joue ?

Celui dont j'ai envie de vous faire partager quelques idées se trouve dans notre Top 20 des riffs. "Je ne considère pas la musique comme un métier, dit-il. On ne peut en parler qu'en termes de plaisir. Quand il disparaît, je m'arrête. Je me contente de jouer ce qui me plaît. Si ça séduit le public tant mieux, sinon... Dès qu'on me demande d'écrire quelque chose de commercial, dès qu'on m'envoie composer comme un employé, je me bloque. Et puis, si je savais vraiment comment écrire des chansons commerciales, je serais milliardaire à cette heure! Mais le public se montre tellement changeant... Alors, finalement, j'écris d'abord pour moi. Sans aucune arrière-pensée mercantile..."
Rafraîchissant pour démarrer l'année même si, question thermomètre - et aussi hauteur politique de point de vue - on avoisine en ce moment le zéro.

mercredi 31 décembre 2008

Aux portes du Nouvel An

En cette période de voeux-tu, échange rock avec le Bruce Dickinson d'Iron Maiden, riff oblige : " En certaines occasions, ce qui est autour de nous semble faux, prosaïque, ennuyeux. Mais ça peut devenir poétique si nous sommes capables d'aller derrière les apparences. J’aime aime transporté par l’art ; la poésie et la musique en particulier. En fait, à travers la musique, ce que je veux montrer c’est qu’il n’y a rien qui sépare la réalité de la poésie, sinon l’illusion. William Blake était remarquable : il montrait qu’on pouvait vivre dans ces deux univers en même temps et qu’ils ne faisaient qu’un seul."

" Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l'homme telle qu'elle est, infinie ". Que cette citation de Blake vous aide à ouvrir la nouvelle année.