samedi 3 septembre 2016

Mon sac de rugby

Il fallait travailler assez longtemps et au bon moment pour vivre ça, l'écrire, le publier et le savourer. Le Stade Rochelais leader du Top 14 ! Un club à budget moyen, sans mécène, sans gros sponsors, un club enclavé sur les bords de l'Atlantique, entre Nantes et Bordeaux. La Rochelle relancé et stabilisé puis développé par l'enchanteur Merling, Vincent de son prénom, ancien troisième-ligne aile volant de l'équipe première, belle famille ovale, comme les Adole, Lescalmel et Elissalde.

Il fallait l'imaginer et franchement, ce n'était pas envisageable aussi vite, avec deux déplacements en trois matches. Pourtant... Comme quoi tout est possible, quand on y met de la passion, de l'émotion, de la vision. Et que le vent porte bien en poupe et gonfle les voiles. C'est provisoire, bien sûr. Mais pas question de bouder quoi que ce soit. Et on fêtera ça jeudi 15 septembre ensemble. Alors venez en jaune et noir, si c'est possible.

Je vous raconterai peut-être des histoires de rochelais, des anecdotes de poussin sur le terrain pelé, annexe de Marcel-Deflandre. Le sens de marée, les mouettes qui annoncent la pluie. Les injonctions de M. Puyfourcat, les finesses de M. Bas, le geste de passe de M. Courthès, les philosophies de M. Adole, ce Jacky que vous connaissez bien. Relisez donc "Mon sac de rugby" et "Déjà", vous y trouverez l'esprit qui flotte, de quoi se placer dans le courant continu avant de se revoir.

33 commentaires:

André Boeuf a dit…

j'ai toujours eu un faible pour cette équipe de La Rochelle. Peut-être à cause de son maillot jaune et noir semblable à celui de Mont-de-Marsan. Certainement à cause de ma rencontre avec leurs juniors -champions de France (?)- rencontrés en 1965, sur un terrain de la banlieue parisienne -La Boulie (?)- à l'occasion d'un tournoi de fin de saison. Moi, talonneur d'un Stade Français faiblard et eux, merveilleux, monstrueux, physiquement, par rapport à nous. Le temps de deux petites mi-temps, sous une pluie battante..Le temps de prendre une bonne rouste...Une belle leçon de rugby avec des gars très sympa, corrects, bien éduqués sous tous rapports. Et, pour moi, en guise de souvenir définitif, une belle entaille au cuir chevelu, à la suite d'un placage frontal et d'un genou bien osseux venu me percuter le haut du crâne! Et tout ce sang coulant sous la pluie....! Un petit succès!
AB

Ritchie a dit…

Une belle histoire de rugby, en somme. Le rochelais a rarement fait dans la poésie. Moi, chez les benjamins, on me surnommait "Victor Escot" parce que j'avais la tête dans les étoiles et que je regardais souvent le ciel au lieu de suivre le ballon des yeux, surtout quand il était au milieu des avants, une place qu'il occupait très souvent, trop souvent à mon goût d'ado.

Sergio a dit…

Un bon vent pour les "jaune et noir", comme pour les gaillards "blanc et noir". La gonfle est au maxi. Pas un vent d'autan comme l'année dernière à ¨même époque à Deflandre et sur "Côté ouvert" aussi... Pas forcément esco(mp)té en ces débuts très ouverts, le nez dans les étoiles.

Gariguette a dit…

Bravo Ritchie ! Ta joie fait plaisir à lire . Je me demande ce que ça fait d'être leader... Par contre je sais très bien ce que ça fait d'être en bas de classement ! Ah la lanterne rouge ou comment regarder passer les trains qu'on n'a pas su prendre . De beaux trains TGV rapides et conquérants, et même des petits trains qui se baladent en Top 14 comme à la maison, des envies d'Orient Express tout à coup, mieux encore : le Transsibérien ! La Malle des Indes !
La Rochelle un port ? Mais non messieurs c'est la gare de triage : il faudra passer par là pour arriver quelque part .

Pipiou a dit…

Ritchie a les yeux de Cassandre pour son équipe de La Rochelle.
Pour autant, comme les autres équipes du Top14, elle a dû et doit s'adapter au modèle en cours; même avec un budget "moyen" et sans sponsors ou mécène, on ne fait pas venir Victor Vito, Jason Eaton, Brock James, Januarie et consorts en leur vantant les bienfaits de l'air marin et des éducateurs locaux.

Ce n'est pas seulement la première place du club qui est provisoire, c'est surtout sa pérennité économique -et donc sportive-. Les miracles d'une direction, d'un entraîneur ne peuvent durer indéfiniment; dans la logique actuelle, soit on fait mieux, soit on régresse, sauf à avoir une réelle assise financière que seuls possèdent 4 ou 5 clubs du Top 14. L'exemple d'Oyonnax, passé des feux d'une 6ème place européenne à la descente en Pro D2 dès l'année suivante, est sur ce point édifiant.

Mais ce serait faire preuve d'aigreur que de bouder le plaisir du moment, qu'il soit rochelais ou briviste.

Ritchie a dit…

La Rochelle ne dispose pas d'un grand sponsor qui fait la pluie et le beau temps devant l'écume mais de 500 entreprises partenaires sur tout l'arc atlantique.
Pour ce que j'en sais, Vito n'est pas bon marché, mais Eaton, James et Januarie n'avaient pas d'autres propositions valables et donc se sont pliés au tarif rochelais, qui n'est pas mirobolant. Les mecs viennent pour jouer, prendre du plaisir en donner, devant 15 000 personnes et personne pour les faire chier médiatiquement. Jouer heureux en vivant à l'écart des grandes routes ovales.
Le projet rochelais se construit pas à pas. Et si le club devait descendre en ProD2 il n'y aurait pas de crise interne, pas d'abandon du public. Pas de vague. C'est arrivé par le passé. Mais l'idée de Vincent Merling et de son équipe c'est de pérenniser dans l'élite. Là ou Toulon, Montpellier, Grenoble, Castres, peuvent descendre aussi vite que montés haut et ne jamais remonter, Comme Biarritz et Narbonne il y a peu, voire Colomiers (finaliste de la Coupe d'Europe en 1999 quand même, faut pas l'oublier), La Rochelle assure ses fondations. Et là, enfin, ça paye. Le Stade Rochelais sera seul leader dimanche prochain.

Pipiou a dit…

Dimanche soir ou dimanche matin ? (demande-t-il taquin...)



Ce modèle rochelais vertueux que vous décrivez, j'ai peur qu'il ne puisse avoir un développement durable dans la réalité économique sans pitié ni sentiment du rugby actuel.
Mais je serais très sincèrement heureux de dire dans quelques années: "je me suis trompé".

Ritchie a dit…

Soir, Pipiou, soir...
Quant au modèle vertueux, quand l'euro se sera cassé la gueule, que le To 14 ramera pour trouver des ronds ovales, qque tous les internationaux français seront en Angleterre, La Rochelle demeurera un havre.

Pipiou a dit…

J'aimerais en être aussi sûr que vous, M'sieur Coué !!


André Boeuf a dit…

C'est drôle, mais, chaque soir, lorsque j'écoute "Open Jazz" d'Alex Dutilh , sur France Musique, à 18h00, je ne peux m'empêcher de penser Rugby. Et cette évolution fulgurante, un peu comme un départ de Dragster, qui a mis le feu au jeu rugby. Il est curieux de constater -avec bonheur- que l'art, bien que lié lui aussi à l'argent, conserve une constante dans l'évolution que le sport a depuis bien longtemps perdu. Et, donc, lorsque ces quelques notes tombent dans mes oreilles, ce n'est -cette fois, malheureusement- pas au rugby actuel que je pense, mais à celui qui était le représentant d'une certaine vision du monde, comme l'Art peut l'être et l'est lui-même le plus souvent. Art et Sport, le Rugby en particulier, participaient du même courant humaniste. Et c'esr ce qui me plaisait. Le courant du sport a été dévié afin de rejoindre, disons une certaine forme industriocommerciale.
Mais il serait trop long de développer ce soir et retourne donc à ma musique. Bonne soirée à touos et à bientôt se lire...
AB

Ritchie a dit…

André, c'est exactement ce que je ressens aussi. Jazz et rugby. Ecoutes-tu Honegger ?

Pipiou a dit…

Tiens, moi c'est le contraire.
Je n'ai jamais fait aucun lien entre les deux.
Deux mondes bien différents, entre lesquels j'ai du mal à imaginer un parallèle.
Même si être passionné par les deux n'est forcément pas incompatible.

Sergio a dit…

La Rochelle, couleur café...
Si tu fais comme le café
Rien qu'à m'énerver
Rien qu'à m'exciter
Ce soir la nuit sera blanche
ou Merling Vauban du rugby ?

André Boeuf a dit…

Non, je n'écoute pas Arthur Honegger. Je le connais, mais sans plus. Erreur sans doute....
Je suis d'une famille, du côté de ma mère -mon côté catalan- musicienne. Mon arrière grand-père était premier violon à l'Opéra de Paris dans les années 1875/1880! Ses deux filles, ma grand-mère, née en 1884 et ma grand tante, un peu plus jeune étaient, la première pianiste, accompagnant son père dans des tournées, dans les salons, dans les grands cafés...Elle avait été l'élève de Blanche Selva; curieusement née également en 1884. La seconde, cantatrice, dans les chœurs de ce même Opéra, entre autre.
Ma mère, ma sœur, mon frère ont pratiqués le piano. Le plus "professionnel" étant mon frère qui n'a pas pu exprimer ses capacités pour "x" raisons dont un puissant problème de trac le bloquant, un peu comme Georges VI dans le "Discours d'un Roi" que je viens de revoir dernièrement à la télé. Il est finalement entré en 1956 à la Radio Française dans laquelle il a effectué toute sa carrière en tant que Technicien du son à France Musique.
De mon côté, ma grand-mère m'a proposé de pratiquer le piano...J'ai appris quelques gammes, mais je regardais plutôt dehors...L'envie d'être à l'air pur, dans les éléments et d'exprimer l'énergie contenue dans mon corps l'a emporté...J'en ai gardé, bien entendu, le goût de la musique. J'ai, bien sûr, été fortement marqué par le piano seul. Et J.S. Bach plus particulièrement, que ma grand-mère, mon frère, répétaient inlassablement...Il a d'ailleurs été le premier interviewé de l’émission "Comment l'entendez-vous- de Claude Maupomé sur F.M. Ce qui fait que j'ai toujours eu tendance à préférer une certaine simplicité -même extrêmement complexe- à des grands morceaux, style Wagner, par exemple. La musique de chambre, les petits orchestres de Jazz, style Gerry Mulligan.

André Boeuf a dit…

Et puis, j'ai beaucoup aimé ce qu'on appelait la Variété -Française ou autre, Dylan, par exemple- un peu comme Charles Trenet disait: "Moi, j'aime le Music Hall..."
Bref, ce côté artistique que je pouvais retrouver dans mes activités physiques et sportives que je considérais plus comme de l'Art que comme de la préparation militaire. Et la littérature, bien sûr, et en priorité, d'ailleurs, pour moi. Tout cela -Sport (devrais-je dire: activité physique?- et Art mêlés intimement comme le tronc d'un lierre noueux. Ce côté profondément humain, sensible a, je pense, disparu le jour ou, dénouant les fibres de ce tronc afin d'isoler chaque brin dans le but de le "perfectionner", le dispatcher, le rentabiliser, d'en faire une activité lucrative sous couvert d'éducation, de "droit" à pratiquer, ou tout autre argument que je trouve fallacieux...
Bref, et pour me limiter, je demanderais à Pipiou ce qui le surprend dans cette relation entre le Jazz (ou l'Art, d'ailleurs) et le Rugby, et je saluerais Sergio pour son pastiche de Gainsbourg "Couleur Café" à propos de La Rochelle.
Avec toutes mes amitiés, et à la prochaine je pense...
André Bœuf

Pipiou a dit…

Rien de surprenant, André, rien de surprenant.
Mais à ta lecture, je me faisais cette réflexion qu'étant à la fois passionné par le jazz et le rugby depuis bien longtemps, je n'ai jamais fait de passerelle entre les deux, quel que soit l'angle pris. Ce qui est nécessairement dû à la façon dont je conçois les deux, soit une pratique artistique et une pratique sportive.
Par exemple je veux bien qu'il y ait une dimension esthétique dans chacune des deux (au sens éthymologique du terme: la sensation du beau), mais je ne parlerai pas pour autant de dimension artistique pour le rugby: sur un terrain on fait du sport, pas de l'art (même si je suis le premier à dire, façon de parler, qu'il y a des "artistes" sur les terrains, l'histoire de Pierrot Danos du joueur de piano et de ceux qui le déménagent). Ça n'est pas moins beau, sensible, esthétique, passionnant, noble, que sais-je, mais, pour moi, ce n'est pas la même chose en terme d'intention qu'un musicien de jazz (ou d'autre chose) qui se produit en concert.
Autant je peux trouver des passerelles qui peuvent éventuellement paraître incongrues entre des disciplines, des époques, des réflexions différentes, autant je n'aime pas trop les mélanges abusifs qui me paraissent n'avoir pas de sens. Et même si le mélange, le métissage sont devenus depuis 30 ans des "valeurs" de toute nature (en se transformant donc rapidement en parfaite confusion, le regard risquant d'être moins lucide en eaux troubles...).

André Boeuf a dit…

Je ne suis pas un polémiqueur, cela ne m'intéresse pas. Je veux bien être un dialogueur. Avoir des conversations, oui. Au fond j'aime beaucoup échanger en sentant une sorte d'accord commun de base sur le sujet. Ce que j'aime, c'est qu'il soit possible d'exprimer ses points de vue et de tenter, réciproquement, de les comprendre; et travailler, à partir de là à essayer de trouver un éclairage satisfaisant -en cas de désaccord profond, par exemple- les deux parties. J'aime converser, disons.
Pour reprendre ta réponse, O.K. pour le premier paragraphe, je peux converser.
En revanche, pour le second, permets moi de te demander de développer ta pensée; je ne vois pas très bien ce que tu veux réellement dire et, donc, ce que je pourrais éventuellement répondre.
Brièvement, pour reprendre Art et Sport -pour simplifier-, je peux comprendre ta séparation des genres; ne serait-ce que par un angle extrêmement simple: pas de compétition dans le monde artistique, au contraire du sport occidental dont c'est le but ultime. Une question me vient à l'esprit: que penser, par exemple de la Tauromachie? Ne pourrait-on pas imaginer une certaine connivence entre un certain Art et un certain Sport? Et puis, si la relation Art/Sport te parait incongrue, quelle est ta position entre l'opposition quasi diamétralement opposée entre Sport et Entreprise, au sens ou les grands patrons des plus gros clubs gèrent leurs équipes: comme une "entreprise industrielle"! Est ce que ce pont, ce mariage, n'est pas tout aussi surprenant que le premier?
A bientôt te lire...
AB

Sergio a dit…

Toujours à propos de Gainsbourg, votre prise de tête de chou me fait penser à art mineur/art majeur sur cette relation musique et sport. On peut toujours établir des passerelles, l'important c'est que ça swingue et se faire plaisir dans la pratique de l'un ou de l'autre ou des 2. A propos de Nougaro, on peut faire du jazz, et la java au rugby de manière mineure ou majeure... ?? Il y a ce côté festif entre les 2. C'est juste histoire de badiner sur l'association. Honnegger a bien associé "rugby" à une symphonie.

a a dit…

Cela me paraît une excellente synthèse.
AB

André Boeuf a dit…

Pour parler de mes autres racines, après les catalanes du côté de ma mère, je viens de lire l'article du "Monde" à propos du club de Vannes.
"Quand l'extrême droite identitaire bretonne en pince pour l'ovale".
Étant breton, du côté de mon père, donc, cet aspect du monde d'aujourd'hui et du rugby actuel me touche particulièrement. Il y a de quoi dire, me semble-t-il, à ce propos...Pour l'instant les bras m'en tombent et un vide sidéral m'envahit!
A bientôt.
AB

André Boeuf a dit…

Et, pour revenir à la question de Ritchie sur Arthur Honegger, que je connais donc peu ou pas, je lui proposerais une sorte de pendant dans le domaine de la peinture et dont j'ai un tableau (une reproduction offerte par mon père -rassurez-vous- qui connaissait bien sûr mes goûts sportifs et qui était un bon peintre amateur)sur le Rugby, d'André Lhote. Toile de 1917, période identique de celle d'A.Honegger. Ils se connaissaient d'ailleurs très bien si j'en crois Charlotte Perriand, qui en parle dans son bouquin sur Le Corbusier, en particulier et toutes les personnalités de cette époque dans "Une vie de création". Voila; c'est tout.
AB

Anonyme a dit…

Bien sûr qu'on peut établir des passerelles, seulement voilà, moi je n'en ressens pas (par exemple, le morceau symphonique "Rugby" d'Honegger, ça n'éveille pour moi aucune connection avec l'ovale; pour la petite histoire, Honegger hésitait au début entre "Football" et "Rugby": c'est dire si le rapport avec l'ovale est donc tout relatif...).

Pour (tenter de) répondre à André, ce n'est pas une séparation volontaire de genres; ce sont juste deux choses différentes pour moi. Un joueur de rugby n'entre pas sur un terrain avec l'envie ou la nécessité de créer quelque chose, et quelque chose d'artistique, comme un musicien n'entre pas en scène dans un esprit de confrontation, et de confrontation où il faut physiquement "engager la viande", comme disaient avant les alpinistes.
Après, la réalité est bien sûr nuancée; il y a bien un esprit de compétition en musique (l'histoire du jazz en donne plein d'exemples, y compris physiques -et ouais, souffler dans un biniou, certains soirs c'est un vrai combat !-), et la dimension artistique que peut prendre le rugby est évidente par moments (de plus en plus fugaces, les moments...). C'est ce que je voulais dire précédemment en faisant le distingo entre artistique et esthétique.
Mais pour moi la différence se fait dans l'intention, soit ce qui fait la nature de l'Art (avec un grand A pour reprendre André); c'est l'anecdote (véridique ou inventée peu importe) du père d'un petit garçon qui dit à Picasso devant un de ses tableaux: "Mon fils en fait autant", et Picasso de répondre: "Peut-être, mais moi je sais pourquoi je le fais; pas lui".

André évoque la tauromachie, c'est toujours l'exemple-même du mélange.
Pour moi c'est quelque chose en soi, l'expression d'une culture (C'est la raison pour laquelle le dialogue entre aficionados et anti-corridas restera toujours un dialogue de sourds, un peu comme un croyant qui cherche à convertir un athée).
Le lien avec le rugby est sympathique, les deux mondes du taureau et de l'ovale ont des valeurs culturelles communes et d'abord géographiques (sans les exagérer: un éleveur de taureaux de Salamanque ou un aficionado de Ronda n'aura a priori aucune affinité culturelle avec le rugby). Mais ce qui fait lien, pour moi, c'est la nature physique de l'engagement. En tauromachie c'est de l'ordre de l'essence: la beauté du spectacle, la dimension artistique sera d'autant plus intense et ressentie que le risque sera grand face à la bête.
Le rugby s'approche de cela, mais reste un sport: on ne mesure pas la dimension artistique du jeu à l'aune du risque de blessure des joueurs. En tauromachie la mort est partie prenante, quel que soit le taureau à chaque course le torero joue sa vie. En rugby ça ne va pas jusque-là mais en entrant sur le terrain chaque joueur sait qu'il va falloir s'engager physiquement, dans l'affrontement et dans l'effort.

Pipiou a dit…

Pour ce qui est du Sport et de l'Entreprise, je n'y vois aucune opposition: on ne parle pas de la même chose. L'Entreprise entend le sport comme compétition (et développe tout un esprit (d'entreprise), un discours sur les valeurs du dépassement de soi, d'équipe, placardé sur la réalité de ce monde: aucune pitié, aucun ami, aucune solidarité, la réussite avant tout et à tout prix). D'où cette gestion de clubs professionnels comme entreprises, où tout est mis en place pour optimiser et réussir. Le temps se resserre, la pression est d'autant plus forte, l'échec n'est pas envisageable.

Tout ceci n'a rien à voir avec le vrai sport, sa dimension gratuite et ludique. "l'important n'est pas de gagner, mais de participer". Dans notre monde actuel, cette gratuité, cette liberté n'a plus cours. Le tout premier reportage sportif sur les Jeux Paralympiques est clair: "l'"objectif" est de ramener plus de médailles qu'il y a 4 ans. On croirait un chef d'état-major déclinant un plan de bataille. Avec des athlètes (soldats ?) handicapés pour lesquels être là est déjà une victoire (mais une vraie, celle-là).
C'est ce qui me fait dire, pour en revenir au rugby, que finalement, le vrai jeu se vit de plus en plus dans les petits clubs de série où l'argent n'a pas encore (trop) perverti les âmes.
Et bientôt après l'avoir restreinte et encadrée, on nous interdira même cette liberté propre au sport...

(sinon, une remarque: il y a des mots plus hauts que je ne vois pas ce qu'ils font là: "polémiquer", prise de tête", etc...
mais on fait comme en relations internationales, des pourparlers, des trucs sans décisions ni conséquences, juste ... pour parler. Des fois qu'on se prenne au sérieux. Enfin, manque juste que la bière...)

Unknown a dit…

Pour une fois, Honegger avancé avec toi.

Unknown a dit…

Au risque de déplaire à ses opposants, force est de constater une forme de proximité entre la corrida et le rugby. Proximité pas seulement géographique (encore que le sud de l’Espagne se prête assez peu à l’exercice ovale), mais également sémantique. Cette proximité fut illustrée par la mairie de Béziers à l’occasion de la feria 2009, sur une affiche présentant un Chabal doté d’une tête de taureau. Affiche qui – au passage – dut être retirée à la suite du refus dudit rugbyman de se voir son image utilisée pour un événement prêtant à polémique.

Pour dresser un parallèle précis et circonstancié entre les deux formes de jeu, dont l’un est mortel et l’autre seulement d’un point de vue symbolique, il faudrait un spécialiste comme le journaliste Christian Montaignac -auteur d’une chronique éclairante sur la question dans un numéro du magasine « Attitude Rugby ». Pour autant, il peut être possible de donner quelques exemples significatifs de cette convergence.

Dans l’un et l’autre cas, il est question de brutalité et de grâce, de combat et de danse, de contact et d’évitement. Le champ clos de l’arène ou du stade, ses habitués appuyés sur la barrera ou la main courante, assis dans les loges ou les palcos, constituent le cadre de l’affrontement. Le long de la touche, dans un périmètre réservé, les entraîneurs et les soigneurs exhortent leurs joueurs, leur tendent de l’eau ou une serviette pour éponger la sueur qui perle sur leur front, tout comme le font les peons dans l’abri du callejon.

L’arène comme le terrain de rugby sont essentiellement réservés aux acteurs eux-mêmes, le torero et le toro, les joueurs. Des arbitres, les Alguazils, sont là pour assurer le respect des règles, normes séculaires dont les premières formalisations émergèrent à partir du début du 19ème siècle.

Comme la corrida, le rugby revendique des spécificités d’ordre culturel, un ensemble de valeurs propres et partagées entre des « aficionados » qui se reconnaissent comme formant une communauté spécifique, possédant un vocabulaire et une compréhension des règles que n’ont pas les simples spectateurs (les « toristos »).

Mais ce qui frappe surtout, c’est la similitude de certaines gestuelles, où il est question de tromper la vigilance de l’adversaire, de le pousser vers une fausse piste, par une feinte ou un déplacement idoine. L’immobilité du toreros au moment de la passe rappelle l’attitude d’un André Boniface offrant le ballon à son partenaire, comme le terme « aller à la corne » évoque le courage du joueur qui affronte la défense de l’équipe adverse.

On terminera cette courte et bien incomplète présentation par une conclusion quelque peu ironique. On relève que bien souvent la comparaison entre corrida et rugby repose sur l’idée d’une opposition entre l’attaquant, assimilé au torero, et le défenseur, taureau prompt à lui faire mordre la poussière de l’arène. Désormais, le rugby moderne tend à transformer l’attaquant en un cornu pratiquant le rentre dedans, tête baissée et bave aux lèvres. Loin des naturelles et des véroniques. Chabal et sa tête de taureau...

Sergio a dit…

C'est juste histoire de faire des associations d'idées, pour le plaisir. Pas des comparaisons ou aller chercher un dénominateur commun.

Sergio a dit…

Sinon André, Vannes/Breiz info c'est donc pas comme les rillettes Bordeau Chesnel : "on n'a pas les mêmes valeurs" ??

Ritchie a dit…

En 1983, j'avais rencontre Roger Montané, chef de file du groupe 109 qui exposait au Grand Palais sur le thème "art et sport", début de ma réflexion sur l'art et le rugby, coeur de mon premier livre "rugby au centre". Lhote, oui, bien sur, Delaunay, et toute la lignée magnifique. On pourrait évoquer cette fusion ovale et peinture pendant des heures. J'apprécie vos interventions.
Honegger, une piste à écouter. Rugby évoque ce que l'on veut. Quant à l'avoir imaginé football, c'est par l'appelation football rugby de l'époque.
Pour finir avec le jazz et le rebond ovale, le lien, pour moi, pianiste de jazz, c'est l'improvisation. Un thème et une adaptation. L'intelligence situationnelle dans la mélodie, l'harmonie et le rythme mêlés (j'ai pas fait exprès). Improviser au plus chaud de l'action, de la vibration, du feeling.
De la liberté, en somme. Juan Martin Hernandez, dirait Dambielle.

André Boeuf a dit…

Quittant Léo Ferré et sa "Vie d'Artiste", je bascule à nouveau vers Alex Dutilh et "Open Jazz".
Je reprends par la même le fil de la conversation abandonnée pour une petite oxygénation cycliste.
Tout d'abord dire, immédiatement, mon plaisir -et le grand intérêt- dans la lecture passionnante des textes ci-dessus, de Sergio, Antoine, Pipiou et l'"Anonyme" qui me semble être ce dit Pipiou ayant oublié de signer...(?).
Entièrement d'accord également sur le mauvais emploi, comment dire, le manque de classe, disons l'incongruité de ces deux termes de "polémique" et "prise de tête", forts mal venus, effectivement. Et, pour reprendre le dernier terme significatif de cette remarque, celui de bière, je dois dire que je pars au pub de mon village dans la demi-heure qui suit afin d'étancher une soif sinon inextinguible, du moins indéniablement puissante. Donc, je me dois de synthétiser.
De l'ensemble, ressort:
1-L'esprit de compétition dans le Sport et dans l'Art...
2-Le Sport et l'Entreprise..Leur relation possible et, en fait, certaine.
3-De mon côté, un des maitres de la Tauromachie, du Jazz et de l'ensemble des deux, me semble être, au-delà de Christian Montaignac, plus journaliste disons sportif, Francis Marmande.
4-En filigrane, sinon plus, toute ces relations, ces ponts, ces passerelles entre le Sud-ouest, le Rugby, le Jazz,un Art de vivre, une culture, la Tauromachie etc. en regard avec la première ville d'accueil, Le Havre. Et puis, Paris, un peu Nantes, et puis une véritable explosion, une quasi symbiose entre ce jeu et le sud-ouest. Qu'en penser? Que penser de ce retour à Vannes et ses effets secondaires?
Pour le -1-, la réponse d'"Anonyme" me convient bien. Évidemment, j'aimerais développer un peu , mais pas le temps...voir ci-dessus!
Pour le -2-, idem avec la réponse de Pipiou; mais là, j'y reviendrais certainement un peu plus tard. Une vie de sport depuis mes premiers pas et 25 ans d'usine -entre autre- doivent me permettre d'établir une certaine réflexion.

Je stoppe là en notant la relation amusante existant entre les deux sites voguant de concert, souvent en parallèle, se croisant de temps en temps qui sont "Comme fou", ici présent à ma gauche et "Côté ouvert" dans le coin droit, comme dans un ring de boxe! Quelques ponts entre la boxe, Nougaro, la Tauromachie et le Rugby?
Pour ma part, et pour "x" raisons dont la principale est mon incapacité à m'y inscrire -mais, au fond, je n'en éprouve pas réellement le besoin, pour les autres causes du "x"- je ne participe plus à ce côté ouvert, retrouvant souvent et finalement les mêmes thèmes et les mêmes "clients"? Ce qui veux dire, quand même, que je lis attentivement les débats. Bref, il me semble qu'une réflexion sur ces deux sites serait intéressante et amusante.
A bientôt vous lire...Je suis sec...A boire!
Avec toutes mes amitiés...Bonne soirée.
AB

Pipiou a dit…

Ouais, le premier anonyme c'est bien moi, j'ai dû me planter.
Un peu abscons d'ailleurs, j'en ai peur (désolé Antoine...).
Pour un type qui rappelle souvent le plus célèbre alexandrin de Boileau, ça la fout mal...
Ferai des efforts, promis.

Gariguette a dit…

Bonsoir, bien d'accord avec toi Ritchie sur l'impro ; il me semble que souvent les gens confondent l'improvisation avec une sorte de folie douce alors qu'il faut être particulièrement pointu, entraîné et aguerri pour se permettre toutes ces libertés . Grande structure mentale d'abord - en rugby avoir des fondamentaux d'acier - en jazz jouer, jouer, jouer ... et en même temps garder un esprit libre et ouvert à tout .
Etre intellijouant quoi !
Bref rigueur et fantaisie dans le même bonhomme . Pour la tauromachie et le rugby je dirais simplement que nos boeufs des stades ont sans doute oublié qu'ils furent taureaux un jour, et que pour certains - je ne donnerai pas de noms par charité chrétienne - pour certains je me demande s'ils ne sont pas un peu restés des veaux .

Sergio a dit…

Sport/art, rugby/jazz,peinture,... tu l'as dis André, c'est une "oxygénation" de l'esprit. Pour ta langue de veau sèche, on peut faire pisser la vigne. C'est aussi un "art" de tirer la quintessence de la vigne. Et je ne parlerai pas de l'alexandrin de Boileau...

Ritchie a dit…

"Intellijouant", Sylvie-Gariguette, c'est tout à fait ça.
André, Côté Ouvert et Comme Fou, tu as raison, pas tout à fait la même chose ;-), quelques ponts mais pas trop ni tellement.
Des amis communs.
Pour moi, deux pôles pour une même Terre.