jeudi 31 mai 2018

5. La Boétie remet en jeu

Christian Goumondie, Laurent Travers et donc Etienne de La Boétie. Voilà pour les gloires locales de Sarlat. Eduqué à Orléans pour le droit, La Boétie fut entraîné vers la philosophie, l'histoire et la poésie, avant de se lier à Michel de Montaigne. Il arbitrera ensuite l'affrontement en catholiques et protestants, mais sans jamais publier de compte-rendu. C'est Montaigne qui s'y attèlera par amitié.

Le Discours de la servitude volontaire, rédigé entre 1546 et 1548, puis livré en 1554 sur une soixantaine de feuillets, sera abondamment repris dès 1570. Des extraits circulent, diffusés par des éditeurs anonymes : la période troublée par les querelles religieuses incite à la prudence. Après le massacre de la Saint-Barthélemy, le texte est imprimé dans son entier au Pays-Bas et de là prendra son essor.

Le Discours alimente encore et toujours notre réflexion. Qu'est-ce que le pouvoir ? Comment parvient-il à s'installer et à demeurer ? Penseur de l'oppression, La Boétie se demande ce qui pousse un peuple à entrer volontairement en servitude, à se laisser dominer, abuser, tyranniser. Pourquoi souffrons-nous sous le poids d'un seul sans chercher à nous en libérer ? Et pourquoi l'homme providentiel déclenche-t-il une telle fascination sur les masses ?

Après Weber, Borel, Gouges et Thoreau, La Boétie prolonge sur Comme Fou notre visite au cœur du Dictionnaire des penseurs, co-écrit avec Christophe Schaeffer, et qui sortira dans toutes les bonnes librairies le 14 juin. Au moment où la Coupe du monde de football remplira les esprits et que les écrans de publicité entre deux buts profiteront de ce temps de cerveau disponible. La ruse des tyrans consiste, écrit La Boétie, à "abêtir".

Le sport, jeu du cirque moderne, est une des trois clefs de cette servitude volontaire. L'étymologie du mot "jeu" remonte à la Lydie, ville conquise par Cyrus. Au lieu d'y installer une garnison pour maintenir cette conquête, le tyran fit établir "des tavernes et des jeux publics. Les pauvres et misérables gens s'amusèrent à inventer toutes sortes de jeux, si bien que les Latins en ont tiré leur mot, et ce que nous appelons passe-temps, ils l'appellent "ludi", comme s'ils voulaient dire Lydi", devenu ludus, ludique...

"Les jeux, les spectacles, les gladiateurs, les médailles et autres drogueries, c'étaient aux peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie", constate La Boétie. Avant la finale de Top 14 dans l'arène de Saint-Denis, affrontement de mastodontes en prime-time, voici bien le miroir de notre société du spectacle, sous toutes ses formes.

9 commentaires:

André Boeuf a dit…

C'est qui, "Bénédictin et Camomille, deux Clodoaldien célestes"?...Dans écrit précédent.
Étant en retard d'ordinateur et, donc, de lectures, je tape un peu en vrac et tombe sur ces formules amusantes et sensibles pour ma part, vieux Clodoaldien moi-même...

Ritchie a dit…

Demande à Benoît. ..

zarma a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Ritchie a dit…

Mon cher Zarma, heureusement que tu es là, c'est vrai Joinel. J'ajoute. Merci.
Quant aux penseurs, ils ne sont pas tous philosophes, loin s'en faut... Tu découvriras ça bientôt...

Ritchie a dit…

Mais en y réfléchissant une deuxième fois, Joinel non car il ne vit pas à Sarlat et tout le monde l'identifie à Brive. Alors que Travers, pour avoir été champion à Brive, réside à Sarlat. Et mes amis sarladais, qui ne mangent pas que des pommes de terre, m'ont spontanément parlé de ces trois-là. Sans jamais mentionner Joinel. Alors...

André Boeuf a dit…

Il est vrai que c'est un grand plaisir de relire Zarma. Même si, parfois...

Pipiou a dit…

Comment ça, "parfois" ?
Toujours !!



(mais pour paraphraser WC Fields, quelqu'un qui cite une vidéo YT d'Art Pepper ne peut être mauvais...)

zarma a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
zarma a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.