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lundi 12 mars 2018

En bout de ligne

Je n'arrive pas encore à me faire à cette idée. Pas de vous avoir abandonné depuis le début de l'année, non, mais que Flair-Play se retrouve sur une voie sans issue. Flair-Play est né d'échanges informels lors de déjeuners Au Bistrot d'Henri en comité choisi par Gilles du Bure, Etienne de La Boétie et Michel de Montaigne, parce que c'était nous, parce que c'était lui. Elle a germé, cette idée, dans l'esprit de Christophe, notre neuf hédonique ainsi surnommé par Benoit. Et voilà qu'avec Sébastien, Antoine, Vincent, Léon et Nemer s'est formée la fine équipe.

Flair-Play avait un ton à lui, différent, décalé. Intercalé, même, en bout de ligne.  Il devait d'ailleurs entrer à l'heure de jeu. Mais voilà la fin de la partie a été sifflée. Trop tôt. C'est toujours trop tôt quand s'éloigne un rêve qu'on aimerait prolonger, suivre, accompagner. Flair-Play et donc Intercalé proposaient au rugby une autre façon de l'écrire. Il y avait de l'altérité à chaque page, à chaque passe, une regard imprimé tourné vers l'Autre pour embrasser tout le rugby, toutes les pratiques, tous les horizons, y compris et surtout ceux que nous n'avions pas encore eu le temps d'explorer.

C'est pour cela qu'il était indispensable que cette belle équipée continue d'avancer. Mais le trésorier n'a pas pu offrir un nouveau jeu de maillot. L'équipe est rentrée chez elle. Enfin pas tout à fait. On va se retrouver. Comme au début de la partie. Ensemble. Pour partager de nouveau autour de mets et de mots nos passions communes et celles, différentes, qui nous enrichissent chaque fois que nous prenons place à table. Nous allons continuer à intercaler dans nos existences ces tranches d'amitié à savourer.

dimanche 19 février 2017

Tout se transforme

Depuis quelques temps l'intérêt suscité par ce blog va clairement en périclitant. Après un très net regain à partir de septembre 2015, Coupe du monde oblige, nos échanges depuis quelques semaines se font de plus en plus rares. Il faut passer la nuit devant le Super Bowl, à trois, pour retrouver un peu de vitalité. En dehors de ça, nos commentaires sont presque abandonnés et notre lien, d'habitude si fort, est là distendu si j'en crois l'abandon de notre dernier Crazy Ruck faute de présents.

Il en va de ce blog comme de ce qui l'entoure. L'éloignement marqué est à la mesure de ce qu'il fut depuis le début, à savoir un groupe d'abord fortuit puis uni, souriant, drôle, iconoclaste, décalé. Neuf ans après, il s'essouffle, coincé dans le maelstrom de la vie, famille, travail, partie... Cette fin de match est sans doute à l'image du moment que nous vivons, désespérant. Trump et Le Pen, puants, copulent et nous n'aurons pas assez de temps ni d'énergie, je le crains, pour noyer leurs petits.

J'ai tendance à me refermer sur des valeurs sûres, cinéphiles très souvent, pour me sortir du quotidien gluant. J'ose à peine allumer la radio de peur d'y entendre le flux des conneries qui nous plongent dans le désarroi. Et que dire de la télévision ? Je l'ai retournée, de l'autre côté c'est passionnant... Vers quoi aller ? Savourer un opéra, (re)dévorer un classique... Ecrire, penser. Ecouter ce qu'Edgar Morin a à dire, aussi. Et son alter ego Cynthia Fleury. Qui nous invite place de la République à manifester contre la corruption.

Morin et Fleury vraiment me ré-enchantent. Leur lucidité, leurs efforts pour nous sortir de l'ornière intellectuelle et sensitive dans laquelle nous jettent des petits esprits étriqués et malsains comme par exemple Finquellecrotte et BHL devient un élan vital. Ce n'est pas toujours joyeux mais ça participe d'une redistribution de la pensée à l'heure où on voudrait nous faire avancer les yeux bandés.

J'avais imaginé Comme Fou tel une oasis dans un remugle, un fil tendu au-dessus des remous, une main tendue dans la foule des dos tournés. C'est bien ce qu'il a été pendant neuf ans. Je vois, désormais, que nos doigts, ceux d'Antoine, de Nemer, de Seb, de Vincent, de Christophe, de Léon, les miens aussi, se retrouvent et se croisent comme une passe des Boniface autour, pour et dans un projet éditorial, Flair Play, devenu notre nouvel épicentre ovale, et j'en suis ravi. En attendant le deuxième numéro avec impatience.

Sans tristesse, toute histoire à une fin et il me semble que celle de ce blog arrive maintenant à grands pas. Voici venir son épilogue, sa conclusion, sa coda. Il va me falloir prendre une décision pour éviter, sans doute, de faire la saison de trop. Quel avenir pour Comme Fou ? De toute façon, comme en dit en rugby, en chimie et en philosophie, rien ne se perd, tout se transforme.

lundi 2 novembre 2015

World Press

C'est mon ami Carlos Martinez qui a retrouvé le document. La "sélection mondiale" de la presse, en 1991, qui allait être opposée quelques instant plus tard aux journalistes britanniques. Sur la pelouse des London Welsh, là où est né le rugby gallois moderne dans les années 1965. Vous reconnaîtrez sans problème Julien Schramm (accroupi, à gauche): il n'a pas changé. Paolo Ricci-Bitti, le meilleur spécialiste ovale italien, est à ses côtés. Ainsi que Fabrizio Zupo, son confrère.

Un peu plus loin Ritchie, quand aller chez le coiffeur avait encore pour moi du sens. Et à l'extrême droite, Ian Borthwick, le plus fameux journaliste néo-zélandais de France, aujourd'hui au Racing 92. Debout, Pablo Mamone (derrière Schramm), Daniele Resini, Maurizo Bocconcelli, et à l'autre bout Chris Thau, ancien de Midol et aujourd'hui consultant média et historien pour la World Rugby.

L'équipe (nous étions seize, avec un avant remplaçant) était donc composée à la hâte de trois Japonais, deux Argentins, cinq Italiens, deux Français, un Néo-Zélandais, un Suisse, un Belge et un Roumain. Comme préparation tactique, quelques passes vrillées et beaucoup de fou-rires.

Nous étions arbitrés par l'Ecossais Jim Fleming, arbitre international, qui finit par mettre en rage Julien Schramm tant ses décisions semblaient iniques. Il me semble qu'on a perdu ce match de peu, face à Stephen Jones (le chroniqueur, pas l'ouvreur), Mike Cleary, Eddie Butler, Nick Cain et leurs collègues. Renforcés par quelques ouvriers du livre recrutés dans les meilleures imprimeries pour remuer le plomb...

Ce jour-là, Julien me sauva d'une fracture des côtes qui s'annonçait - nous étions à deux semaines de la finale - en bousculant sans ballon Stephen Jones lancé sur quinze mètres pour me fracasser en travers au sortir d'une touche de laquelle, m'assurera Julien, il était parti hors-jeu. Borthwick, Zupo Thau... Nous nous sommes revus à Twickenham vingt-quatre ans plus tard. Avec moins de cheveux et davantage de kilos. Sauf Borthwick. L'âge n'a pas de prise sur le kiwi.

mercredi 16 septembre 2015

Trendy, la vie

La vérité vraie. Nue. Dégueulasse, comme le temps sur Brighton. Mais au lieu de parler de rugby, il faut que je le confesse : je reviens à l'origine de ma formation. 1975. J'ai seize ans. Le droit de voyager. Alors avec mon pote Joël (Ferron, un super bassiste de blues désormais. Allez sur You Tube. Awek. Il est resté fidèle à Fender), nous embarquons dans le camion de son oncle direction Dieppe pour décharger des bananes, prix de notre voyage en cabine. Puis c'est le ferry pour Newhaven. On boit du whisky à bord, il fait froid, la traversée brasse. Jojo vomit. On débarque en Angleterre, pays des Stones (je ne suis pas du tout Beatles) et surtout du prog rock (King Crimson, Yes, Soft Machine, Caravan). C'est ce qu'on joue avec Jojo, Freddy (guitare, chant) et Eric (batterie), mes copains d'enfance. Notre groupe ? Anonyme. Newhaven-Brighton en bus. Des golfs à droite, des falaises à gauche et devant-derrière des maisons en brique rouge, tristes, basses. L'Angleterre quoi ! Arrivée Brighton, sa jetée, ses lumières, ses pubs. Mais on n'a pas le droit d'y entrer. Un billet de train pour Londres et l'éveil. Toute la gamme. "La cousine à Jo" nous a laissé un coin de son minuscule salon. Elle nous sort de nos sacs de couchage à sept heures chaque matin avec ses arpèges. Normal, elle est chanteuse classique à l'Opéra. On savoure.
Retour à Brighton, donc. C'est écrit. Mektoub. Je me revois quarante ans plus tôt. A quoi pensais-je alors ? Au plaisir du jour, les yeux grands ouverts. Attentif aux sons, aux lumières, aux regards croisés. Je ne voyais pas l'avenir. Juste savourais le présent. Quarante ans. La moitié d'une vie. Remplie de rugby pour une partie. Aujourd'hui, ce sont mes filles Lucile, Jade et Mina qui partent se découvrir en visitant le monde. Espagne (c'était fumant), Irlande (sévère), Népal (c'était tremblant)... Alors le froid, la pluie? Putain, Ritchie, qu'est-ce que c'est trendy !...

lundi 10 octobre 2011

Plein centre

Le centre, c'est le reseau faible réception du quinze de France. Parra-Mermoz-Rougerie. Pas vraiment passoire mais pour la densité, on a connu plus épais. Le centre, ce pourrait être demain, jour de compo - attention on ramasse les copies dans cinq minutes, corrigez-vous : Trinh-Duc, Mermoz, Marty. Face aux Gallois de Jamie Roberts.
Le centre, aujourd'hui, voilà où sont logés les Bleus. Crowne Plaza, batiment blanc tout en hauteur, couronné d'un chapeau pointu gris. Au pied de la Sky Tower, d'où Ritchie, etc, etc... Ciel gris, averses éparses, glissement continu des voitures sur le macadam. Une métropole, quoi !
Vu depuis le balcon de ma chambre d'hôtel. Dix minutes de marche lente. Une autre Coupe du monde démarre. Elle va durer deux semaines. Il fallait garder de l'influx pour le 'money time'. Let's the good time roll...

lundi 3 octobre 2011

Qualifiés en car

C'est déjà ça ! Ne râlez pas ! Une place dans le car, avec deux défaites au compteur bleu, c'est inespéré. Et en plus dans le bon tableau de bord, celui du nord, avec l'Angleterre, l'Irlande et le Pays de Galles. Un ticket pour la finale, c'est possible. Ca n'a jamais été aussi facile. Y'a que des nations du Tournoi, des qu'on sait vaincre. De temps en temps. Et en plus il n'y a pas l'Italie, notre dernier bourreau. Le destin est avec nous. Alors j'en ai profité pour décorer le car, à mon nom. Avec tout ce que j'ai fait pour cette équipe, les critiques constructives, les billets d'humour, les idées de composition, les questions à la con en conférence de presse, je me devais bien de figurer quelque part, non ?

mardi 27 septembre 2011

Nature morte

Un arbre nu déposé sur la plage de Napier, comme une pensée dépouillée au soir de l'annonce de l'équipe bleue qui affrontera le Tonga. Quatre saisons pour finir ainsi devant le vide. Et je lis une cohorte d'abrutis qui me reproche d'avoir ouvert ma gueule en conf de presse. Il faudrait en plus laisser Saint-Marc lessivé en paix ? Et puis quoi encore... Morgan Parra demi d'ouverture titulaire du Quinze de France... Je rêve. J'apprécie l'homme. Le joueur aussi. Mais derrière la mêlée. Ecoutez bien : William Servat aurait été placé pilier gauche à l'entraînement. Si, si... Que Papé pourrait jouer troisième ligne aile, si besoin. C'est à ce poste qu'il évoluait à Givors. Saint-Marc a dû louper l'épisode, sinon il nous en aurait parlé. Traille qui devait évoluer arrière, centre ou ouvreur, ne va plus disputer un seul match d'ici le retour en France. Estebanez, providentiel avant de partir, fait banquette depuis. Médard, neuf sélections à l'arrière, revient en force, patron du fond de terrain. L'ailier Rougerie n'a pas convaincu au centre durant ce Mondial mais le coach, père sévère, persévère. Il y a un écho, ou c'est moi ?

mardi 20 septembre 2011

Tigres de Napier

J'ai finalement fini par trouver les Tigres de Napier dont parlait Antoine. En allant me balader vers le bord de mer. Napier, ville Art Déco, de stuc et de pastel; ville reconstruite pour oublier le plus terrible tremblement de terre de l'histoire de ce pays; station balnéaire d'un autre siècle, surannée, craquante comme une grosse meringue. Pour recevoir le Canadiens et les Français, concerts, animations et expositions se sont multipliées. Napier est sortie de sa torpeur hivernale. Elle a invité des géants, Picamoles, Papé, Bonnaire, à venir jouer devant la mer, et je ne sais plus qui, du marionnettiste ou des immenses personnages de carton, mène la danse.

lundi 11 mai 2009

Le gros morçeau

Chacun (e) porte en lui (elle) un morçeau de vie. De la musique, quoi ! Une plage de vinyl qui a changé sa vie dès l'écoute, le refrain qui l'accompagne. Moi c'est "Smoke on the water". Deep Purple. En 1973. Je suis en classe de cinquième. L'album "Machine Head" vient de sortir. Un de mes potes nous le fait écouter sur un Teppaz en salle de gym, au collège, durant la récréation. Révélation. Révolution. Economie de moyens (quatre accords), rythme lourd, puissant. Montée crescendo. A partir de ce moment, ma vie va changer. Je découvre le hard rock. Je vais monter mon groupe (piano, batterie, contrebasse, deux guitares accoustiques, un banjo) et organiser deux concerts au collège. Tous les copains veulent faire partie de l'aventure. C'est parti... Et vous ?