mercredi 25 octobre 2017

Choeur et héros

Il faudrait relire Nietzsche sans cesse. Personnellement, au calme en fin de journée, je plonge dans sa pensée. Et je m'endors l'esprit relevé. Actuellement, "Aurore" est mon livre de chevet. Cinq cent soixante quinze fragments. Leur qualité inégale m'importe peu. Au contraire, elle me sert. Ainsi je peux piocher et m'enrichir à la demande. Quelques lignes ou deux pages. Selon.

Je me suis arrêté à celui intitulé "Apprendre la solitude" qui évoque l'obligation qu'ont les "pauvres bougres dans les grandes cités (...) de dire (leur) mot à propos de tous les événements qui surviennent et il en survient toujours !" Nietzsche évoque dans ce propos précis le personnel politique de son époque. Mais on pourrait l'associer aux réseaux sociaux d'aujourd'hui, dont nous faisons partie, moi le premier et vous ensuite qui me lisez.

Internet soulève, je trouve, "beaucoup de bruit et de poussière" pour reprendre l'image du philologue, mais sans pour autant se croire - je place un bémol à la clé - le "char de l'histoire!" Cela dit, en chroniqueur, je guette moi aussi "le moment de placer (mon) mot", j'épie et perd ainsi "toute productivité". C'est ce que me dit Nietzsche. Je l'entends. Mais je réfute. J'ai au contraire l'impression très nette en écrivant d'affiner mes réflexions, de muscler ma pensée puisque je l'entraîne.

"Une page par jour" assurait debout Ernest Hemingway. Trimer sur trois phrases comme James Joyce. Marcher pour préparer sa pensée dans les pas de Philip Roth. A chacun sa méthode. Moi j'ai besoin de calme, de musique, avec la perspective de savourer ensuite un cigare. Nietzsche, lui, espère que "le profond silence de la maturation" viendra visiter celui qui veut faire oeuvre. Mais un problème se dressera s'il est trop absorbé par le bruit de dehors.

"L'événement du jour vous chasse devant lui comme paille au vent, alors que vous croyez chasser l'événement." Nous sommes donc de pauvres bougres. Et voici venir cette sublime conclusion qu'il nous faut accrocher au col de notre vêtement, une de ces phrases ciselées, formule lapidaire qui indique que nous avons affaire à un génie de la pensée.

"Lorsque l'on veut jouer un héros sur scène, on ne doit pas penser à faire le chœur, on ne doit même pas savoir comment faire le chœur."

50 commentaires:

André Boeuf a dit…

Et si le chœur est l'équipe elle-même? A rapprocher de ton petit exploit lu sur un autre style de c(h)oeur ...
De mon côté, après "Légendes d'Automne" et "Dalva", je suis sur "La Route du retour".
Plutôt pas mal, comme tu le sais bien, et même, extraordinaire pour "Dalva".
Par ailleurs, et parce que c'est un domaine et un homme qui m'intéressent, j'ai regardé, il y a quelques jours, un sujet sur Pierre Soulages. Tout m'a paru remarquable et j'ai failli partir sur le champ vers Rodez.
Ce qui m'a réellement frappé, c'est une phrase que, sans le savoir, il me tirait du crâne. C'était à propos de l'attente avant l'attaque d'une nouvelle toile. Il décrit les préparatifs, les rituels, comme des "fonctions contenantes" de Donald Winnicot, et il dit:
- "J'attends d'oser".

Ritchie a dit…

Commentaire très riche, André. Harrison, une sacrée référence. Léon et Benoît sont fans du grand Jim. J'aime aussi son style de vie. Genre allez tous vous faire voir je fais ce que je veux où je veux et comme je veux. Avec le même tee shirt pendant un mois...
Quant au musée Soulages j'avoue que c'est une de mes prochaines destinations. Et en plus j'ai de la famille à voir dans ce coins-là... Ce ne serait donc pas pardonnable.
Bon allez, je te laisse, j'ai un cigare à déguster, une pelouse à couper et une haie à tailler. Pas dans cet ordre-là...

André Boeuf a dit…

Toujours cette énergie....C'est bien.

zarma a dit…
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André Boeuf a dit…

Non, mais je vais le rechercher.

Michel Prieu a dit…

"Apprendre la solitude", et l'apprivoiser permet d'échapper à bien des turpitudes de ce monde qui a oublié bien de ses responsabilités.
Par nos égarements depuis bientôt 50 ans, c'est nous qui l'avons fait en oubliant en période de paix de nous réinventer.
Nous avons perdu le sens du mot amour (sans doute trop galvaudé) et c'est ce que nous dit Nietzsche: avant d'aimer les autres il faut apprendre à s'aimer soi-même.

zarma a dit…
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zarma a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Ritchie a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Ritchie a dit…

Soulages, ancien joueur de rugby.
Discussion en fin de journée avec un ami venu à l'improviste pendant que je dégustais un cigare du Costa Rica. Pas très riche en saveur, ce cigare, de marque Sevilla. Il évoquait le sens de l'existence, cet ami. Pas banal, juste un peu large mais bon.
D'abord savoir quel sens on donne à son existence, quand on a ce luxe. Répondre au pourquoi. Avant de voir le qui, quand, comment et où.
Ca parait con dit comme ça, mais il nous faut vraiment répondre au "pourquoi". Et régulièrement. Ensuite les choses deviennent plus simples. Ou pas.
Pourquoi ai-je le sentiment que seuls comptent pour moi - et de plus en plus - les êtres vraiment humains, je veux dire généreux, ouverts et empathiques ? Et disant cela, je m'aperçois qu'il y en a peu. Et que c'est toujours une joie de passer un moment avec eux.
Et qu'il y a donc autour de moi aussi beaucoup - parfois trop - d'êtres malheureux et donc atrabilaires, désagréables, fermés.
Et que plus j'avance en âge et moins j'ai envie de passer du temps avec la deuxième catégorie parce que je m'aperçois qu'ils me prennent de l'énergie, qui serait plus utile à autre chose.
Parfois, je me dis que je n'ai plus de temps à perdre.

zarma a dit…
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Ritchie a dit…

C'est assez abominable ces commentaires supprimés par des auteurs. Si c'est pour une rature ok mais enlever l'ensemble de la prose... Par quel souci ? Pour quelle raison ? Et ce qui ont un jour ou deux de retard, ils font comment ?
Cela dit je peux les remettre en ligne, mais bon c'est pas mon job non plus.

Ritchie a dit…

Au fait, quelqu'un a-t-il des nouvelles de Seb, Benoit, Le Tigre, Vincent et consorts ?

André Boeuf a dit…

Zarma, je viens de commander le livre de Roger Vailland , "Comment travaille Pierre Soulages?".
Par ailleurs, j'ai un ami, libraire -livres d'occasion- à Buis-les-Baronnies, Patrick Visser, ancien prof de philo et grand lecteur devant l'éternel...Malheureusement tu viens d'effacer ta demande à propos de P.Soulages... Je ne peux donc plus rien faire! Bizarre, cette manie de se présenter d'un côté, hop, et, de l'autre, de s'effacer, hop, comme si de rien n'était. Un coup, oui, je te vois, de l'autre, non, je ne suis plus là! Bref.
Pour Ritchie, ton intervention ci-dessus me semble être comme une réponse -ou un début- à mes questions posées je ne sais plus très bien où dernièrement.
J'ai relu le texte d'origine et relevé la formule "le char de l'histoire", soulevant des questions sur le but, le sens des choses et rejoignant à la fois W.Shakespeare et le communisme dont Roger Vailland à fait longtemps parti. Amusant toutes ces relations, connexions...
Une sorte de point commun à tout cela et un peu par facilité, je le reconnais, me semblerait être ce remarquable René Char.

André Boeuf a dit…

Je viens de lire le texte in "Procès à Soulages", Clarté n°43, mai 1962. Passionnante réflexion, entre autres, sur l'amateurisme et le professionnalisme et que l'on peut aisément transcrire sur l'activité rugbystique.
Et puis, dans la foulée, lu (vu) le rapport à la musique de P.Soulages, interviewé par Michel Field ("Le cercle de minuit" -20 octobre 1992- France 2).
Pour revenir au texte d'origine de Ritchie, durant l'activité de création de P.Soulages, solitude et silence! Pas de musique, pas de bruit de fond.

André Boeuf a dit…

"Un art sans présence, c'est de la décoration". Pierre Soulages.
A rapprocher de la musique sans écoute, c'est du bruit de fond.

Ritchie a dit…

Effectivement, André, effectivement. De l'art d'ascenseur.

Gariguette a dit…

"de l'art d'ascenseur" : pas tout à fait d'accord, Ritchie si tu as fréquenté les groupes planants des années '70, tu dois connaître Brian Eno qui a défini le concept d'ambient music très minimaliste mais qui peut s'écouter soit de façon très réfléchie soit de façon distraite. Eno est un type qui tente - avec Robert Fripp notamment, John Cage aussi l'a inspiré dans ses "sculptures sonores" ...- donc pas vraiment musique d'ambiance, pas un bruit de fond non plus le plus connu c'est "music for airports" ici : https://www.youtube.com/watch?v=vNwYtllyt3Q
Curieux raisonnement Richard : à te lire on a l'impression que les gens malheureux manquent d'humanité ! Peut être est-ce précisément parce qu'ils sont vraiment humains qu'ils sont malheureux ; ça me serait pénible de penser que seul le bonheur engendrerait générosité et ouverture d'esprit . Et si c'était le contraire ?

André Boeuf a dit…

Pour être clair, je lis, j'écris,... la plupart du temps, accompagné de musique. Pas d’ascenseur, non. De musique choisie, sélectionnée, parfois sur une chaîne style France Musique selon les programmes, ou F.I.P., pour autre exemple. Pourquoi? Pour les mêmes que P.Soulages, c'est-à-dire d'obtenir une certaine solitude, une certaine concentration ou, mieux, une bonne attention. Ce bain musical pouvant devenir une sorte de liquide amniotique me préservant des bruits nocifs extérieurs, voire de calmer mes propres mouvements intérieurs parasites.
J'adhère parfaitement au fond de ce que dit Soulages, mais mes moyens, mes méthodes, mes chemins ne sont pas exactement les mêmes, bien évidemment. Et je ne pense pas réduire la musique qui passe à un bruit de fond. Je ne développerais pas plus ici.
Un exemple de mes titres favoris, un de ces accompagnements musicaux s'insinuant parfaitement dans tout mon être et le baignant délicatement comme un onguent presque céleste:
- "Private City" de John Surman.

Ritchie a dit…

Sylvie, les gens malheureux ne manquent pas d'humanité, personne ne manque d'humanité, chacun en détient sa part, ou tout, d'ailleurs. Mais c'est juste que les gens malheureux, c'est-à-dire pas heureux dans leur vie, ont tendance à être désagréables avec les autres parce que leur malheur est trop lourd à porter et au lieu de te demander de les aider à le porter ils te font chier ou t'agressent comme c'est pas permis.
Faut juste s'entendre par "malheureux".
Cela dit, il se peut que dans mon grand "malheur" tout relatif, je n'ai eu ces derniers temps que des expériences désagréables dans ce sens. Genre la tartine qui tombe du côté de la confiture. Ce qui n'est peut être pas le cas pour tout le monde.
J'ai souvent fait preuve de beaucoup d'empathie pour des personnes qui sont autour de moi et j'ai le sentiment de n'avoir pas reçu en retour beaucoup de gratitude.
Mais bon, je vais survivre ;-)
Quant à la musique d'ascenseur, c'est une formule, que l'on trouve parfaitement illustrée, avec humour, dans "Pulp Fiction" ou "Die Hard 1" sans que j'ai besoin de rajouter quoi que ce soit ;-)

Ritchie a dit…

André, en ce qui me concerne pour l'écriture, quand je n'en ai pas autour de moi (et pourtant elle fonctionne, la chaine stéréo, au moins une composition par jour), je l'ai dans ma tête...

Ritchie a dit…

Je voulais parler de musique, bien sûr...

Gariguette a dit…

C'est vrai que je lis et je travaille aussi en musique - Soulages m'épate entre autres raisons parce qu'il a ce besoin de silence absolu pour créer - Pour en revenir à bonheur / malheur - on ne parlait pas de la même chose en fait ... J'étais sur la notion abstraite alors que tu pensais manifestement à des personnes .... Moi ce qui me "gonfle" c'est davantage cet impératif ( catégorique ?) du bonheur obligatoire, cette injonction du "be happy" comme si quelqu'un pouvait désirer ne pas l'être ! Et sur un plan purement esthétique, je ne vois pas trop de grands créateurs inspirés par une vie heureuse ... Baudelaire, un homme heureux ? Même Big Jim pas non plus une vie follement exaltante .... La vie la plus poignante c'est celle de Jeff Healey et pourtant quelle grâce dans sa musique, quelle joie de vivre !
Allez pour finir une petite colle, devinez de qui sont ces lignes : "le fait d'être satisfait n'a rien du charme magique d'une bonne lutte contre le bonheur, rien du pittoresque d'un combat contre la tentation, ou d'une défaite fatale sous les coups de la passion ou du doute. Le bonheur n'est jamais grandiose."

Ritchie a dit…

Tu as raison sur bonheur et création. Mais le bonheur, pour moi, est un festin de miettes (je ne sais pas qui a écrit ça) et j'avoue en avoir plus que ma part pour m'en réjouir au contact de mes très proches et c'est tellement profond et puissant que s'en est parfois émouvant. Et que c'est bien cela qui me donne l'envie de partager. Mais pas avec ceux dont je sens la méchanceté et la jalousie pousser sur le terreau de leur propre malheur impossible à conjurer.

André Boeuf a dit…

Pour Zarma et sa recherche d'éventuels carnets sur les décors réalisés par Pierre Soulages pour la pièce de R.Vailland, "Héloïse et Abélard":
Librairie d'occasion de mon ami Patrick Visser:
14, Grande rue
26170 Buis-les-Baronnies
04.75.28.01.07

Sergio a dit…

Ritchie, Ta citation est de Jacques Faizant...
Le bonheur n’est pas un état. Le bonheur ce sont des moments. Des lieux. Des rencontres. Des partages. Des sourires. Des amours. Des plaisirs. Des joies. Des jouissances. Des beautés. Des gestes de bonté. Des miettes éparses.

Rien à voir avec le bohneur, quoi que... J'aime bien celle sur l'adultère :
"L'ADULTÈRE DEMANDE UNE TELLE LIBERTÉ D'ESPRIT, UN ÉGOÏSME SI CANDIDE ET UN MANQUE DE SCRUPULES SI TOTAL QU'IL NE PEUT RAISONNABLEMENT ÊTRE CONSEILLÉ QU'AUX CÉLIBATAIRES."

Michel Prieu a dit…

J'aime le calme pour écrire, il m'isole des bruits de fond trop souvent assourdissants. Sur le clavier les idées viennent pour ce que je veux illustrer; ce sont elles qui font leur musique triste ou heureuse pour en rire mais parfois pleurer.
J'ai fait tardivement l'expérience de l'instant présent pour devenir plus attentif à ce et ceux qui m'entourent. Je souscris volontiers à l'idée que le bonheur est seulement fait d'instants. Je sais seulement qu'y ayant goûté cela me pousse à chercher à retrouver le suivant. Optimiste je me suis trouvé, je me suis promis que je le resterai.
Je n'ai plus le temps de passer mon temps à redresser les situations bancales de ceux qui vous envahissent souvent mais j'ai su apprendre à pardonner. Cela m'a donné une meilleure définition de ma responsabilité. Je suis ce que je pense et ce que je peux exprimer, intègre pour être en paix.
L'important est de nettoyer en soi ce qui vous empêche de vous aimer, aller à la source des émotions qui vous ont blessé. S'aimer n'a rien d'égoïste, c'est avoir éliminé toutes les scories ce qui vous empêche de comprendre quelle est cette mission qui a vous a fait venir sur Terre. L'avoir trouvée et avec les temps la faire évoluer vous tient occupé, trouvé une sorte de paix.
La philosophie, l'art ou la technique... peut y conduire chacun mais surtout la curiosité d'esprit d'identifier les signes qui vous sont envoyés. Chacun est comme il est parce qu'il l'a décidé. Le négatif aura toujours des malheurs, le positif aura des chances de se tirer de bien des chausses-trappes que la vie lui tend. La vie est ainsi distribuée, les auteurs anciens et les plus modernes nous l'ont largement indiqué.
Une rencontre n'est jamais banale, un hasard heureux ou malencontreux. Il est une étape de votre vie, la négliger sans la remarquer c'est souvent à soi-même manquer de respect.

Gariguette a dit…

Moi j'aime le bruit ( et la fureur mais c'est un autre débat), celui des autres ne me gêne pas car ils sont la vie .Je pense que passer son temps à se contempler le nombril est une perte de temps : les autres et les interactions avec eux sont bien plus importants que mes pauvres petites préoccupations existentielles .Ca ne m'empêche pas d'ailleurs d'apprécier la solitude ou la réflexion . Il ne s'agit pas non plus pour moi de "redresser les situations bancales des autres" - et d'ailleurs quel orgueil de se penser en redresseur ! - non il s'agit de vivre AVEC et non pas A COTE . Une phrase comme celle-ci : "S'aimer n'a rien d'égoïste, c'est avoir éliminé toutes les scories ce qui vous empêche de comprendre quelle est cette mission qui a vous a fait venir sur Terre." me fait bondir et rugir .
Tu vois Michel parler de "redresser les autres" et "d'éliminer les scories" ça me semble dangereux philosophiquement parlant ... "Mission, signes" houlala pas non plus ma tasse de thé ... Négatif / positif c'est aussi bien tranché, je crois davantage au mélange des genres : tu peux passer d'un état à l'autre au cours d'une vie ou tout simplement au cours de la journée . Tu crois que tout est écrit et moi je pense qu'on peut tout changer, bref Michel nous sommes aux antipodes l'un de l'autre ! Deux façons d'être au monde mais il y en a bien d'autres encore ... Bonne journée .

Ritchie a dit…

Sylvie, je crois qu'il y a plein de gens qui sont aux antipodes les uns des autres. Et c'est ce que je trouve intéressant. Parce que derrière les mots, parfois maladroits des uns et des autres, mots qui blessent comme on se coupe le doigt en tranchant du pain, c'est-à-dire sans le vouloir, il y a une idée forte qui est le regard sur l'Autre, l'envie d'aller vers l'Autre, de l'aider en l'écoutant. C'est un peu l'esprit de Comme Fou. Faire que chacun soit à un moment au centre de l'attention du groupe, au cœur, je dirais.

Ritchie a dit…

Autre sujet : l'attente. Quand on donne beaucoup immanquablement on attend un peu en retour. Quand on est exigeant avec soi, inconsciemment on attend que les autres le soient avec eux-mêmes. Du coup, quand ça ne se produit pas on est déçus. Surtout, le pire, c'est quand l'Autre sent qu'il n'est pas à la hauteur de l'attente, de l'exigence. Souvent, il s'en va, s'éloigne, parfois avec fracas, ou alors silencieusement, en imaginant qu'on ne s'en apercevra pas, et se tait. Ne revient jamais. J'ai vécu ça plusieurs fois. J'ai beaucoup donné, investi, aidé et soudain, un déflagration. Comme si tout était oublié. Comme si quelques mots pouvaient tout effacer.

Ritchie a dit…

Celui qu'on croyait être un ami s'éloigne. J'ai vécu ça plusieurs fois. Au moins six fois. Il se fâche ou s'efface. Sans dire pourquoi. Sans explication. Sans prévenir. Soudain, ma présence, mes mots, mon regard lui pèsent trop. Il ne les supportent plus. Je traverse ça en ce moment. A chaque fois je me pose la même question. Qu'ai-je fait pour qu'un ami ne le soit plus ? Pourquoi n'ai-je pas d'explication franche, directe, les yeux dans les yeux, sans fard ?

Gariguette a dit…

Il faut relire Eric Blondeau et ce qu'il dit sur la confiance, si longue à faire naître et qui peut disparaître sur une attitude ou des mots maladroits . Même avec des amis très proches ça peut s'évanouir en un instant .
Il s'agit plus de réciprocité que d'attente ce que tu décris, et c'est là que je ne te suis pas vraiment, quand tu donnes ou que tu fais pour l'autre il ne faut rien en attendre . Parfois parce que celui que tu aides - ou crois aider- est dans l'incapacité de te rendre la pareille . Pas facile de reconnaître qu'on a eu besoin de quelqu'un, c'est un schéma assez classique ( "tu seras payé d'ingratitude " ... "cría cuervos y te sacarán los ojos » ...) Il faut donc soit choisir de faire sans espoir de réciprocité ou de reconnaissance soit t'accommoder de l'ingratitude des autres .
Quant à être aux antipodes les uns des autres ce n'est pas une révélation, un simple constat, ça ne me dérange pas plus que ça, c'est même assez réconfortant je trouve de pouvoir parler en toute quiétude ensemble alors que nous sommes si différents .
Je m'aperçois que tu es profondément touché par la perte de cet ami ; tu peux essayer de faire ( refaire en fait ) les premiers pas, moi c'est ce que je ferais surtout si c'est une personne à laquelle je tiens vraiment . J'en ai comme ça quelques uns - et unes - avec qui on se fâche et on se rabiboche ... Je crois que maintenant on en est à se fâcher pour le plaisir de la réconciliation .
Amitiés bien vives ( j'adore cette expression de Benoît que je pompe sans vergogne ! )

Ritchie a dit…
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Ritchie a dit…

Ah Sylvie, j'ai vite quitté le bureau pour me retrouver dans la tranquillité de la nuit à échanger avec toi. je savais que tu allais réagir et trouver les mots bons. Mon problème, finalement, n'est pas l'attente en retour mais le recherche de fusion. Et j'ai l'impression que beaucoup de ces "amis" soit disant se sont servis de moi pour aller quelque part et qu'une fois qu'ils y étaient ont voulu y rester seuls. D'autres n'ont pas aimé l'image que je leur renvoyais d'eux par un effet miroir, puisqu'on ne voit bien que dans le visage de l'autre. J'ai poussé trop avant une certaine éthique, à savoir donner sens aux écrits, mots échangés, actes, choix, sans jamais me complaire dans la surface des choses qui brille et rend floues les vraies formes.
Après tout, sont-ce de amis véritables au sens le plus profond et le plus riche du terme que ceux qui s'écartent et disparaissent à la première tension ? Pas certains. Ils ont créé des liens de passage, des associations consenties, des joies et des projets partagées. Mais rien qui ne puisse s'inscrire sur le long terme au delà des vicissitudes et des empêchements qu'on croit passagers et qui sont pour certains définitifs.
Alors je laisse désormais le temps faire son œuvre. Désormais et désarmé.
Parfois, je me demande : je dois baisser un peu mon niveau d'exigence, je dois mette en veilleuse mon éthique personnelle, sinon je vais me retrouver seul. Et puis je me dis que non, finalement...
J'aime m'endormir avec une page de Nietzsche en ce moment.
Celle-ci. 482. Choisir ses fréquentations.
"Est-ce trop demander que de vouloir fréquenter des êtres qui sont devenus doux, savoureux et nourrissants comme des châtaignes que l'on a, au bon moment, glissées dans le feu puis retirées de ce feu ?" Là, je pense à mon père qui adore les châtaignes du Périgord et n'a jamais lu Nietzsche. "Qui attendent peu de la vie et la reçoivent plutôt comme un présent que comme un mérite ? Qui sont trop fiers pour pouvoir se sentir jamais récompensés ? Et trop sérieux dans leur passion de connaissance et de loyauté pour avoir encore du temps et de la complaisance pour la gloire ?"
Bise

André Boeuf a dit…

Il est possible que l'on en revienne aux définitions premières.
Qu'est-ce qu'un ami, par exemple? Réellement, bien sûr. Pas un copain, une connaissance proche, un pote, un collègue...qui sont autre chose. De belles et bonnes choses, certainement, mais autre chose.
Je ressens dans les mots de Richard, puissamment, un texte dont il me semble nous avons déjà parlé ici; c'est celui de Stig Dagerman:
-"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier".
Texte magnifiquement dit par les Têtes Raides dans l'album "Banco".
Il y a une certaine atmosphère, au delà du texte, qui me fait associer ces deux témoignages(?) discours(?), réflexions(?), épanchements(?)....non, plutôt expressions profondes philosophiques et poétiques d'un état d'être au monde particulier et, me semble-t-il, assez proches l'un de l'autre.

Ritchie a dit…

Bien vu, André.

Gariguette a dit…

Déjà Ritchie laisse tomber - momentanément- Nietzsche ; tu es blessé et il n'est pas consolateur ou réparateur, plutôt du genre à mettre du sel sur les plaies et à exacerber les sentiments non ? ( quand je le lis ça me fait comme cette réplique de Woody Allen qui disait que lorsqu'il écoutait du Wagner il avait envie d'envahir la Pologne ... moi j'ai des instincts refoulés de grandeur qui refont surface, et pour le coup écouter la Walkyrie est bien en phase ... bref Nietzsche c'est quand même un type qui se prenait pour Dieu à la fin de sa vie donc méfiance !) Fais toi du bien avec des auteurs chaleureux et constructifs : Montaigne ou Bachelard par exemple . Des leçons de vie sans la démesure et l'outrance . Et puis sur l'amitié franchement Montaigne ... Ca c'est pour l'immédiat .
Pour plus tard quand tu auras un peu cicatrisé, réfléchis aussi à ce que dit André sur "un ami", tu ne peux pas agir sur les autres alors agis sur toi . J'ai remarqué l'an passé que tu cherchais à prendre du champ : attiré par Walden, l'idée d'une vie ou d'une retraite en solitaire dans une cabane au fond des bois ... C'est sans doute toi qui es en pleine mutation ... Bon je peux me tromper bien sûr mais tes lectures, les films que tu vois ( combien de fois nous as tu parlé de The Revenant ? pas un hasard non ? ) Tu deviens sans doute de plus en plus exigeant ou alors tu as évolué plus vite ou dans un sens différent de ton ami et cette symbiose qui vous caractérisait a disparu ( vous n'êtes plus synchronisés ) .Vous vous retrouverez peut être un jour sur autre chose . Ou pas . Mais entre temps plenty of fish in the ocean ...Explore !

Ritchie a dit…

Ah Sylvie... je vais t'écouter. Mais Nietzsche, c'est pas possible de l'abandonner. C'est un ami depuis que j'ai 16 ans .-)Et il est bien plus sympa que ce qu'on en dit. Après, pour Dieu, il dit "Dieu est mort" c'est à l'être de prendre toute sa place. Il dit aussi : "deviens ce que tu es", ce que je m'efforce de faire.
Un coin isolé, oui, j'y pensais, mais chez moi le mercredi et le jeudi, seul, c'est bien. Vert, calme. J'y écoute de la musique, j'en joue aussi, je lis, je fume un bon cigare. J'essaye de prendre du champ ah ah...
Sylvie, tu as trouvé le mot juste : "synchronisé". C'est exactement ça. Il arrive que des "amis" ne soient plus synchronisés, comme tu l'écris si justement avec talent et perspicacité.
Amitié vive, dirait Benoit

André Boeuf a dit…

J'aimerais, un jour, si possible, continuer cette passionnante discussion de vive voix.
Cet ami de 16 ans, ce certain Nietzsche, ne te déçois donc jamais? Tu y trouve en permanence et continuellement ce synchronisme dont parle Sylvie. Il ne dit donc rien qui te rebutes ou, en tout cas, il te permet de trouver en lui, à chaque occasion, un pan de quelque chose qui te correspond.
Il a dit: "Dieu est mort". Parfait. Ainsi on peut parfaitement se l'approprier-ce Dieu, quel qu’il soit- et lui faire dire ce que l'on désire entendre. Le faire correspondre à son propre état du moment dans une parfaite adéquation, une synchronisation idéale, une homogénéité sans faille. Sans contradiction aucune. Au gré de ses propres désirs, états, sentiments. Il toujours là, présent, répondant à toutes les questions, réconfortant.
J'ai un peu déliré...Mille excuses....Mais ce qui est écrit est dit.
André


Nietzsche est mort.

Ritchie a dit…

Alors vive Nietzsche ! C'est le principe.
Effectivement, je trouve chez cet ami, quand j'ai besoin de lui, les phrases qui comptent. Il ne m'apaise pas il me stimule, c'est différent. Et c'est pour ça que nous sommes amis depuis plus de quarante ans. Sans faille.
Il ne m'autorise pas de complaisance vis-à-vis de moi-même. C'est ça, un ami véritable.

André Boeuf a dit…

J'en ai, moi aussi, quelques uns. Et, quand tu parles de stimulation -ou plutôt d'un manque de celle-ci, d'un coup de l'"Homme au Marteau" comme le dessinait René Pellos- je peux me replonger dans Henri Miller qui me redonnera, à coup sûr, lui, un coup de fouet. D'ailleurs, dans "La route du retour", j'ai lu qu'il était, au moins deux fois, si je me souviens bien, cité par J.Harrison dans le chapitre sur "Nelse", je crois. Ça m'a fait grand plaisir, je dois le dire, et réconforté pour l'un et pour l'autre; ce dont ils n'ont évidemment pas besoin.

André Boeuf a dit…

Pour Zarma, et les autres par la même occasion, j'ai commandé à "Temps des Cerises" le petit ouvrage de R.Vailland, "Comment travaille Pierre Soulages", suivi du "Procès de Pierre Soulages". Tout petit livre d'une cinquantaine de pages et deux photos: la première étant la peinture décrite dans le travail du 27 mars 1961, la seconde de Roger Vailland lui-même, chez lui à Meillonnas, en 1963. Passionnant. D'autant plus, je trouve, qu'il compare le travail du peintre, de l'écrivain aussi, au travail des grands champions; ici, il parle de Michel Jazy. Et puis de la classe, de l'entrainement, de la forme, du style, du plaisir reçu et donné, des moments merveilleux, d'actions de "génie...
Il m'a fait penser au travail sur l'écriture dont nous avons déjà parlé ici, de Francis Ponge et en particulier dans sa "Rage de l'expression" que l'on pourrait comparer, par exemple et par pur hasard de ma pensée, à la rage de l'entraînement et de la perfection, au moins dans son rôle de butteur de J.Wilkinson.

André Boeuf a dit…

Pour Richard, et pour etc.,j'ai acheté, lors de mon séjour dans la Drôme, quelques livres à la bien connue et superbe librairie "Le Bleuet", à Banon -gloire à Giono- dont deux livres de Ruth Rendell sur les conseils de mon ami libraire au Buis, encore non lus, mais aussi, le livre de Paul Fournel "Besoin de vélo" et deux autres d'Eric Fottorino, "Petit éloge de la bicyclette" et "Petit éloge du Tour de France".
La première remarque, que je vais faire, brève, c'est que tous ces bouquins sont d'aujourd'hui, et sont merveilleux, et parlent parfaitement du vélo, et je m'y retrouve, et il me semble parfois les écrire moi-même, même si, finalement bien que racontant des choses similaires, j'en parlerais certainement différemment.
Ce que je veux dire, c'est que, alors que j'aie lu toute une kyrielle de bouquin sur le sujet, de Pierre Chany à d'illustres inconnus, simples cyclo, en passant par Antoine Blondin et jusqu'à un des derniers, Olivier Haralambon, et, ceux que je viens de nommer précédemment, je m'y retrouve et continue à apprécier pleinement le vélo: comme un peu hors du temps et de l'espace ou, plutôt, continuant à être parfaitement intégré dans ce temps et cet espace malgré toutes les modifications et évolutions du monde ainsi que celles propres à l'engin lui-même; disons ses progrès techniques.
Je me suis abreuvé d'une façon identique de la littérature rugbystique, de Mac Orlan à Pierre Conquet, en passant par Denis Lalanne, Garcia, Montaignac, Marcel Bordenave, Francis Marmande, même, et d'autres encore. Je n'en lis plus?!! Je pose donc la question à Richard, pourquoi? Et si ce pourquoi existe (j'ai quand même quelques pistes), quoi lire? Si, bien sûr, Jacky Adole m'a beaucoup plu; mais, si je devais résumer, il est un peu comme moi...Alors...?
La seconde petite note, pour Richard, concerne précisément Eric Fottorino. Je débute son "Petit éloge de la bicyclette" et constate qu'il est de Bordeaux de naissance, mais de La Rochelle pour la suite et son adolescence cycliste en tout cas. Le connais-tu? Autrement que journalistiquement parlant, je veux dire. Il parle de la côte du Calvaire de Nieul-sur-Mer, de ses deux côtés, d'un boucher d'Aytré chez qui il allait retirer des lots, et d'un magasin de sport de La Rochelle pour tout ce qui avait trait au matériel cycliste: Celui de J.Adole?

zarma a dit…
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André Boeuf a dit…

Je naissais...Sur le tard....Le 30 novembre! Comme Laurent Jalabert! Mais, lui, en 1968.

Ritchie a dit…

Nieul, Aytré... Je connais la côte mais pas le boucher...
Quant au magasin, ça m'étonnerait que ce soit celui de Jacky. Lui c'était plutôt rugby et jogging.
Pour le matériel cycliste, je me renseignerai.
A plus...

Ritchie a dit…

J'ai effectué pas mal de balade à vélo dans ce coin là (L'Houmeau, Nieul, Esnandes) et je n'ai pas le souvenir d'une côte plus particulièrement difficile.

Gariguette a dit…

Tiens lisez moi ça : « Nous décampâmes. Nous partîmes vers les horizons, avec une fièvre dont nous pensions que l’accumulation de kilomètres serait l’antidote alors qu’elle s’en révéla l’excitant. Mais le mouvement apaisait quand même quelque chose. Il atténuait notre mélancolie de n’avoir rien fait de nos vies, d’être né trop tard et d’avoir tout raté. Nous n’étions pas des lansquenets, nous avions manqué l’embarquement sur les galions pirates, nous ne rejoindrions jamais la forêt de Sherwood. Que restait-il ? Les mobs, mon pote. Nous avons alors roulé sur la Terre. En Inde, en Russie, en Finlande, au Bhoutan, en Mongolie et en Sibérie, en Chine, en Serbie, au Chili, en Asie centrale et au Népal, à Madagascar et en Asie du sud-est. »
Pas envie de lire la suite ? Le plus étonnant c'est le titre "En avant, calme et fou" je te promets Ritchie en lisant vite j'ai cru lire commefou ! ... Bon c'est de Sylvain Tesson ; again .

Ritchie a dit…

Not bad at all... Fous nous sommes

zarma a dit…
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