Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles

dimanche 2 avril 2023

Livre fontaine à débit modulé

A mi-chemin entre La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole pour la galerie de personnages picaresques et Le culte du banal de François Jost pour l'analyse - mais au vitriol, celle-ci - de l'art contemporain, ce livre détonne. Mais avant d'en parler, arrêtons-nous sur un pléonasme : l'art est contemporain ou n'est pas. Mieux, si l'oeuvre est d'art, elle dépasse obligatoirement son époque. Sinon c'est une copie, un acte sans création, indigne d’intérêt. Mais, d'un autre côté, si nous paraphrasons Marcel Duchamp, n'est-ce pas l'idée qui prime plutôt que l'objet ?

Dans son dernier ouvrage en date, mon frère Pierre, associé à son ami et complice Hubert, arrache l'écorce qui enveloppe cet univers replié sur lui-même, déchire les codes comme on se saoule dans les vernissages, campe des situations tour à tour drolatiques et pathétiques, parfois les deux en même temps. C'est féroce sans être méchant, et le lecteur perçoit rapidement tout ce qu'il y a de choses vues dans le récit qu'alimentent les auteurs de ce roman-pamphlet. Ils en connaissent un rayon ;  de bicyclette, façon Dada.

Au-delà de situations burlesques qui mériteraient d'être mises en scène par le Grand Magic Circus de Jérôme Savary ou bien filmées par Bertrand Tavernier, Dimensions variables nous parle en creux du rapport de l'artiste à son oeuvre, de l'impact que celle-ci a sur lui. Il inspecte aussi en sous-texte et parfois à gros traits la vacuité et l'authenticité, l'amitié et l'amour, l'exil et la solitude, l'inspiration et l'intuition.

En quatre temps, cette histoire chorale hilarante et caustique aborde avec légèreté de sérieux questionnements, et c'est tout à notre avantage. L'excès est salutaire mais n'exonère pas d'un retour en soi une fois reposé. Quel rapport avons-nous aux œuvres d'art ? Que faire des critiques ? Pour quoi et pour qui créer ? Et qu'en faire ? Sommes-nous seuls au monde, surtout quand nous sommes entourés ? Ne vaut-il pas mieux être mal accompagné que trop ?

Pas si étonnant, Dimensions variables, ce fut aussi une exposition conçue à Villeurbanne durant l'été 2012. Nul doute que les auteurs de cette diatribe comico-métaphysique y auront pensé au moment de crever les bulles de verbiage entortillé puisque, si j'en crois les commissaires de ce déploiement, "rendues à leur abstraction première, ces évaluations et spéculations sollicitent notre besoin de se projeter dans l'univers, d'interroger notre présence au monde, expérience rendue aujourd'hui plus que jamais nécessaire."

Ecrivain, poète, plasticien, éditeur, Pierre Escot a vu son travail de vidéaste exposé, en 2005, au Centre Pompidou. Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages, d'où émergent Planning (éditions PPT, 2007), Le Carnet Lambert (Art&Fictions, 2015) et Piotr (ISMG, 2021) par leur singularité concernant le fond et le style, la forme et le support.

dimanche 27 novembre 2022

Londres by Céline

Souvent, les manuscrits retrouvés ne sont que des brouillons laissés de côté par leur auteur à dessein. Leur place n'est pas toujours dans un rayon de librairie ou de bibliothèque. Je pense au Manuscrits de guerre de Julien Gracq sorti en 2011 des tiroirs. Il méritait d'y rester, appartenant davantage à Louis Poirier. Ce n'est pas le cas de Londres, signé Louis-Ferdinand Céline. Au-delà de l'aventure qui enveloppe son édition - et qui vaut à elle seule un roman dont Thibaudat et Gibault seraient les héros -, qu'il soit offert aux lecteurs est une aubaine.
Laissons les exégètes s'interroger doctement sur la place que ce roman occupe dans le corpus célinien - avant ou après Guignol's Band. Je préfère m'intéresser à l'écriture. Ce style. Londres est une coulée de lave qui dévale sur cinq cents pages. Un jet continu. Le premier. On voit ici et là quand on connait Céline - son rythme, sa facture, la tournure de son phrasé - les fines modifications qu'il aurait pu apporter en deuxième lecture. Mais c'est aussi important qu'une "chiure d'araignée", aurait-il répliqué.
La matière est là, intense, dense. Elle ne cesse d'alimenter les chapitres à la course dans la nuit glauque ou la brume opaque. Cru, Londres multiplie les voyages souterrains, les orgies absolues. Personne ne se retient car chacun sait que la mort peut frapper au matin. Londres est inouï, plus ébouriffant que Guerre, retrouvé lui aussi et paru en l'état il y a peu. La rythmique stylistique tambourine puis éclate, ramasse et repart, régénérée après chaque paragraphe. Abasourdi, éreinté, le lecteur en redemande. Il est servi.
En lisant ce manuscrit proposé dans son jus, tel quel, on comprend pourquoi et surtout comment "la façon Céline" a pu inspirer en profondeur des auteurs comme Jack Kerouac, Charles Bukowski, William Burroughs, Maurice Pons, Philip Roth, John Kennedy Toole et, plus prosaïquement Michel Audiard et Frédéric Dard. On y trouve la verve célinienne à l'état pur, pas filtrée, sortie directement du fût. Elle percute. Et régulièrement, au bout d'une longue séquence, surgissent d'intenses apophtegmes, pensées pour lui-même qu'il offre à notre réflexion.
Sous la plume volontairement épaisse de Céline, la cité anglaise devient grasse, sale, ivre, repoussante. La trame s'apparente à un vade mecum de la tangente, un précipité de l'art de se faire oublier, un hymne à la lâcheté et à la bassesse. Mais sous la crasse il y a plus d'humanité dans une seule ligne de Londres que dans toutes les oeuvres de nos penseurs de grande surface - Lévy, Findelkraut, Ferry, Onfray - qui ne font que passer et dont il ne restera plus grand-chose d'ici peu.
Londres doit effrayer les bien-pensants propres sur eux : effectivement, c'est un ouvrage qui tache, qui secoue, qui "déchire" dit-on en novlangue. Les sentiments, bons comme mauvais, s'entremêlent. Céline place les mots là où on ne les attend pas. Soulagées de virgules, ses tournures rebondissent et il faut parfois s'y prendre à deux fois pour les attraper. A pleines pages, c'est jouissif.

vendredi 11 juin 2021

La bande à Bonnet

Vous connaissez peut-être Laurent Bonnet pour avoir lu ses textes maritimes sur mon autre blog, plus ovale, Côté Ouvert. Avant d'être écrivain et éditeur, il fut marin, chef d'entreprise et directeur de la société des régates rochelaises. J'ai vécu à son invitation quelques homériques safaris en hobie-cat le long des côtes sauvages de la Sierra Leone et dans le golfe de Thaïlande, autour des îles atlantiques aussi, Ré, Aix, Oléron... Athléte accompli - il n'y a qu'au tennis que je suis parvenu à le battre régulièrement, à son grand dam - Laurent est d'abord l'auteur de Salone, roman choral qui plonge dans l'histoire de la Sierra Leone et reçut en 2013 le prix Senghor, entre autres récompenses. 

Ayant largué les amarres d'une vie trop rangée et souhaitant se consacrer à l'écriture, il chronique avec talent et conviction pour La Cause Littéraire, et surtout excelle dans l'art délicat de la nouvelle : j'apprécie plus particulièrement Le retour de James Conaught et Charmian London. Un hors-série de la revue Daïmon titré Aux Evadés est depuis peu consacré à ce Limougeaud qui distille les embruns. Devrait bientôt être publié Fils d'escales, roman d'étapes marines qui va de l'Espagne à l'Argentine, de Gijon à Buenos Aires. Hâte que cette pérégrination se compléte à bon port.

En novembre dernier, Laurent a repris son baton de pélerin oublié dans une allée littéraire pour développer une maison d'édition associative, les défricheurs, créée en 2011 pour promouvoir des auteurs qui ne naviguent pas dans les courants habituels et les vents porteurs. C'est donc avec joie que j'ai immédiatement adhéré à son projet éditorial revivifié, et rapidement proposé un texte que je tenais dans le creux de mes mains depuis que j'ai découvert Emmanuel Kant, sa rude philosophie, ses concepts sans faille, son phrasé rigoureux, une pensée qui m'a obligé, très jeune, à regarder la voute étoilée pour m'y perdre puis, plus tard, à considérer le fil à plomb comme symbole d'éthique.

Vient donc d'être publié Oser Savoir par les bons soins de cet ami, m'offrant la possibilité d'aborder le texte le plus court de Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? avec les yeux du citoyen que je suis, regard qui devient écrin pour un joyau dont nous avons plus que jamais besoin, aujourd'hui que menacent les dogmes et les doxas. Privilége, donc, que le mien d'accompagner à la fois cette entreprise, cette collection fondateurs qui compte de forts auteurs, et ce texte éclairant, mais aussi, comme le souhaitait Kant, d'écrire et d'être publier pour offrir ce prolongement.

Si vous souhaitez découvrir cet ouvrage (il est aussi disponible dans toutes les bonnes librairies mais pas chez Gafam, vous l'aviez deviné), cliquez sur ce lien Oser Savoir. Emmanuel Kant sous le regard de Richard Escot. (Editions les défricheurs, 2021)

dimanche 7 février 2021

L'ouvrage à coeur

Page d'accueil, ce blog toujours un peu décalé reçoit ici la prose d'un ami des arts, André Buonomo. Excellent pianiste et lecteur compulsif, cet ancien troisième-ligne aile champion de France avec Béziers en 1972, ancien entraîneur du Creusot, Nîmes, Istres, Nice, Rodez et Trevise, n'a cessé d'entretenir avec le rugby et ses lettres une relation sensible. Après l'avoir côtoyé professionnellement à l'époque où, revenu sur les terres qui l'avaient vu soulever le Bouclier de Brennus, ses causeries d'avant-match exhalaient des pensées profondément humanistes, j'ai gardé avec ce désormais Niçois de riches relations, nos échanges dépassant largement le cadre de la balle ovale. Mais sans jamais s'en éloigner. Ainsi quand il m'a parlé avec des élans passionnés de l'ouvrage nouvellement paru de Serge Collinet, enseignant en éducation physique, entraîneur et ancien ailier du PUC, intitulé « Rugby au cœur » (éditions Passiflore), l'idée de lui confier une chronique pour nous faire partager sa lecture est apparue comme une évidence. La voici. "Je viens de me laisser transporter par la créativité de l’adolescence, véritable madeleine de Proust rugbystique, qui dégage les odeurs enivrantes de la jeunesse dans sa translation de collégiens parisiens devenant une vraie équipe de rugby. Ce groupe hétéroclite est blindé d’une couche de vernis de protection style garçon pas facile mais il dégage ce parfum de l’extrême sensibilité de l’être face à un rugby sans ride et sans concession, confronté à la double mission de faire sa place dans l’établissement et faire bonne figure dans le championnat. Ces nouveaux joueurs exhalent la fraîcheur innocente de leurs premiers amours pour la découverte de ce jeu complexe. Ils râlent pour des passes maladroites, des plaquages manqués, des règles non maîtrisées, une violence pénalisante ou pour respecter le respect. Mais, la moindre réussite dégage l’odeur du bonheur. Les dialogues retranscrits sont parfois dignes d’un Michel Audiard revisité façon langage ado des quartiers. C’est un mix de vibrations, de bouderies, de doutes, mais aussi d’humour, de chansons, de sourires, de rayons. On peut lire : « Certains partent de loin » pour être digne de porter la devise « Esprit d’équipe », mais le coach Simon, notre enseignant, aidé par Léo, capitaine de jeu, et Jérôme, capitaine de vie, les font grandir dans « l’humilité, la discipline et l’ambition ». Voici une vraie leçon de vie, de pédagogie et de management par le loisir. Si l’effort est partout, le plaisir du vivre ensemble anesthésie la douleur de ces efforts, car les virgules expriment ces gouttes de sueur acide magnifiant cette expérience. Au présent déjà passé ou dans le futur présent, ce récit donne l’espoir sans fin de jouer un jour comme les grands ou avec les grands. Pour les meilleurs, fouler le Stade de France comme Wesley... J'ai refermé ce livre avec quelques larmes nostalgiques sur le temps qui passe si vite... Le coach Simon recommande à son équipe, sur le terrain, de « jouer » car « ce n’est pas quand vous aurez cinquante ans que vous jouerez !» Pourtant, il y a encore des âges où l’on joue uniquement en nocturne, sans projecteur mais dans des rêves enchanteurs, là où le ballon ne tombe jamais ou dans des cauchemars insensés, faute de n’avoir achevé l’ouvrage ou d’avoir perdu en route ce même ballon. Au lever, tout suant de ces rencontres imaginaires, la douche méritée est bien solitaire. Les copains ne sont plus là pour refaire le match, glorifier ou engueuler, mais voilà que le jeu reprend déjà dans ma tête. Et c’est le bon moment pour lire de nouveau cet ouvrage chargé d'émotion. Car le rugby, comme la mer, ainsi que l'écrivait Paul Valéry, est « toujours, toujours recommencé… »

vendredi 8 mai 2020

Paix poétique

En ce jour de victoire et de paix revenue, me vient l'idée de célébrer ce que le confinement nous permet d'effectuer dans les meilleures conditions, à savoir le temps de lecture. Et d'écriture, pour certains. En relisant Préférences, recueil de textes écrits par Julien Gracq, grand amoureux du rugby, je ne peux m'empêcher de vous faire partager un extrait de Pourquoi la littérature respire mal, conférence faite à l'Ecole Normale Supérieure en 1960. Texte qui n'a pas pris une ride, magnifiquement contemporain.
"Les neuf dixièmes de notre temps vécu, de ce temps dont rien après tout n'est inintéressant pour la littérature, se déroulent dans un monde sans passé et sans avenir, dans le monde de ce qu'Eluard a nommé la Vie immédiate, monde où l'histoire mord à peine, où le souci de l'action et de l'engagement n'a pas de prise."
"Et puis, à lire ces romans étouffants d'où l'air libre et le monde extérieur sont exclus, pleins à craquer d'une humanité aigre et exaspérée, et où on pénètre quelques fois comme dans un wagon de métro à six heures du soir, ce qui me frappe, c'est une exclusion délibérée et systématique. L'exclusion de cette espèce de mariage, mariage d'inclination autant et plus que de nécessité, mariage tout de même confiant, indissoluble qui se scelle chaque jour et à chaque minute entre l'homme et le monde qui le porte, et qui fonde ce que j'ai appelé pour ma part la plante humaine."
"Il n'y a pas de place pour la plante humaine dans la littérature de notre temps, et on dirait que tout y a été dit de l'homme sauf ceci d'essentiel : cette bulle enchantée, cet espace au fond amical d'air et de lumière qui s'ouvre autour de lui et où tout de même, à travers mille maux, il vit et refleurit. Le monde n'a jamais pu nous être aussi inamical, aussi fermé, aussi irréductiblement étranger qu'on le dit, puisqu'il y a toujours eu des poètes."
"Une page de Tolstoï, de ceux que j'appelle les grands végétatifs, nous rend à elle seule le sentiment perdu d'une sève humaine accordée en profondeur aux saisons, aux rythmes de la planète, sève qui nous irrigue et nous recharge de vitalité, et par laquelle, davantage peut-être que par le point de la lucidité la plus éveillée, nous communiquons entre nous."

jeudi 4 octobre 2018

Je vote Thomas Pynchon

Ils sont devenus fous ! Comment ça, pas de prix Nobel de littérature ? Tout ça parce qu'un obsédé sexuel - français, l'obsédé - du nom de Jean-Claude Arnault qui se targue d'être le 19ème membre d'un jury qui n'en compte que dix-huit, dont son épouse, est à l'origine d'un scandale qui a poussé - entre autres - la secrétaire perpétuelle, Sara Danius, à démissionner ? Sérieux ?

Du coup, pas de prix cette année. Merde. Bon, déjà que choisir un chanteur (Bob Dylan en l'occurrence) n'a pas été du meilleur goût si ce n'est que l'institution s'offrit à moindre frais une belle opération de marketing, alors là, faire l'impasse sous prétexte qu'un coureur de jupons a fait des siennes, j'avoue ne pas bien comprendre. Ca ne sent pas la poudre, quand même. Désolé, Alfred, je n'ai pas pu résister...

On va vous aider à dénicher le lauréat. On veut bien contribuer vu que vous avez lâché l'affaire, bande de feignasses ! Car des écrivains de talent, on en trouve quand on veut bien se donner la peine de chercher. Si vous le voulez, on va vous envoyer en recommandé à Stockholm la version suédoise du Dictionnaire du désir de lire. Vous en voulez, des nobélisables ? Alors, lisez...

Voici mon pré-choix. J'y associé Benoit Jeantet, puisque nous avons écrit ensemble en 2011 une sorte de bibliothèque idéale dans laquelle on trouve Joyce Carol Oates, Erri de Luca, Jean Echenoz, Amos Oz, Thomas Pynchon, Paul Auster, Luis Sepulveda, Henrique Vila-Matas, Zoé Valdes, Isaac Basevich Singer, Carlos Ruiz Zafon, Cees Nooteboom, Ryu Murakami, Charles Juliet, Peter Handke...

Personnellement, j'aurais tendance à sélectionner Oates, de Luca, Oz, Pynchon et Handke. Puis en troisième vote Oates et Pynchon. Et là, pour l'esprit créatif, l'hystérique narrative, l'invention du phrasé, l'ouverture à l'imaginaire, la démesure, l'érudition ébouriffante, le génie, quoi... je voterais Thomas Pynchon, à ma grande majorité d'une voix.

De 1966 à nos jours, il a publié (dans le désordre) Mason et Dixon, Vineland, L'homme qui apprenait lentement, L'arc en ciel de la gravité, Vente à la criée du lot 49, Contre-jour, Vice caché, Fonds perdus et surtout V., pour moi son chef d'œuvre. Par ailleurs, j'adore Inherent Vice, réalisé en 2014 par Paul Thomas Anderson, version branchée délirante qui colle à l'esprit de ce lumineux déjanté.

L'avantage, ou pas, c'est que Thomas Ruggles Pynchon Jr. ne se déplacera pas à Stockholm, et encore moins à Palaiseau, pour recevoir son prix. Alors, j'irai lui offrir. Il ouvrira sa porte, mais sans un mot. On s'en fout : ses livres parlent pour lui. Pynchon, donc, pour le Nobel de littérature 2018. Et vous, vous votez pour qui ?

jeudi 21 septembre 2017

Rater mieux

Les longues absences forgent le désir. Après quelques mois sans passer à table, la Comme Fou était réunie rue Princesse pour un quarantième Crazy Ruck même si quand on aime il n'est plus utile de compter. Il s'agissait aussi de fêter en décalage (autour du "Silence" et du "Whisky du monde" : merci à vous, Seb et Antoine) l'anniversaire de Ritchie. Une bonne année puisqu'elle nous fait revenir à la première tournée du XV de France en Afrique du Sud. Alors j'ai mis la mienne, pétillante.

Pétiller. Voilà bien le verbe idoine qui résume nos agapes germanopratines. Ce regroupement de fous vibrants n'a pas manqué, effectivement, de crépiter au feu roulant des jets de mots quand il s'est agi d'évoquer les maux du rugby avec assez de profondeur et d'auteurs pour ne pas sombrer dans la morosité ambiante. Il fut question du prochain Flair Play que nous attendons tous avec une impatience non dissimulée tant le sommaire est alléchant d'autant qu'une partie de la rédaction faisait comité ce midi.

Nemer, Benoit, Antoine, Ritchie, Seb et Vincent, comme aux dés, sortirent le six gagnant, imbattable, partie prolongée comme il se doit jusqu'à l'heure des cigares et presque de l'apéritif. Vous raconter ce qui s'est dit est absolument impossible, désolé pour les absents... Un aphorisme chassait une anecdote, un coup de gueule enchaînait un coup de cœur, quelques saillies ici, des plats qui repassent par là. Bref, la Comme Fou à son meilleur sous un soleil encore estival.

Nous avons surtout élu un entraîneur pour cette nouvelle saison. Il s'agit d'un Irlandais. Qui a signé à Paris. La méthode de Samuel Beckett est tout simplement géniale. Elle condense parfaitement l'esprit qui nous anime. Il est possible de la ramasser en quelques mots et c'est bien ce qui nous fascine et nous anime. Les All Blacks auraient pu s'en inspirer. Nous la suivrons, donc :  "Essayer. rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux."

dimanche 27 mars 2016

Lord Jim

Ca tombe comme ça. Brutalement. A l'image de sa vie. Dézonée. Comme la mort. Jim Harrison retourne donc en terre. Une légende s'en va, et c'est un faux soleil qui tiendrait sa vengeance. Jim Harrison, une odysée américaine dans les grands espaces, un sorcier des mots au moment où nous avons une heure de jour en moins. Son décès ? Une éclipse de lune. Mais pour lui, ce samedi fut sans doute un bon jour pour mourir. Entre chien et loup hurlait ce géant de la littérature, grand maître qui n'aimait rien tant que les péchés capitaux. Le voilà en route vers l'Ouest, et nous laisse avec les jeux de la nuit, à nager dans les rivières et s'enfuir dans les bois avec nos femmes aux lucioles, en marge. Il n'aimait pas l'été où il faillit mourir. Alors il est parti au printemps. Ce soir, comme beaucoup de soirs, une grosse lampée de whisky et un cigare. A la tienne, Jim. So long.

jeudi 24 mars 2016

Format à quatre

Pas d'impact player, de liste élargie ou cachée ; non, que du brutal, du dense avec les fous, du noyau dur, de l'historique. Les absents n'étant pas abonnés à taper en touche, les mots d'excuses étaient acceptés. Benoit à l'école, Christophe au théâtre, Juanito au tribunal, VPL au boulot, Léon au pays basque, Olivier sur les plateaux, François en Chine, Matthieu dans le Sud-Ouest, Motoraide au garage, Laurence avec Claude, Alex en studio...

Le Tigre, Antoine, Ritchie et Seb, donc, chez Henri ce jeudi midi pour ne pas évoquer le Tournoi de Novès : si peu à dire; l'actualité brûlante : tellement dramatique ; le personne politique : par lettre bien peu recommandable. Alors nous avons bavardé de nos projets : rugby pour le Tigre et Antoine, cinéma pour Seb, pensée(s) pour Ritchie.

Ce mardi, Nemer (Le Tigre) a été royal. Posé, souriant, subtil, tout en retenue, moitié-dérision moitié-émotion. Capitaine de table. Il était à l'heure. C'était même le premier d'entre nous devant le restaurant. Seb rayonnait tel le pur chevalier de la table ovale. Et Antoine, sorti du bureau à quatre épingles, repassait en anglais les plus beaux des essais.

En parlant de folio, nous avions aussi quelques ouvrages à échanger : Kaputt, de Curzio Malaparte (Pour Seb et Ritchie, à partager) ; Le Revenant, de Michael Punke (pour Nemer), Manuscrits de guerre, de Louis Poirier, aka M. Julien Gracq (pour Antoine). Ce qui fut fait.

En tournant autour des plats, nous avons parlé d'amitié, trente-quatrième Crazy Ruck en finesse, nos âmes de fond remontant au présent, partageant les liens sans les défaire, un midi d'ouverture qui touche à l'essentiel sans le dire, café, liqueur et vivre d'or. L'heure s'est arrêtée au cadran de nos montres.

mercredi 4 novembre 2015

Mille pages et cent un mots

Samedi 7 novembre, rendez-vous à la librairie "Mille Pages" entre 16h30 et 18 h pour évoquer le rugby et les mots, puis revenir sur la Coupe du monde - la déroute des Tricolores, l'effort japonais, le message de Cheika et le succès historique des All Blacks. Avant de clore cette journée ovale par les liens entre le rugby et la littérature, Juliet, Gracq, Blondin, McOrlan, Tillinac, Dubois, Lacouture mais aussi Adole, Guillard, Jeantet, Dessaint pour les contemporains. Quelques auteurs (Aymond, Poulain, Habib, Péré-Lahaille) et un philosophe (Schaeffer) devraient être dans la salle. Pour (re)lier, à l'occasion, les ressentis.

Trois interventions au cours desquelles fuseront les questions, forcément. C'est le but. Le rugby se prête à ce jeu du re"play it again, Sam". Parce qu'il ne parle pas seulement à nos émotions mais aussi à notre intelligence. La durée de cette Coupe du monde, un mois et demi, pousse à narrer l'épopée plutôt que le résultat, l'attitude de préférence à la performance pure.

La librairie "Mille Pages" m'offre et nous offre un lieu d'échanges, de rencontres.  Au 174, rue de Fontenay, à Vincennes. L'occasion, en page de garde des "101 mots du rugby à l'usage de tous" (Editions Archibooks), de rendre hommage à Gilles de Bure qui fut et reste un inspirateur, un souffle de poésie et d'érudition, un havre d'amitié, de correspondances et d'affinités. Dont l'esprit anime encore et toujours nos Crazy Rucks.

mardi 8 septembre 2015

Equipes types



Nous étions sur notre trente et unième Crazy Ruck. Un déjeuner de très haute envolée, preuve par neuf que l'amitié est (aussi) un acte d'humour. De gauche à droite, Antoine, Léon, Olivier, Vincent, Pierre, Nemer, Séb, Ritchie et Benoit. Au bistrot d'Henri, ce mardi. Chez nous, quoi...
A l'apéro, après avoir trinqué, doux prélude, à la mémoire notre ami Gilles de Bure, nous avons ouvert notre "petite soupe à l'option" (cf. ci-contre) : neuf livres sur table offerts par chacun pour tous, et choix à l'avenant. Pour une fois un seul tour d'assiette.
Au plat principal, décryptage des critiques littéraires, présentation du "101 mots du rugby à l'usage de tous" (éditions Archibooks), la dernière entrée de Ritchie, et du "dictionnaire chic du vin" (chez Ecriture), l'opus cru classé de Léon, en lice pour le Renaudot "essai". Bien nommé... Mots d'hauteur, débriefs grand écran (Nina de fuego, la Isla minima) et prospective - très soft - du Mondial.
Au dessert, last but not least, la sélection (c'est à la mode) de notre XV type Coupe du monde (1987-2011). La voici. A commenter sans réserve :
Blanco - Campese, Horan, C. Smith, Lomu - (o) Wilkinson, (m) Pichot - M. Jones, Z. Brooke, McCaw - Eales, Johnson - du Randt, Fitzpatrick, Leonard.
Remplaçants : Roncero, Smit, Garuet, Pelous, Dusautoir, Galthié, Larkham, Sella.
Entraîneur : Bob "magic" Dwyer.
Ca joue ou quoi ?

vendredi 19 juin 2015

Huit et demis

Trentième Crazy Ruck, déjà, depuis septembre 2008. De droite à gauche Olivier, Benoit, Pierre, Léon, Le Tigre, Juanito, Ritchie et Seb au rendez-vous chez Al Dar jeudi, sous la houlette culinaire du patron, j'ai nommé Nemer... De l'apéro light (aucun serveur pour nous demander ce que nous voulions boire ; nous nous sommes rattrapés ensuite en sélectionnant des demis jusqu'à la fermeture. Ou presque) pour relancer lors de la dédicace-lecture de Benoit, allant de Charybde en Charenton pour "Nos Guerres Indiennes", ce fut une journée d'amitié placée sous le signe du marque-pages.

Les actualités de la Comme Fou défilent : un dictionnaire du désir de voir (Seb), un dictionnaire chic du vin (Léon), un dictionnaire des musiques de film (Benoit), le Carnet Lambert (Pierre), les plus grand matches de rugby (Le Tigre et Antoine), le dictionnaire de la pensée (Ritchie, avec Christophe Schaeffer), sans oublier les productions d'Olivier, sur lesquelles nous jettons un voile pudique... Laurence nous a envoyé une photo de son décolleté rose, dress code de qualité. Antoine, VPL, Basile et Motoraire étaient avec nous par la pensée. Ainsi que le regretté Geoffrey Abadie. C'est pour lui, champion de France avec le Racing Club de France puis le Stade Français, que le rose était mis. Le Tigre est allé à l'essentiel : pas de rose mais une grosse poignée de livres en anglais pour les enfants de Katmandou (qui sont maintenant logés à Pokhara dans leur nouvelle école grace aux dons de tous et de chacun) afin de permettre à ma fille Mina d'offrir une bibliothèque aux élèves lors de son voyage humanitaire au Népal en juillet. Nous avons beaucoup parlé de cinéma, un peu de rugby mais sur le mode "marchand de sable" (Jean-Pierre, on pense à toi) et d'enfance de l'art. Nous avons marché de concert aussi, de la Mutualité à la gare de Lyon. "Le monde flottait et nous étions si heureux", essaimesse Benoit, en conclusion ouverte sur le prochain Crazy Ruck. Au fait, bis repetita, j'insiste lourdement : qui n'a pas acheté "Nos guerres indiennes", l'opus prose-haïku de Mystère Jeantet, perd une belle occasion de lire.

samedi 23 mai 2015

Jeantet va-t-en guerre

Si vous aimez la littérature, pure, et je sais que c'est votre cas. Si vous aimez les phrases courtes, denses, riches. Si vous aimez les mots qui se frottent, se touchent, grattent et mettent le feu à votre imagination comme deux silex lancent la flamme. Si vous aimez Beckett et Gracq. Si vous aimez sortir du boulevard du bruit le temps de quelques pages pour entrer dans le monde de silence intérieur. Alors achetez et lisez "Nos guerres indiennes", signé Benoit Jeantet aux éditions publie.net. Sans attendre. Et revenez vite m'en écrire des nouvelles sur ce blog. Il est question de Missoula par ici, du Montana de chez nous, c'est ferme et animaux, souvenirs et nostalgie, amour et beauté sans gloire, île de Ré mineure et naissance d'une passion. Du Jeantet au meilleur de sa forme, le jarret sec, le rythme soutenu, la tournure enlevée. Le genre de livre dont il faut garder quelques pages pour le soir, et qu'on ne voudrait jamais terminer même si le plaisir est prolongé. J'attends de savoir ce que vous en pensez.

jeudi 26 mars 2015

Six livres sur la balance

Une image vaut mille mots. Certes. Mais quand mille mots s'échangent à la minute, les heures deviennent des secondes et le temps passe sans nous décevoir. Jeudi, c'était crazy, vingt-neuvième ruck en sol majeur, parfois hors de portée. Antoine, Ritchie, Vince, Seb, Basile et Benoit réunis (une bonne habitude) autour de mets choisis et de pots du Lyonnais, d'os et de moelle, chez Henri, notre bistrot préféré. D'où nous ne partons jamais très tôt. L'invité surprise étant resté en Corse, nous n'avons pas manqué néanmoins de convoquer le meilleur de la littérature, du cinéma et le pire de la politique, qui n'a pas besoin de nous pour s'afficher au département des horreurs. Un peu de rugby mais pas trop, nous en avons eu assez. Puis nous avons prolongé ces retrouvailles un peu plus loin, au bon rebond des connivences et des confidences. Côté ouvert... Je crois savoir que chacun dévore désormais son cadeau, qui est aussi le don de l'amitié. Il faut savoir lire entre les lignes et ce partage à plus d'un titre met du coeur aux ouvrages. Manquaient quelques amis choisis. Une pensée vers eux. En attendant le prochain regroupement.

mercredi 11 février 2015

Jeu de Dublin

Pour ceux, comme moi, qui ne seront pas du voyage à Dublin, ce samedi, il existe des moyens de combler la distance. D'abord se procurer, soit dans votre bibliothèque qui doit être fournie, soit chez votre libraire qui ne demande que ça, quelques ouvrages de James Joyce et de Samuel Beckett. William Butler Yeats et Sean O'Casey, aussi... Et les lire, surtout. Poser en face de vous un verre large pour y faire glouglouter du Jameson. Verser sans vous retenir. L'idéal, à ce moment-là, c'est d'être seul chez soi. Tranquille. Tout est silencieux autour de vous. Vous lisez, vous buvez, et vous humez l'Irlande. Vous pensez ensuite à un rideau de pluie, à une brume descendant sur la ville, à l'odeur du houblon qu'on brasse chez Guinness. Vous mettez une chemise blanche sous un pull vert. Vous êtes Irlandais. Vous êtes Slaterry, Keane et Wood, vous êtes Jean-Pierre Rives naturalisé Irish à vie. Il ne vous reste plus qu'à attendre samedi, 18 heures. Pour savoir. Savoir si ce XV de France construit par PSA a un plan de départ ou si va s'agir d'une retraite volontaire. Dublin ou le maître étalon. Fierté, orgueil, solidarité, vaillance... Il n'y a même pas besoin de fond de jeu, à l'Aviva. Face au Fighting Spirit, il faut des hommes qui forment une équipe. C'est le rendez-vous des âmes particulièrement bien trempées. On se donne rendez-vous à 20 heures ici même, samedi, pour en parler, de ce match du Tournoi. ON souhaite juste que le projet du XV de France soit bien accroché à une étoile.

mercredi 11 juin 2014

A l'ouvrage

Pour ce vingt-septième Crazy Ruck bien humecté et toujours rue Princesse au Bistrot d'Henri (manquaient sur ce coup l'Antoine et Vépél excusés pour raisons professionnelles. Je confirme : y'en a qui bossent...), Le Tigre, Motoraide, Juanito, Seb, Ritchie, Benoit, Léon et Fred posaient pour la photo d'équipe - un vrai pack au balcon - à l'issue d'une longue partie (trois heures de jeu de mots, et double prolongation au Calva)de très haute tenue où il fut finalement très peu question de rugby. Il faut dire que le doublé de Toulon, prévisible et préparé, ne nous a pas ému outre mesure et il n'y avait rien à tirer de particulier du fiasco des Bleus, sinon à attendre, au minimum, une réaction, samedi prochain, à Sydney... En revanche, à table, beaucoup de litres et pas de ratures. Thème ou t'aimes pas, mais chacun (ou presque, n'est-ce pas Le Tigre ?) avait donc apporté comme prévu un livre à offrir aux amis, mais au final - c'est ça la Comme Fou - nous en avions seize à dispatcher. Le jardin du Bossu (Franz Bartelt) et les Désarçonnés (Pascal Quignard) ont sérieusement cartonné. Grands moments d'amitié et de passion aux moments de présenter tour à tour son ouvrage, de faire entendre sa voix, d'échanger impressions et attentes, de voter, de mettre une option, de la retirer... A l'unanimité des présents a été décerné le prix du folio le plus surprenant, voire décalé (normal, le prétexte était ovale) au polar fleuve noir de F.H. Ribes, "Touche longue pour Lecomte" récupéré par Benoit et offert par Fred, sur un pas. Une pluie d'ouvrages, donc, dans un Paris noyé et nous bien servis : normal, les copains d'abord !

dimanche 18 mai 2014

En attendant Beckett

C'est la bonne nouvelle de la semaine, avec la victoire de La Rochelle sur Pau en demi-finale d'accession de ProD2. Parce que pour ce qui est de la prochaine (vieille) finale de Top 14 entre Toulon et Castres qui s'annonce, le 31 mai prochain, elle n'augure rien de bon si je considère le contenu sportif d'un week-end soit-disant d'élite... Donc, la bonne nouvelle c'est la publication du premier des quatre tomes de l'épaisse (15 000 lettres sur soixante ans) correspondance envoyée par Samuel Beckett, avec ses faux airs de Guy Novès attendant le retour de vestiaire du soldat Fritz. Sur Proust, d'abord :" J'ai lu le premier volume de "Du côté de chez Swann", et je le trouve étrangement inégal. Il y a des choses incomparables et puis des passages qui sont d'une méticulosité pénible, artificiels et presque malhonnêtes. Il est difficile de savoir quoi en penser. Il maîtrise si absolument sa forme qu'il en devient le plus souvent l'esclave. Certaines de ses métaphores illuminent une page entière comme une brillante explosion, et d'autres semblent obtenues laborieusement dans le plus terne désespoir. Il possède l'équilibre le plus subtil, un équilibre tremblant et charmant, puis soudain il y a une stase, les balanciers bloqués sur une ligne parfaitement horizontale. Sa loquacité est certainement (...) intéressante et habile mais pas moins débordante, (...) vomissement larmoyant de tout ce qui a été ingurgité par des fausses dents et un ventre affligé de colique. Je pense qu'il buvait trop de tilleul. Et quand je pense qu'il faut que je le contemple sur son siège de cabinet pendant 16 volumes !" Lucide, il lâche sur l'existence :" Cette vie est terrible, et je ne sais comment l'endurer. Les mots d'esprit - cette si répugnante maladie - les ragots et la gentillesse. Les formules éternellement invariables de raillerie de bas étage et de potins demi-obscènes entièrement méprisables." Tellement d'actualité. Je frémis à l'idée de ce qu'il aurait pu écrire s'il avait vécu aujourd'hui, le doigt sur la tablette, les yeux dans le net ?

samedi 22 janvier 2011

C'est l'hymne à Celine


J'aime Louis-Ferdinand Céline. Nord. Voyage au bout de la nuit. Mort à crédit. Guignol's Band. J'aime l'auteur, ce génie comme il y en a deux : lui et James Joyce. Mais pas le docteur Destouches. Mitterrand (François, hein, pas Frédéric qui, lui, n'aime que les enfants) adorait Pétain, portait la Francisque, collaborait à Vichy et n'a pas écrit une ligne digne de ce nom. Mais une bibliothèque garde son nom. Céline n'honore même pas une école primaire. Cela dit, on s'en fout, il est à la postérité. L'homme est un salaud, mais pas plus qu'un bon million de nos cons citoyens sous l'Occupation. Ne pas commémorer Céline ? Assez pour enflammer les tenants de la thèse du lobby juif. Pensons aussi à détruire Bayreuth et faire un brasier des ouvrages de Brasillach, Amado, Heiddeger, Gide, Kadaré, Marx, Moravia, Bernanos, Drieu la Rochelle, Guitry, Malaparte, Valery, Aragon, Genet, Borges ; à retirer de la vente l'excellente "Histoire de la musique" de Rebatet, à effacer les enregistrements de Karajan, déchirer les partitions de Chostakovith... Erradiquons toute trace des artistes qui ont fricoté avec des dictatures. Nous v'là dans d'beaux draps !

mardi 7 décembre 2010

Marée basse


Et ce fut un Salon du Livre ouvert. Morose le vendredi et le samedi, formidable le dimanche, une vraie place de village, colorée, bruyante, où tous se coudoyaient, enfants, parents, anciens ; l'occasion de parler écriture avec quelques écrivains de l'école de Brive, des vrais, des dont c'est le métier, des qui en vivent ou qui essayent, qui évoquent le théatre d'Anouilh au dîner, sur le port, magnifiques poissons en sauce accompagnés de Chardonnay bien frais, et puis prolonger la soirée en parlant de rugby, de tournées, d'écarts et de fadaises, la vie quoi ! Et puis dédicacer, aux enfants surtout, pour lesquels un livre est un cadeau, une ouverture au monde, les enfants qui tournent les pages devant moi, souriants, curieux, une question qui trotte et qu'ils posent. J'étais entouré de Philippe Joubin (et son remarquable ouvrage sur les circumnavigations), Sophie Lavignasse (solide jeune femme pleine d'entrain qui a vendu ses dictionnaires du rugby avec l'accent du pays basque) et Michel Iturria (un phénomène de vitalité, ancien talonneur, des épaules de déménageurs, pas un pet de graisse à soixante-quatre ans et la malice au coin de l'oeil). Vivement 2012 à La Rochelle...

dimanche 26 septembre 2010

ARRETER D'ECRIRE


Pour mon anniversaire - et oui, déjà cinquante et un ans - mon épouse chérie (un pléonasme) m'a offert un remarquable ouvrage signé David Markson. Il a aussi écrit un ouvrage sur la maîtresse d'un écrivain fameux, autre piste... Bref, ne nous égarons pas, le livre en question s'intitule "Arrêter d'écrire". Que dois-je comprendre ? Une phrase sur trois traite de la mort d'un écrivain, de la façon dont il s'est éteint, des petites manies d'hommes célébres et des avatars d'oeuvres de haute tenue littéraire... J'avoue, je suis désarmé par ce message loin d'être subliminaire, injonction plutôt ! Qu'en pensez-vous, amis de la Comme Fou ? Dois-je suivre la voie que vient de me tracer ma tendre et chère, ou suis-je encore d'attaque pour un nouvel opus (je ne compte plus, mais ça dois bien faire dans les trente) ? Ma plume trempée dans l'encrier, j'attends...